«Je ne gouverne pas la Communion anglicane»
Canterbury, 5 août 2008 (Apic) L’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, a rejeté les accusations selon lesquelles sa position au sein de la Communion anglicane mondiale est un «vestige du colonialisme britannique».
Dans une interview accordée à l’Agence oecuménique ENI, durant la Conférence de Lambeth, qui a réuni plus de 650 évêques anglicans à Cantorbéry, en Angleterre, du 16 juillet au 3 août, Rowan Williams a rejeté les affirmations de l’archevêque anglican ougandais Henry Orombi faites dans un article publié dans le quotidien londonien The Times, qui estimait que le mode d’élection du primat de l’Eglise anglicane était un héritage du colonialisme britannique.
«L’archevêque Orombi n’est pas la première personne à tenir ces propos sur les vestiges du colonialisme en ce qui concerne la relation avec Cantorbéry. Je pense vraiment que c’est un malentendu. Ce ne serait juste que si Canterbury gouvernait. Or je ne gouverne pas la Communion», a déclaré Rowan Williams.
L’archevêque Orombi est l’un des quelque 230 évêques anglicans ayant boycotté la Conférence de Lambeth – réunion mondiale d’évêques anglicans organisée tous les dix ans – en signe de protestation contre la présence des responsables de l’Eglise épiscopale (anglicane) des Etats-Unis qui, en 2003, ont consacré en tant qu’évêque V. Gene Robinson, un prêtre homosexuel vivant en partenariat.
«La moralité, pour certaines personnes des médias, concerne le sexe», a déclaré l’archevêque Williams, interrogé sur l’apparente obsession des médias vis-à-vis de la sexualité. «Dans la Bible, la moralité concerne la justice, la compassion, la défense des nécessiteux. Cela signifie humilité, réalisme, remise en question, repentir et générosité. Cela fait déjà beaucoup.»
L’archevêque Williams a expliqué à ENI que la question de la consécration en tant qu’évêque d’un homosexuel aux Etats-Unis avait «très peu de sens» pour les Africains vivant dans des régions reculées du continent. «Au jour le jour, cela a très peu de sens, même s’ils en ont entendu parler. Le seul point ayant des conséquences pour Monsieur et Madame Tout-le-monde en Afrique est lorsqu’ils ont des voisins désagréables, chrétiens ou non, qui disent – «Alors comme ça vous êtes de l’Eglise gay ?’»
La résistance des anglicans au Zimbabwe
Et d’ajouter: «Au Zimbabwe, bien sur, cela a été l’une des principales questions à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise.» Il y a plusieurs années, le président zimbabwéen Robert Mugabe a organisé une campagne contre les homosexuels, affirmant d’eux qu’ils étaient «pires que les cochons et les chiens». «Je pense qu’on peut trouver d’autres cas d’homosexuels faisant l’objet d’attaques, pas seulement en Afrique, mais aussi dans le monde entier. Ce n’est pas simplement un problème local. Cependant les préoccupations majeures de la plupart des Africains sont l’eau potable, l’alimentation, le travail et la transparence de la gouvernance.»
Rowan Williams a indiqué que le développement de l’Afrique et les préoccupations concernant les «vrais problèmes» de ce continent étaient une priorité pour lui. «Il s’agit d’une priorité absolue pour moi. Lors de mes visites en Afrique, ces dernières années, nous avons toujours demandé au préalable quels sont les résultats que nous souhaitons. L’archevêque doit faire plus que simplement se faire photographier en train d’embrasser des bébés.»
Il a affirmé qu’en Afrique, la Communion anglicane veut contribuer à éduquer les gens et à améliorer les installations de santé, et apporter son aide pendant les périodes de famine. «Au Soudan, le Lambeth Palace [résidence de Londres et secrétariat de l’archevêque de Canterbury] a rendu service en établissant un lien entre le Programme alimentaire mondial et quelques diocèses, à travers des écoles chrétiennes, pour la sécurité de la distribution de la nourriture. Au Burundi, nous avons contribué à mettre en place une bourse de l’Irish Aid pour la construction d’écoles».
L’archevêque Williams a déclaré être particulièrement admiratif devant la résistance des anglicans au Zimbabwe, où les services religieux sont perturbés par les forces de sécurité et les jeunes partisans militants du parti du président Mugabe, le Zanu-PF, ainsi que par Nolbert Kunonga, éveque destitué de Harare et fervent partisan de Robert Mugabe.
Frustrations
«Au cours des deux dernières années, nous avons été régulièrement en contact et certains. Il a déclaré que des responsables anglicans et lui-même sont conscients de la frustration croissante parmi les jeunes africains face aux promesses non tenues de l’Occident de les aider à s’extirper de la pauvreté.
Interrogé sur l’éventualité que ce contexte conduise des jeunes en colère à se détourner du christianisme pour embrasser, par exemple, une forme militante de l’islam, Williams a répondu: «Nous sommes préoccupés, mais pas paniqués. Selon moi, les modèles de recrutement de l’islam militant ne semblent pas fonctionner en Afrique comme dans d’autres régions du monde». (apic/eni/pr)
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