Genève: Le Collège Henry Dunant place la foi au coeur de l’universalité des droits humains
Déo Negamiyimana, pour l’Agence Apic
Genève, 22 août 2008 (Apic) Des spécialistes issus de divers horizons et domaines ont débattu à Genève, jeudi 21 août, sur le thème «diversité de croyances et citoyenneté démocratique». Organisées par le Collège universitaire Henry Dunant, les discussions s’inscrivaient dans le cadre du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui sera célébrée le 12 décembre 2008.
Une centaine de participants venus de vingt pays, pour suivre la 14ème session de l’Université d’été des droits de l’homme, y ont été conviés pour y débattre des questions de la «citoyenneté inclusive» et du rôle des religions dans les conflits internationaux. Plongée dans un laboratoire foisonnant d’idées.
Palais des Nations, salle XI. C’est ici que diplomates, fonctionnaires, magistrats, journalistes, membres d’ONG, enseignants, ont passé toute la journée de jeudi, réfléchissant sur le thème de la «diversité de croyances et de la citoyenneté démocratique».
Le président du Collège universitaire Henry Dunant, Alfred Fernandez, a estimé à cette occasion que ’ce colloque est un moment privilégié pour trouver des solutions aux problèmes posés actuellement à la communauté internationale. «Nous observons, a-t-il dit, qu’il y a de nombreuses questions liées à la gestion de la diversité aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des communautés. Nous sommes conscients des difficultés que nous devons rencontrer mais nous estimons aussi que la diversité ne doit pas être une source de conflits. Elle doit plutôt être perçue comme un enrichissement mutuel».
Se considérer comme incultes pour apprendre de l’autre
L’idée de concevoir la diversité est partagée par Patrice Meyer-Bisch, coordinateur de la Chaire UNESCO à l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme à l’Université de Fribourg. D’après lui, la citoyenneté implique une expérience de dialogue et de partage. «Cela suppose que face à l’autre, nous devons nous considérer comme incultes pour pouvoir apprendre de lui. La diversité peut alors être un vivier par lequel des citoyens inclusifs participent à l’espace public. Dans le cas contraire, le citoyen exclusif devient un prédateur incapable de bâtir la démocratie conçue comme une foi dans la raison».
Une idée soutenue par Guillaume Ngefa, chargé principal des droits de l’homme à la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire. Pour le Congolais, l’Afrique accuse encore un grand retard au point de vue de la citoyenneté inclusive. «On l’a vu au moment du génocide au Rwanda et très récemment au Kenya. Les élections sont mal comprises, ce qui débouche sur une ethnicité négative».
Le droit international humanitaire est incontournable
Sur un tout autre ton, William Ossipow, professeur de Sciences politiques à l’Université de Genève, constate que les intervenants précédents – plus précisément Patrice Meyer-Bisch – prônent une morale forte qui place la barre trop haut et hypertendue. «Je n’ai pas l’impression que même la théorie libérale des droits de l’homme ait été, de par le passé, di-il, si fortement exigeante. On demandait aux gens d’exercer leurs droits. Par exemple d’aller voter. En cas de refus, cela n’empêchait pas le bon fonctionnement des institutions», explique l’universitaire pour qui la situation des droits de l’homme et de la citoyenneté n’évolue guère.
A son avis, il y a de plus en plus un repli vers la sphère privée, ce qui fait que ce qui se passe ailleurs dans la cité, au plan national ou international, ne concerne plus beaucoup de monde.
Pour Michel Veuthey, vice-président de l’Institut international de droit humanitaire (IIHL), «il faut au moins respecter le principe fondamental du droit international humanitaire qui, par des règles à caractère sacré, fustige des actes qui pourraient mettre en péril la survie du groupe. On pourrait ainsi, suggère-t-il, continuer à interdire de tuer les enfants, d’empoisonner l’eau, d’abattre les arbres fruitiers, etc.». Ces règles, qui gardent toute leur actualité, sont recommandées par Jorge Dias Ferreira, représentant de l’ONG New Humanity auprès de l’ONU. Pour le Portugais, le droit international humanitaire est incontournable. Il permet de respecter la dimension spirituelle de l’homme. Celle-ci, mise en pratique et incarnée, laisse émerger des hommes et des femmes comme Mère Teresa. Et J. Ferreira de rappeler la phrase qui était chère à la religieuse albanaise: «’Le monde d’aujourd’hui a davantage besoin de témoins que de maîtres». (apic/dng/ts)
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