Tchad: 72 personnes tuées lors de l’arrestation du gourou d’une secte musulmane
N’Djamena, 4 juillet 2008 (Apic) 72 personnes dont quatre gendarmes et 68 adeptes d’une secte musulmane prônant la jihad ou guerre sainte, ont été tuées depuis le 30 juin lors d’affrontements au Tchad. Ces troubles ont opposés les forces de l’ordre aux membres d’une nouvelle secte islamique, créée par un illuminé musulman.
Il s’agit de Cheikh Ahmat Ismaël, maître d’une école d’apprentissage du coran, qui, depuis quelques semaines prêchait le jihad ou guerre sainte ’’contre les chrétiens et les non musulmans’’, qualifiés d’infidèles.
Selon l’agence France Presse et APA (Agence de presse africaine), les 700 membres de la secte étaient retranchés dans une localité de Kouno où ils ont incendié 158 cases, 4 églises, un dispensaire et le poste de gendarmerie local. Ils se sont ensuite rendus à la sous-préfecture de Kouno pour descendre le drapeau national qu’ils ont remplacé par un drapeau blanc portant l’inscription ’’il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète’’, a rapporté radio France Internationale (RFI).
Les heurts ont eu lieu dans une région sud, dominée par les animistes et les chrétiens. Des jihadistes ont entamé les hostilités contre ces deux communautés. Les forces de sécurité ont été contraintes de tirer sur les fidèles. Les autorités avaient tenté en vain de ’’ramener à la raison’’ le maître coranique, mais celui-ci répondait invariablement qu’il ne communique ’’qu’avec le prophète Mahomet et Allah’’.
Samedi dernier, une délégation d’officiels tchadiens dont des conseillers du président de la république et le médiateur national, s’était rendue à Kouno pour négocier avec le gourou. Mais ce dernier a fait prendre en otage quatre membres de la délégation, a déclaré le ministre tchadien de l’Intérieur, Ahmat Mahamat Bâchir.
Originaire de Mongo (centre), Cheikh Ahmet Ismael Bichara est âgé de 28 ans. Il a fréquenté différentes écoles coraniques. Extrémiste, il est en désaccord avec le Conseil supérieur des affaires islamiques du Tchad. Lui et ses fidèles se sont enfermés dans leur raisonnement de faire la guerre sainte. « C’est ce que le Coran m’a dit de faire. Tout musulman doit faire la guerre sainte », a-t-il affirmé lors de sa présentation le 2 juillet à la presse à N’Djamena où il a été transféré après son arrestation.
« Une guerre sainte du Tchad jusqu’au Danemark »
Petite barbe, djellabah blanche, le Cheikh, menotté, paraissait tranquille et détaché. Il n’a présenté aucun regret. Tout au contraire, il s’est montré déterminé. « Je demande à tous les musulmans de se préparer pour engager une guerre sainte contre les chrétiens et les athées. Moi et mes hommes, nous sommes organisés pour déclarer une guerre sainte du Tchad jusqu’au Danemark », a-t-il écrit dans un manifeste lu aux journalistes, sans préciser si l’attaque avait pour motivation la publication de caricatures du prophète Mahomet dans la presse danoise, a rapporté le correspondant de l’AFP.
Lors de leur opération pour son arrestation, les forces de l’ordre ont pu libérer 90 femmes et 121 enfants que son groupe détenait en otage.
Depuis 15 ans, le Tchad, pays musulman à 90% est envahis par de nombreux prédicateurs, adeptes d’un islam rigoriste. Ils visent notamment le sud et le sud-est du pays. Ils ont régulièrement mis à mal la cohabitation entre chrétiens et musulmans, a rappelé APA.
Il y a dix ans, à Moundou, principale ville chrétienne au sud du Tchad et capitale économique du pays, des intégristes musulmans avaient saccagé des centres chrétiens.
Au sud-est et dans le reste du pays, majoritairement islamisés, ces musulmans d’un autre genre se manifestent par une agressivité à l’endroit de leurs propres co-religionnaires, qu’ils traitent de mécréants. L’expansion de ce nouvel islam se manifeste par la présence de plus en plus visible, dans les villes, de femmes vêtues tout de noir, de la tête aux pieds et d’hommes à la barbe touffue. (apic/ibc/bb)
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