Positions irréconciliables?

Angleterre: Lambeth s’est achevée comme elle a commencé: dans la division

Lambeth, 3 août 2008 (Apic) La Conférence de Lambeth, qui s’est s’achevée dimanche à Canterbury, en Angleterre, n’aura finalement pas permis de réconcilier la communion anglicane. Ce qui n’est pas une surprise, tant les divergences semblent insurmontables. Plus de 15 jours de débats, de palabres et de tentatives de compromis n’ont finalement débouché sur rien, sinon un constat: l’échec. Synthèse de trois semaines, avant la publication d’une déclaration finale. Si déclaration il y a.

Echec, en effet, pour les 650 évêques venus du monde entier et pour Rowan Williams le leader anglican. Plus de 15 jours, pour déboucher sur un résultat prévisible et un constat: le fossé qui sépare traditionalistes et libéraux est de plus en plus béant.

Autre certitude: commencée le 16 juillet, la Conférence de Lambeth s’achève sur des intentions qui restent du domaine du conditionnel. Avant le schisme? Avec en sus les préoccupations voire les condamnations de certaines Eglises, catholique et orthodoxe, notamment, mais aussi d’autres communautés religieuses.

La Conférence de Lambeth a lieu tous les dix ans. Celle qui s’achève à Canterbury aura aussi été celle des chaises vides, laissées par l’aile conservatrice anglicane, opposée, hostile et sans concession dans le contexte de tension que laissent au sein de la communion les questions liées à l’homosexualité, la nomination de Gene Robinson, un homosexuel vivant en couple, comme évêque du New Hampshire, aux Etats-Unis. Et la décision d’ordonner à l’avenir des femmes évêques, prise une dizaine de jours à York avant Lambeth par le Synode de l’Eglise d’Angleterre, n’a rien arrangé. Au contraire.

Chiffres: près de 250 évêques, africains principalement, mais aussi nord-américains et même anglais, ont boycotté le rassemblement. En d’autres termes, plus du quart des évêques présents à Lambeth.

Un avant goût de la division anglicane avait été donné en juin avec la réunion, à Jérusalem, d’un millier de responsables anglicans, parmi lesquels beaucoup d’Africains, dont quelque 300 évêques, qui ont mis en place un nouveau réseau mondial pour « défendre les valeurs » de ce qu’ils nomment « l’anglicanisme biblique traditionnel ».

Le rendez-vous de « la famille anglicane » de Jérusalem a aussi mis en évidence une autre réalité, vérifiée à Lambeth: l’autorité affaiblie de Rowan Williams, en raison des reproches doctrinales de dissidents, qui disent représenter 35 millions de fidèles – sur 77 millions.

Des propositions… sans lendemain?

Certes, Lambeth a débouché sur quelques propositions, et notamment sur « la nécessité de créer de nouvelles structures au sein de l’Eglise anglicane, visant à la mise sur pied d’un « Forum pastoral » placé sous la direction de l’archevêque de Cantorbéry et dont le but serait de régler rapidement les « anomalies pastorales ». C’était sans compter sur la détermination des responsables conservateurs de l’Eglise anglicane, qui ont rejeté le projet d’un accord de base sur le plus petit dénominateur commun à l’intérieur de l’Eglise. « La tentative de l’archevêque de Canterbury de réconcilier la communauté anglicane souffre de graves lacunes », indiquait un communiqué de hauts responsables des Eglises nationales (Gafcon) publié à Oxford le 18 juillet. Selon ce communiqué, le projet du primat Williams d’un « accord anglican » se concentre trop sur l’Eglise comme institution et néglige les enseignements de l’Ecriture.

Les évêques contestataires critiquent en particulier l’autonomie que le leader Williams a accordée aux provinces comme l’ont fait l’Eglise épiscopalienne des USA et l’Eglise anglicane du Canada. Ces mêmes évêques reprochent en outre à leur confrère un rôle colonialiste à l’intérieur de l’Eglise. Il détiendrait, disent-ils, trop de pouvoir sur l’orientation de l’Eglise, et n’aurait aucune « obligation formelle de rendre des comptes ».

La proposition d’évêques anglicans, pour une réforme structurelle à « tendance catholique » n’est pas non plus passée inaperçue. Elle connaîtra sans doute un sort identique à d’autres. Un groupe de travail ayant même proposé la mise en place d’une sorte de Congrégation pour la Doctrine de la foi. La proposition, émise le 22 juillet, a été « accueillie avec bienveillance et se trouve maintenant en processus de discussion », a expliqué sur place au correspondant de l’Apic l’évêque Clive Handford, responsable de la commission. Cette réforme structurelle a été élaborée par le « Windsor Continuation Group », constitué en février dernier par le primat anglican Rowan Williams. Cette commission, qui siège de « façon indépendante », a pour mission d’analyser des structures de la Communion anglicane mondiale et de ses 38 provinces ecclésiales.

Côté rumeurs…

Au chapitre rumeurs: certains évêques de l’Eglise anglicane se seraient récemment rendus en secret au Vatican pour des entretiens avec des membres de la curie romaine à propos de la crise qui secoue la communion anglicane, rapportait récemment le journal britannique « Sunday Telegraph ». Le chef de la communion anglicane, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams, n’aurait pas été avisé de ces entretiens de quelques évêques avec, entre autres, des responsables de la Congrégation pour la doctrine de la foi en vue d’un rapprochement avec Rome. L’information n’a été ni infirmée ni confirmée.

Rome est très attentive à ce qui se passe à Lambeth. Elle ne met pas en sourdine ce qu’elle pense: « Le dialogue entre la Communion anglicane et l’Eglise catholique a fait un « pas en arrière », a estimé le cardinal Kasper. La décision d’ordonner des femmes évêques a miné le dialogue, a-t-il déclaré le 30 juillet devant les membres de la Conférence de Lambeth, réunis à Canterbury. Le cardinal, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a évoqué le caractère « altéré » du dialogue entre la Communion anglicane et l’Eglise catholique. Bref, un langage plus direct, que celui de son collègue de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le cardinal Ivan Dias, le 22 juillet à Lambeth.

L’inquiétude romaine est partagée par l’orthodoxie russe. Dans un message adressé aux anglicans, le patriarche Alexis II, de la très conservatrice Eglise orthodoxe russe, a fait remarquer que les membres de la Conférence de Lambeth allaient se trouver devant une « grande responsabilité historique » et que leurs décisions auraient des répercussions sur l’ensemble du monde chrétien.

Problème majeur, vraiment?

A souligner l’intervention, le 28 juillet et pour la première fois à Lambeth, d’un grand rabbin, Sir Jonathan Sacks, qui a appelé juifs et chrétiens à faire cause commune et à se tourner vers les autres dans un monde dominé par la politique et l’économie.

Il aura finalement fallu attendre le jeudi 24 juillet pour voir sortir de Lambeth un message commun, et pas uniquement au niveau de la communion anglicane, sous la forme d’une marche interreligieuse contre la pauvreté à Londres. Catholiques, anglicans, musulmans, juifs, bouddhistes, hindous et sikhs ont en effet marché ensemble pour exiger des chefs d’État et de gouvernement du monde entier des actions concrètes destinées à lutter contre la pauvreté. Mais c’est là une autre histoire.

Pour le reste, Mgr Gene Robinson, l’évêque anglican homosexuel controversé couche sur sa position: à savoir qu’il n’a pas l’intention de démissionner. Et ce n’est pas l’aveu-évidence de l’archevêque de Cantorbéry, qui relevait il y a quelques jours que « les anglicans sont confrontés à un problème majeur », qui changera dans l’immédiat la trajectoire. Ni la courbe ascensionnelle des divisions internes de la communion. Ultime touche: vendredi dernier encore, l’archevêque anglican d’Ouganda, qui a boycotté Lambeth, décrivait la nomination du chef de l’Eglise anglicane comme un « vestige du colonialisme britannique ». (apic/pr)

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