Pologne: Deux évêques polonais défendent Lech Walesa, le héros de Solidarnosc
Varsovie, 25 juin 2008 (Apic) Deux évêques polonais, l’archevêque Jozef Miroslaw Zycinski, de Lublin, et l’archevêque émérite de Gdansk, Tadeusz Goclowski, ont pris la défense de Lech Walesa, le héros de Solidarnosc. L’ancien président polonais (1990-1995) est en effet accusé d’avoir été dans sa jeunesse un collaborateur de la police communiste SB. La presse polonaise se divise depuis des semaines sur des informations qui refont surface régulièrement.
C’est un livre des historiens Slawomir Cenckiewicz et Piotr Gontarczyk, paru le 23 juin en Pologne, qui a une nouvelle fois mis le feu aux poudres. Ils y affirment que le héros des chantiers navals de Gdansk aurait eu des liens avec la police secrète communiste entre 1970 et 1976. L’ouvrage controversé, «La SB et Lech Walesa», est édité par l’IPN, l’Institut national de la mémoire, chargé d’étudier les crimes commis durant la période nazie et communiste. Les deux historiens ont consulté l’immense matériel de l’IPN, qui contiennent quelque 86 km de dossiers et archives secrètes de l’époque communiste.
«Cet ouvrage va bien au-delà des faits connus en essayant de prouver à tout prix que Lech Walesa a collaboré avec la SB», relève Mgr Jozef Zycinski dans une interview accordée au quotidien polonais «Gazeta Wyborcza». «Ce qu’a fait Walesa est sans conteste important. La publication actuelle sur sa prétendue collaboration avec l’appareil de sécurité communiste de la Pologne résulte de provocations qu’utilisait contre lui la SB», affirme l’archevêque de Lublin. Mgr Tadeusz Goclowski relève pour sa part dans le quotidien «Dziennik» qu’à l’époque, «de nombreuses personnes ont vraiment eu des moments difficiles à passer, mais rarement aussi durs que ceux qu’a vécus Lech Walesa».
Un «conte de fée»
Selon les historiens Slawomir Cenckiewicz et Piotr Gontarczyk, Walesa aurait été un collaborateur de la SB sous le pseudonyme de «Bolek» entre 1970 et 1976. Ils écrivent que le syndicaliste aux fameuses moustaches aurait touché de l’argent pour fournir des informations et des rapports sur une vingtaine de ses camarades, dont certains auraient eu ensuite des ennuis avec la police communiste. Il les aurait surveillés alors qu’ils écoutaient la «Radio Free Europe», une radio à l’époque financée par des fonds publics et privés américains et par la CIA. Lech Walesa aurait même, alors qu’il était président de la République de Pologne, fait détruire les preuves de cette collaboration avec la SB.
Si le quotidien «Rzeczpospolita» soutient la thèse des deux historiens, l’hebdomadaire catholique «Tygodnik Powszechny» questionne leur légitimité, estimant qu’ils interprètent trop librement les faits, et qu’ils tiennent des propos «plus idéologiques qu’historiques».
«Tygodnik Powszechny» est rejoint par la «Gazeta Wyborcza», le plus grand quotidien d’opinion en Pologne, relevant que les historiens s’appuient sur des documents qu’ils n’ont jamais vus et sur des preuves orales. Et le quotidien de se demander pourquoi, dans les années 1980, à l’époque du syndicat Solidarnosc, les services secrets communistes n’ont pas utilisé ces documents pour compromettre publiquement Lech Walesa. L’ancien Prix Nobel de la Paix, toujours considéré en Pologne comme un héros national, qualifie ces allégations de «contes de fée» et de complot mené contre lui par des agents des anciens services secrets communistes. (apic/cns/bbc/be)
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