Québec: Le crucifix de l’Assemblée nationale divise le pays

«Guéguerre» autour de «la multiplicité religieuse»

Québec, 30 mai 2008 (Apic) Le crucifix de l’Assemblée nationale divise le Québec. Le pays cherche à répondre aux nouvelles demandes de la multiplicité religieuse mais sans perdre son identité culturelle.

Depuis plus d’un an, écrit «La Croix» qui consacre un dossier à ce thème, le débat sur les « accommodements raisonnables », qui permettent à un individu d’obtenir l’assouplissement d’une norme au nom de sa religion, captive le Québec.

Sous la pression populaire, le gouvernement libéral québécois a créé une commission de consultation destinée à étudier les habitudes d’accommodement reliées aux pratiques culturelles. Son rapport vient d’être rendu public.

Selon Yasmine Berthou, auteur du dossier à Québec, les commissaires s’y prononcent notamment en défaveur du crucifix qui trône au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale et du port de signes religieux pour les fonctionnaires qui incarnent l’autorité de l’État. Ils s’opposent également à la prière au début des séances des conseils municipaux.

Pas d’objection en revanche au port du hijab par des enseignantes ou des infirmières, même si le Québec est théoriquement laïque. Ils estiment par ailleurs que des locaux de prière devraient être mis à disposition des musulmans dans les écoles si des salles sont temporairement inoccupées. Des propositions qui ont soulevé l’ire d’une partie de la population.

« Les commissaires souhaitent une laïcité ouverte mais estiment qu’elle ne peut pas s’exprimer librement dans les lieux de pouvoir politique, analyse Solange Lefebvre, citée par «La Croix», professeur à la faculté de théologie et de science des religions de l’université de Montréal, raison pour laquelle le crucifix – symbole fort de l’histoire du Québec – devrait être retiré de l’Assemblée nationale ».

«Pas question d’écrire l’histoire à l’envers»

Les auteurs du rapport, Gérard Bouchard et Charles Taylor, jugent le symbole religieux compatible avec la laïcité « lorsqu’il s’agit d’un rappel historique plutôt que du signe d’une identification religieuse de la part d’une institution publique ». Ils prennent toutefois soin de préciser qu’il faut éviter que des pratiques constituant une forme d’identification de l’État à une religion soient maintenues sous prétexte qu’elles ne comporteraient plus qu’une valeur patrimoniale.

Ce crucifix a été installé par Maurice Duplessis, en 1936, pour illustrer la proximité entre le pouvoir législatif et la religion catholique de la majorité québécoise, rappelle pour sa part Élisabeth Garant, directrice du centre Justice et Foi. «Cela ne fait plus sens aujourd’hui et il a davantage sa place dans un musée ». Maurice Duplessis, alors Premier ministre du Québec, étant l’un des acteurs du scandales des «orphelins Duplessis», qui devait secouer le pays il y a quelques années.

Un point de vue que réfutent les députés québécois. À peine le rapport Bouchard-Taylor était-il dévoilé qu’ils appuyaient à l’unanimité une motion visant au maintien de cette croix dans l’enceinte du Parlement. « Il n’est pas question d’écrire l’histoire à l’envers, devait préciser le Premier ministre Jean Charest. L’Église a joué un très grand rôle depuis trois cent cinquante ans, le crucifix est un symbole de cette histoire et n’est pas seulement religieux ». (apic/cx/hb/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/quebec-le-crucifix-de-l-assemblee-nationale-divise-le-pays/