Les défis de la communication pour l’Eglise aujourd’hui en Europe

Rome: Rencontre annuelle des porte-parole des Conférences épiscopales d’Europe

Rome, 17 juin 2008 (Apic) Il est urgent d’approfondir le rapport entre l’Eglise et les médias «dans cette période historique complexe où l’Eglise fait l’objet de tant de désinformation», a déclaré le cardinal hongrois Péter Erd?, en ouverture de la rencontre annuelle des responsables de la communication des Conférences épiscopales européennes.

36 participants représentant 23 Conférences épiscopales d’Europe (*) se sont réunis à Rome du 11 au 14 juin 2008 pour cette rencontre mise sur pied par le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), à l’invitation de la Conférence épiscopale d’Italie (CEI). La rencontre annuelle des attachés de presse a pour objectif de promouvoir le dialogue, la collaboration et les échanges d’informations entre les responsables de la communication des Conférences épiscopales.

Ouvrant les travaux, le président du CCEE, le cardinal Péter Erd?, archevêque d’Esztergom-Budapest, a estimé qu’à l’heure actuelle, l’Eglise est victime de «désinformation». Le rapport entre l’Eglise et le monde des médias sera d’ailleurs au centre de la prochaine assemblée plénière du CCEE, qui se tiendra à Budapest du 30 septembre au 3 octobre.

Pour Mgr Giuseppe Betori, Secrétaire général de la Conférence épiscopale d’Italie (CEI), la principale responsabilité de l’Eglise dans ce domaine est d’investir dans la formation pour avoir des personnes dotées de capacité critique face aux médias, «capables de contribuer à transmettre une image de l’Eglise authentique et pas un masque, comme cela arrive trop souvent, y compris en Italie».

C’est à la fois possible et actuel, a-t-il souligné, puisque d’après les derniers sondages, 70% des Italiens sont intéressés et attentifs à ce que dit l’Eglise.

Construire l’opinion publique

L’Eglise, comme agence de socialisation, remplit une fonction importante de transmission du savoir et des valeurs, d’attribution de sens et d’interprétation des événements. Pour le professeur Marco Accorinti, chercheur social au CNR (Consiglio Nazionale delle Ricerche) et professeur à l’Université de Rome La Sapienza et à l’Université pontificale du Latran, elle a donc une tâche prioritaire à exercer dans la construction de l’opinion publique. Construire l’opinion publique signifie pour l’Eglise communiquer avec les personnes, en les informant, en se mettant à leurs côtés et en se penchant leurs problèmes, loin de toute tentation d’autoréférence.

Lorsqu’on étudie le phénomène des migrations, il faut tenir compte de la façon dont il est abordé dans les médias et dans l’opinion publique. En présentant ce thème, le Père Gianromano Gnesotto, directeur du Bureau de la pastorale des immigrés étrangers en Italie et du Bureau des réfugiés de la Fondation Migrantes, a mis l’accent sur «le mécanisme simplificateur qui conduit les journalistes à souligner tout ce qui touche à l’imaginaire collectif, de façon déséquilibrée, en traitant l’immigration comme un ’problème’, plutôt que comme un phénomène».

Cela produit des pics alarmistes, générateurs d’anxiété, avec des gros titres du genre ’Invasion’, ’Marée noire qui avance’, ’Marée montante’, ’descente des Slaves’. La question de fond, pour le Père Gnesotto, est: «Quand on dit extracommunautaire, qu’est-ce que cela indique ? Rien, au niveau de la provenance, de l’appartenance, de la culture et de la foi. Alors que, pour promouvoir un vivre ensemble non seulement pacifique, mais collaboratif, il est très important de définir les identités, d’établir des distinctions, de connaître la provenance et de repasser un peu d’histoire et de géographie».

Pour remédier à cette situation, la Fédération Nationale de la Presse Italienne a rédigé un protocole déontologique appelé «Charte de Rome» sur les demandeurs d’asile, réfugiés, victimes du trafic d’êtres humains et migrants. Il est ainsi demandé aux journalistes d’être particulièrement vigilants dans leur façon de traiter les informations relatives aux demandeurs d’asile, réfugiés…. Ils sont invités à utiliser les termes juridiques appropriés, en évitant notamment de diffuser des informations imprécises, sommaires ou déformées, en s’intéressant aussi aux causes de ces phénomènes.

Echec de l’intégration aux Pays-Bas

Au cours de cette rencontre, deux cas ont été présentés comme exemple des difficultés liées au phénomène des migrations: celui des Pays-Bas, pays d’immigration, et celui de l’Ukraine, pays d’émigration. Avec une présence d’étrangers (surtout immigrés de Turquie, Maroc et Antilles hollandaises) s’élevant à 19% de sa population totale, les Pays-Bas doivent faire face à un échec de l’intégration.

Un grand nombre de travailleurs de la première génération n’ont toujours pas appris à parler le néerlandais, et l’exclusion sociale des personnes de couleur est arrivée au point qu’il existe des écoles «pour Blancs» et d’autres «pour Noirs».

Pour l’Eglise d’Ukraine, la principale difficulté est de faire face aux conséquences de l’émigration massive de ses habitants, surtout des femmes. Les enfants qui grandissent sans leur père ou sans leur mère sont de plus en plus nombreux. La plupart d’entre eux vivent avec un seul parent (souvent le père) ou avec leurs grands-parents. Ces enfants n’ont pas besoin d’un soutien financier, car ils le reçoivent de leurs parents émigrés, mais d’un point de référence, que l’Eglise s’efforce de leur apporter.

En présentant ce thème, Mario Marazziti, journaliste et responsable de la communication de la Communauté de Sant’Egidio, a dit que «l’information religieuse doit se mesurer aux limites dues à certaines habitudes et à des difficultés objectives comme la difficulté à se mesurer avec la complexité ou le goût de la controverse et de la représentation du réel à l’aide d’oppositions…».

En somme, le monde des religions paie la rançon de la méconnaissance, de la part de ses communicateurs, des aspects spécifiques des divers mondes religieux. En outre, le terme «dialogue» – a dit encore Mario Marazziti – a perdu sa connotation positive immédiate. Il s’accompagne bien souvent d’une certaine inquiétude due à la peur de perdre son identité, et aux notions de «concessions» ou de «vente au rabais».

C’est dans ce contexte que Marazziti a raconté son expérience directe de «communicateur» des rencontres mondiales de prière et de dialogue entre croyants de diverses religions organisées par la Communauté de Sant’Egidio, qui a repris le flambeau de la Journée Mondiale de Prière pour la Paix d’Assise en 1986. Pour ce journaliste, «aujourd’hui le communicateur chrétien est appelé à exercer un service qui consiste à reconstruire les raisons du respect de l’autre et celles du ’vivre ensemble’».

Des moments de dialogue très important pour les porte-parole ont été ceux avec le Père Federico Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, de Radio Vatican et du Centre de Télévision du Vatican; avec l’archevêque Claudio Maria Celli, président du Conseil Pontifical des Communications sociales, et avec le Père Bernardo Suate, directeur de «Signis Services Rome», l’Association catholique mondiale pour la communication, et avec les responsables et le personnel des médias catholiques tels que Sat2000 ou l’agence d’information religieuse SIR à Rome. Ces rencontres visaient à intensifier et à améliorer la collaboration entre les organismes de communication et de pastorale des médias de l’Eglise universelle et les diverses Conférences épiscopales. JB/Com

(*) Angleterre et Pays de Galles, Autriche, Belgique, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Écosse, Espagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Rép. Tchèque, Roumanie, Russie, Suède, Slovaquie, Slovénie et Ukraine. (apic/ccee/com/be)

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