Irak: On s’habitue à la peur, affirme un travailleur humanitaire
Baltimore, Maryland, 17 août (Apic) Avant l’arrivée de la guerre en Irak, Samuel, un travailleur humanitaire, allait de son domicile à Bagdad à son travail en 15 minutes, mais aujourd’hui, il doit passer six points de contrôle sur seulement quatre kilomètres en allant au travail le matin.
«Cela rend les déplacements très difficiles,» affirme Samuel. Bagdad est divisée en murs de béton ponctués d’innombrables points de contrôle. «Les parents ne peuvent pas toujours emmener leurs enfants à l’école ou aller travailler, parce qu’une rue sera fermée s’il y a une suspicion de bombe. Certains parents ont même arrêté d’emmener leurs enfants à l’école.»
Samuel travaille pour l’organisation caritative International Orthodox Christian Charities (IOCC), qui a récemment distribué de la nourriture et des kits d’hygiène à des milliers de familles vulnérables à Bagdad et Mossoul. L’organisation travaille en partenariat avec ACT International (Action commune des Eglises). La plupart des Irakiens dépendent du programme gouvernemental de rationnement alimentaire, mais la disponibilité de la nourriture en Irak est pire que sous le régime de Saddam Hussein, affirme Samuel.
Pénuries multiples
Les Irakiens sont confrontés à d’autres pénuries. Le gouvernement ne fournit que deux heures quotidiennes d’électricité. Ceux qui peuvent se le permettre achètent de l’électricité aux entreprises privées. L’eau, lorsqu’elle est disponible, n’est pas potable. Les hôpitaux publics locaux manquent de vaccins, de lits, d’instruments et ne réalisent que les procédures les plus simples. Les hôpitaux privés sont mieux lotis mais la plupart des Irakiens ne peuvent pas se permettre d’y aller.
En raison des pénuries, des blocages routiers et des points de contrôle, l’apport de matériel humanitaire aux familles qui en ont le plus besoin nécessite une coordination attentionnée. Le matériel est acheté localement pour aider l’économie, et Samuel fouille consciencieusement le marché pour obtenir les prix les plus compétitifs. Ensuite, il prend contact avec diverses Eglises, des organisations caritatives musulmanes et des organisations non gouvernementales locales pour obtenir une liste de familles dans le besoin et trouver un endroit sur pour entreposer et distribuer le matériel. Afin d’éviter un chevauchement entre organisations, il compare également sa liste de noms avec celles des autres organisations humanitaires travaillant dans la région, comme le Conseil des Eglises du Moyen-Orient, qui est membre d’ACT.
Le jour de la distribution, Samuel est présent pour surveiller l’acquisition du matériel par chacune des familles. Les noms sont cochés et la signature est demandée à chaque transaction. Chaque paquet est conçu pour compléter les besoins nutritifs et hygiéniques de base d’une famille, et contient du savon, de la lessive en poudre, des spaghettis, du fromage et des haricots, ainsi que d’autres éléments. Parmi les gens auxquels vient en aide l’IOCC, se trouvent des personnes déplacées, des handicapés, des familles étendues, des foyers monoparentaux et des personnes âgées.
L’organisation caritative orthodoxe continue à étudier d’autres possibilités pour apporter de l’aide en Irak. «L’approvisionnement en nourriture et en produits d’hygiène va rester un problème critique. Nous avons entendu que le gouvernement s’apprête à supprimer les cartes de rationnement alimentaire», explique Samuel. L’IOCC a également travaillé dans le passé avec les ministères irakiens des Affaires sociales et de l’Education pour réparer des écoles et des orphelinats.
De nombreux travailleurs humanitaires ont quitté l’Irak et certains d’entre eux opèrent désormais depuis la Jordanie, mais Samuel ne pense pas qu’il va partir. «Je suis allé en Jordanie il y a plusieurs années, mais sans un travail convenable, les économies s’épuisent», affirme-t-il. «Et nous avons appris à faire avec les pénuries d’électricité, de nourriture et d’eau. Nous entendons les bombes tout le temps, mais nous nous sommes habitués à la peur.»
L’IOCC a commencé à travailler en Irak en 2003. Collaborant avec ACT International, l’IOCC a apporté de la nourriture et des paquets de produits hygiéniques à des familles déplacées à Bagdad et Mossoul. Entre 2004 et 2006, l’organisation caritative a mis en place des ateliers de couture et d’informatique, réparé des jardins d’enfants, distribué du lait à des écoliers, et réparé neuf écoles primaires à Bagdad. Après une interruption de dix mois en raison des problèmes de sécurité, l’IOCC a redémarré ses activités en Irak en novembre 2007.
Amal Morcos est la directrice de la communication pour l’IOCC, membre de l’organisation d’entraide oecuménique ACT International. Elle a écrit la version originale de cette histoire pour le site web iocc.org. (apic/eni/js)
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