L’art et la culture à la rencontre de la spiritualité
Pierre Rottet, Apic
Saint-Maurice, 23 juin 2008 (Apic) Exposition originale à « L’Espace expressions sacrées » de Saint-Maurice, en Valais. Jusqu’au 15 septembre, 16 artistes apportent leurs contributions. Histoire de faire cohabiter culture et spiritualité, et de s’offrir une balade à travers les techniques.
Leurs oeuvres avoisinent des dizaines d’autres objets, d’Afrique ou d’Asie. Un dépaysement pour le visiteur, attentif à la rencontre d’un témoignage de l’art sacré qui perdure aujourd’hui. Sous une forme d’expression hétéroclite.
Hétéroclite? C’est le terme, convient Marie-Jeanne Coloni, présidente de la « Fondation du Parfum de Béthanie », qui gère depuis 2005 maintenant l’ »Espace expressions sacrées », dans la ligne de Madeline Diener, créatrice de ladite fondation, décédée il y a huit ans.
« Nous poursuivons effectivement le travail de cette étonnante artiste, qui cherchait à conserver le lien entre l’art et la recherche de l’absolu », relève cette Française, qui s’apprête à recevoir une haute distinction des mains du président Sarkozy, pour son travail social en banlieue parisienne (*).
Pas étonnant, dès lors, le titre de cette expo: « Oeuvriers d’aujourd’hui au service de l’art sacré ». Référence aux bâtisseurs de cathédrales. « Toute démarche artistique a finalement les mêmes buts. Les gens qui sont réunis ici travaillent dans l’esprit de ces « oeuvriers » du Moyen-âge, chacun avec sa technique. Sa spécificité ». Et en totale liberté d’expression, assure-t-elle.
Les artistes, suisses en majorité, allemands ou français, ont tous, à un titre ou à un autre, travaillé à des travaux explicitement religieux, y compris l’architecture et la restauration d’oeuvres ou de lieux de culte. De confessions différentes, ils partagent la même foi, de façon certes différente, commente Marie-Jeanne Coloni, engagés qu’ils sont pour perpétuer l’art sacré. Hormis deux religieuses, dont Soeur Isabel Bachmann, ces 16 artistes sont des professionnels dans leur domaine.
L’adaptation au monde moderne
L’exposition d’une quarantaine de pièces, est en préparation depuis deux ans. Elle occupe la bâtisse de la « Gloriette », en plein coeur de Saint-Maurice, et s’articule sur trois étages: le rez-de-chaussée où le visiteur entre de plein fouet au coeur de toute liturgie, avec des vases sacrés, des pièces d’orfèvres, entourées de sculptures, d’une tenture de Christine Messmer, de mosaïques et de gravures; l’étage supérieur accueille des illustrations de textes bibliques, des vitraux, des créations de l’Ecole de Monthey du vitrail – oeuvres d’une Japonaise et d’une Chinoise -, des sculptures africaines aussi. Une manière, pour les organisateurs d »opposer » la tradition occidentale, « celle d’imposer dans le vide une forme qui se suffit à elle-même, et la tradition africaine, qui joue avec le vide et la ligne », commente Marie-Jeanne Coloni.
Promenade à travers les techniques
Le sous-sol abrite quelques pièces maîtresses de cette exposition: tenture en patchwork, sculptures en bois de Dominique Kaeppelin; toiles de Centovisi, et, étonnante découverte, des oeuvres du Japonais Hokusai Katsushika (1760 – 1849), l’infatigable « pèlerin du mont Fuji. Autrement dit, un ensemble d’oeuvres qui a de quoi servir de prétexte à une balade estivale en direction de Saint-Maurice.
« Cette promenade à travers les différentes techniques encore en usage depuis des siècles rassure sur l’avenir des lieux de culte », relève notre guide en cette matinée de juin. Selon elle, il appartient aujourd’hui à l’art sacré de s’adapter au monde moderne. Pas d’en faire une rupture avec le passé, mais plutôt de s’inspirer des recherches du sacré d’ailleurs. En faisant intervenir des expressions traditionnelles. Autrement dit, « la recherche d’un art sacré qui va vers la prise en compte des difficultés de ce monde. Ses espérances. Tout un programme. Fait de touches harmonieuses de formes et de couleurs, nées de la sensibilité et des imaginations, afin de créer l’osmose recherchée, désirée, entre le culturel et le spirituel. Pour autant qu’une frontière les distingue. Mais c’est là une autre histoire. (PR)
Encadré
L’Alouette, pour permettre à des enfants de prendre leur envol
Marie-Jeanne Coloni, soeur jumelle de Mgr Michel Coloni, archevêque émérite de Dijon, se verra attribuer ces prochaines semaines une haute distinction des mains de Sarkozy, pour sa fondation « L’Alouette », dans la banlieue de Paris, créée en compagnie de son amie Madeline Diener. Pour permettre à des gosses de prendre leur envol dans la vie. De voler de leurs propres ailes. Une action sociale, créée à l’époque dans la mouvance des prêtres ouvriers, mais officialisée en 1976 seulement.
En une quarantaine d’années, des centaines d’enfants que le système français avait voués à l’oubli, à l’échec, à vivre la dèche dans le sillage des parents, ont pu se remettre à jour, passer leur bac, entrer à l’uni, entreprendre des apprentissages. En un mot, se mettre dans le circuit. Des profs, des psy et des éducateurs spécialisés y veillent, encore et toujours sous l’oeil de Marie-Jeanne Coloni, aujourd’hui âgé de 81 ans. Elle n’en demeure pas moins impliquée, après une vingtaine d’années de présidence. Entre deux cours à l’Université, où elle a enseigné en qualité de professeur de théologie. Elle a notamment publié «Sans toit ni frontière – les enfants de la rue» et «Abraham». PR
Encadré
La Fondation du Parfum de Béthanie en bref
L’artiste suisse Madeline Diener (1930-2000), qui a réalisé le baptistère et les sculptures intérieures de la porte de la basilique de Saint-Maurice, a créé en 1997 la Fondation du Parfum de Béthanie pour faciliter le travail des artistes, notamment attachés à soutenir la prière. A cette fin, elle a légué sa documentation et une partie de sa fortune à l’Espace d’expressions sacrées, qui accueille régulièrement expositions, colloques, conférences… Aujourd’hui, Marie-Janne Coloni assume la présidence de la Fondation, de droit ecclésiastique placé sous le contrôle du Père Abbé de l’abbaye de Saint-Maurice. (apic/pr)
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