Philippines: Rébellion musulmane, le Conseil national des Eglises appelle à la négociation
Cotabato City/Manille, 21 août 2008 (Apic) Le Conseil national des Eglises des Philippines (NCCP) appelle le gouvernement philippin à négocier pour mettre fin à la rébellion musulmane qui continue de faire rage à Mindanao. Jeudi 21 août, dans une déclaration commune, les évêques catholiques et oulémas musulmans membre de la Conférence des évêques et oulémas de Mindanao (BUC) ont fait de même, alors que le projet controversé d’un accord d’autonomie avec les rebelles séparatistes musulmans du Front Moro islamique de libération (MILF) a été abandonné.
Le MILF a lancé depuis plusieurs jours une vague d’attaques meurtrières dans le sud de l’archipel, ont indiqué jeudi les services de la présidence philippine. «L’annulation du protocole d’accord sur les terres ancestrales est une mesure douloureuse», a déclaré à des journalistes Lorelei Fajardo, le porte-parole de la présidente Gloria Arroyo. Cette dernière va chercher à élaborer un nouvel accord, qui soit conforme à la Constitution.
Les combats ont repris, faisant une quarantaine de morts et des milliers de déplacés
Une faction du MILF a lancé ces derniers jours des attaques contre des villes à majorité chrétienne sur l’île de Mindanao, causant la mort d’une quarantaine de personnes. Les violences ont éclaté après la décision, le 4 août, de la Cour suprême de suspendre un accord signé en juillet établissant une région musulmane autonome dans le sud des Philippines
Les évêques et oulémas de la BUC ont lancé jeudi 21 août un «appel urgent» enjoignant les rebelles musulmans et le gouvernement à mettre un terme immédiatement aux combats, à retirer les troupes respectives dans leurs cantonnements, à libérer les otages et les prisonniers afin d’arriver à un accord immédiat de cessez-le-feu.
La BUC s’est offerte pour servir de «facilitatrice» pour le processus des négociations de paix, spécialement après la suspension du «Mémorandum d’accord sur les terres ancestrales» (MOA-AD), qui devrait ouvrir la voie à une modification constitutionnelle et une large autonomie pour les musulmans de Mindanao.
La «guerre ouverte» n’est pas la solution
Selon une organisation d’Eglise protestante des Philippines, seules des «négociations régies par des principes» et non pas «une guerre ouverte» pourront résoudre le problème de la rébellion musulmane dans le sud du pays, où les combats qui ont coûté la vie à une quarantaine de personnes et déplacé des milliers d’autres ces derniers jours – continue de faire rage à Mindanao. «Le Conseil national des Eglises des Philippines (NCCP) soutient que des négociations régies par des principes entre les deux parties – sincèrement investies dans la réalisation des aspirations du peuple, sont un élément essentiel pour atteindre une paix juste et durable», a annoncé l’organisation dans une déclaration récente signée par son secrétaire général, le pasteur Rex Reyes.
De nombreux musulmans seraient frustrés par l’annulation d’un accord foncier qui devait être signé le 5 août en Malaisie entre le gouvernement philippin et le Front de libération islamique moro (MILF), groupe armé revendiquant davantage d’autonomie politique, dans le cadre de négociations de paix globales. La signature de l’accord a été reportée lorsque la Cour suprême a publié le 4 août une ordonnance restrictive en réponse aux pétitions de politiciens affirmant qu’ils n’avaient pas été consultés à propos de l’accord et qu’il était anticonstitutionnel.
Des médias ont indiqué en juillet que des membres du MILF ont occupé des terrains agricoles de chrétiens dans la province de Cotabato. Quand le MILF a refusé l’ordre donné par le gouvernement de quitter les fermes, près de 3’000 soldats et policiers ont donné l’assaut le 10 août contre les rebelles. Les combats ont causé la mort d’un soldat, de sept rebelles et de plusieurs villageois et ont contraint environ 130’000 personnes à quitter leurs foyers.
Le MILF s’est vengé en pillant et en brûlant des maisons, et en attaquant des villageois à la machette. Le MILF a étendu ses attaques aux provinces voisines de Lanao del Norte, forçant quelque 37’ 000 villageois à prendre la fuite. Alors que les politiciens débattaient de la légalité de l’accord avec le MILF qui avait été proposé, un porte-parole de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo a déclaré qu’une proposition d’amendement de la Constitution avait été faite pour ouvrir la voie à une forme d’Etat fédéral, qui, a-t-il affirmé, profiterait également aux musulmans.
Certains critiques, y compris le NCCP, ont rejeté la mesure de la présidente Arroyo. Le groupement d’Eglises a déclaré: «L’amendement de la Constitution sous le gouvernement actuel a été élaboré essentiellement pour des motifs de survie politique.» Le gouverneur de Pampang, Ed Panlilio, ancien prêtre catholique, a déclaré au correspondant de l’agence oecuménique ENI: «Une modification de la Constitution a pour objectif essentiel de prolonger le mandat de Gloria Arroyo». Le NCCP a par ailleurs indiqué que la modification de la Constitution ouvre la voie à une libéralisation de l’économie et, ainsi, «exacerbe le pillage des richesses restantes à Mindanao et ailleurs au profit des entreprises étrangères». Se déclarant attristé par les affrontements armés récurrents dans le sud des Philippines, le NCCP s’est joint aux appels de plus en plus insistant en faveur d’un résolution du conflit au moyen de négociations. (apic/eni/bbc/be)
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