Réaction du cardinal Martino après le vote des eurodéputés
Rome, 20 juin 2008 (Apic) La nouvelle loi de l’Union européenne (UE) sur l’expulsion des sans-papiers a déclenché un profond sentiment d’injustice et de colère en Amérique latine. Du Pérou au Venezuela, en passant par l’Argentine, l’Equateur, la Bolivie et du Brésil, les réactions sont vives dans ces pays qui ont accueilli pendant des siècles des vagues d’immigrés venus du Vieux continent.
Après le vote des eurodéputés, le 18 juin, le cardinal Renato Raffaele Martino, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, a également vivement réagi, invitant l’Europe à acquérir «un supplément d’âme» afin de ne pas perdre «son propre humanisme».
Dans un article de L’Osservatore Romano publié à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié célébrée le 20 juin à l’initiative de l’Onu, le cardinal Martino a aussi estimé que l’Europe avait peut être besoin d’une réaffirmation d’elle-même. A ses yeux, l’Europe ne doit pas «dénaturer sa culture» ni «arracher ses racines, dans une vision seulement utilitariste de la vie en commun». L’Eglise aurait «souhaité plus d’attention, que ce soit à la condition des pauvres qu’à la protection des mineurs et à celle de la famille».
«L’Eglise n’est certes pas hostile, de manière préconçue, à la volonté européenne de réguler les flux migratoires, mais elle affirme que celle-ci doit non seulement protéger les droits de l’homme, mais aussi se fonder sur eux», a ajouté le cardinal italien. «Parmi de tels droits, il y a celui du réfugié à être protégé».
Prétendant «respecter profondément la responsabilité des institutions gouvernementales et supranationales dans leur devoir de garantir accueil et sécurité», le cardinal Martino a aussi estimé que «l’enseignement et l’engagement de l’Eglise» tendent à répondre «aux questions soulevées par les flux migratoires au niveau des droits et au niveau social et ecclésial». Pour le prélat, les gouvernements et les institutions européennes doivent bien sûr tenir compte des intérêts nationaux et communautaires, mais dans le contexte du bien commun universel. «Un but qui requiert soutien, solidarité, assistance et coopération», a-t-il conclu.
Le texte voté par les eurodéputés concernant les normes d’expulsion et de renvoi des immigrés clandestins dans leur pays d’origine, a été approuvé, le 18 juin, par 367 voix contre 206, et 109 abstentions. Il prévoit en particulier une durée de rétention de 18 mois maximum, l’interdiction de réadmettre le clandestin pendant 5 ans et la possibilité d’expulser les mineurs.
La nouvelle loi de l’Union européenne (UE) sur l’expulsion des sans-papiers a déclenché un profond sentiment d’injustice et de colère en Amérique latine, qui a reçu pendant des siècles des vagues d’immigrés venus du Vieux continent. Le président équatorien Rafael Correa a prôné un front commun pour protester contre «la directive de la honte». Le président bolivien Evo Morales a proposé jeudi à l’Afrique de se joindre à ce combat pour obtenir le retrait d’une loi qui «porte atteinte à la vie et aux droits des personnes». Le Vénézuélien Hugo Chavez a de son côté menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens et riposter par le «retour de leurs investissements». (apic/ag/misna/ms/pr)
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