Cérémonies, livres et émissions pour commémorer le 23 août 1948

Genève: Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) fête son 60e anniversaire

Genève, 24 août 2008 (Apic) C’est le 23 août 1948 à la « Nieuwe Kerk » d’Amsterdam – il y a tout juste 60 ans – qu’a eu lieu le culte d’ouverture de l’assemblée fondatrice du Conseil oecuménique des Eglises (COE), une communauté qui compte aujourd’hui 349 Eglises membres sur tous les continents. Le COE poursuit cette commémoration entamée le 17 février dernier lors d’une célébration dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève, siège du COE.

Dimanche 24 août, un documentaire sur le COE a été diffusé à la télévision néerlandaise (Nederland 2), sur la BBC ainsi que dans plusieurs autres pays à l’occasion de ce 60e anniversaire, qui a mis en lumière notamment le rôle joué par le premier secrétaire général de l’organisation, le pasteur hollandais Willem A. Visser ’t Hooft (1900-1985). Il fut une figure emblématique du mouvement oecuménique.

La pasteure Myra Blyth, ancienne directrice du programme relatif aux affaires humanitaires et aux réfugiés du COE, a animé un service religieux diffusé sur la Radio 4 de la BBC le 24 août. L’émission – à laquelle participait Mary Tanner, présidente du COE en Europe, ainsi que des membres du personnel du COE et des étudiants de l’Institut oecuménique de Bossey, en Suisse – est également disponible sur le site web de la BBC.

Vendredi 22 août, le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE – un pasteur de l’Eglise méthodiste du Kenya – et un groupe de personnalités se sont rendus à la Nieuwe Kerk d’Amsterdam où a eu lieu il y a exactement 60 ans le service d’ouverture de l’assemblée fondatrice du COE. A cette occasion, la reine Beatrix des Pays-Bas a reçu le premier exemplaire d’un livre publié à l’occasion du jubilé: « The Ecumenical Movement at a Crossroads » (Le mouvement oecuménique à la croisée des chemins).

Ce livre – une collection d’articles rédigés par des personnalités liées au mouvement oecuménique, dont Nelson Mandela – met l’accent sur le rôle des Eglises dans le monde actuel, en particulier dans le domaine des relations internationales.

Ayant remercié les Eglises et les amis oecuméniques des Pays-Bas qui ont soutenu et organisé la réunion d’Amsterdam, le pasteur Kobia a déclaré: « Aujourd’hui, les défis de la quête de l’unité visible semblent encore plus difficiles, mais nous regardons néanmoins vers les soixante prochaines années avec espoir et confiance, inspirés par l’esprit de nos ancêtres oecuméniques, qui ont rendu Amsterdam 1948 possible. »

La grande cérémonie oecuménique pour les 60 ans du COE a eu lieu le 17 février dernier lors d’une célébration dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève, siège du COE. Au départ, ce sont 147 Eglises – essentiellement européennes et nord-américaines – qui, il y a soixante ans, se réunirent à Amsterdam pour fonder le Conseil oecuménique des Eglises (COE). « En nous réunissant 60 ans plus tard au même endroit, nous remarquons que les Eglises ont été fidèles à leur engagement. Ce constat est lourd de sens. Non seulement elles sont restées ensemble, mais elles ont approfondi et élargi la communauté », a déclaré le pasteur Kobia.

Les représentants des Eglises membres du monde entier, comme le pasteur Michael Kinnamon, du Conseil national des Eglises des Etats-Unis, considèrent cet événement comme une occasion de célébrer dans la prière la communauté oecuménique. Aujourd’hui, le COE rassemble 349 églises dans quelque 110 pays et territoires sur tous les continents et représente plus de 560 millions de chrétiens, principalement des anglicans, des orthodoxes et des protestants. JB

Encadré

Le COE face aux défis d’un monde qui change à toute vitesse

Cette vaste communauté d’Eglises qu’est le COE, véritable symbole de l’oecuménisme du 20e siècle, se trouve confrontée actuellement à un monde bien différent – du point de vue politique, économique et religieux – de celui qui existait à la fin de la deuxième guerre mondiale. L’existence officielle du COE débuta le 23 août 1948 à Amsterdam, où les délégués de 147 Eglises de 44 pays s’étaient réunis pour participer à son Assemblée constitutive. Ce rassemblement était certes impressionnant par sa diversité sans précédent, puisqu’on y trouvait des délégués d’Eglises anglicanes, vieilles-catholiques et orthodoxes, ainsi que de presque toutes les Eglises protestantes. Mais on notait l’absence des deux plus grandes Eglises mondiales, l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe russe.

En fait, le COE existait déjà. En 1938, un comité provisoire avait été formé par des responsables d’Eglises pour créer la structure de ce nouveau conseil et organiser sa première assemblée, prévue pour 1941. Mais l’irruption de la guerre avait bouleversé ces plans. Le comité provisoire s’était donné pour mission de maintenir les liens entre Eglises des deux camps, de venir en aide aux prisonniers de guerre et aux réfugiés et de préparer la réconciliation et les efforts de reconstruction de l’après-guerre. L’expérience du conflit donna à l’Assemblée d’Amsterdam une tonalité marquée à la fois par l’humilité et par le défi face à un monde dont la désunion tragique appelait à une réconciliation sans réserve.

Willem Visser ’t Hooft, premier secrétaire général du COE, évoqua la crainte de voir se créer une « super-Eglise » et proclama le désir de « faire la différence ensemble » en affirmant: « Nous ne constituons pas ce Conseil dans un esprit d’ambition, ni avec l’intention de participer à quelque lutte pour le pouvoir que ce soit. Nous le constituons dans un esprit de repentance face à notre incapacité de former ensemble une seule Eglise et dans l’intention de rendre témoignage plus clairement et ensemble au Seigneur qui est venu nous servir tous. »

Il est facile de donner des exemples du témoignage rendu par le COE au cours des décennies écoulées: contribution apportée à la création des Nations Unies et au texte de la Déclaration universelle des droits de l’homme; travail théologique crucial sur le baptême, l’eucharistie et le ministère; apports considérables à la réflexion missiologique; activités prophétiques au sujet de questions comme le développement durable, le racisme, le dialogue interreligieux et le changement climatique, bien avant qu’elles ne fassent l’objet de débats généralisés.

Mais il n’est guère de réussites sans critiques, écrit Sara Speicher, rédactrice indépendante, qui fut coordinatrice de l’équipe « Information » du COE. Au cours des années 1970, les évangéliques prirent leurs distances à l’égard du Conseil, déplorant la mollesse de ses efforts dans les domaines de la mission et de l’évangélisation. A la même époque, le Programme de lutte contre le racisme attirait sur lui les foudres de ceux qui lui reprochaient son soutien sans faille au mouvement de lutte contre l’apartheid en Afrique australe.

Pourtant lorsque le COE célébra son 50e anniversaire dans le cadre de son Assemblée de Harare, Nelson Mandela, l’un des « bénéficiaires » de ce Programme, rappela qu’il constituait l’expression d’une « vraie solidarité » qui « n’était pas simplement le soutien charitable de lointains bienfaiteurs mais une lutte partagée pour des aspirations communes.

En parlant avec ceux qui ont été touchés par les activités du COE au cours des années, Sara Speicher constate que sa plus grande réussite ne se situe pas au niveau d’une question, d’un programme ou d’une publication, mais qu’elle réside dans le fait qu’en dépit de tout ce qui aurait pu les séparer, les Eglises membres sont demeurées ensemble, attachées à la communauté qui est la leur grâce au Conseil. Comme l’a déclaré un responsable oecuménique asiatique: « Les relations établies entre les Eglises constituent la plus belle réussite du COE. Il ne s’agit pas d’une unité au sens strict, mais d’une communauté fondée sur la connaissance d’un héritage et de traditions et sur les prises de conscience – comme une famille. »

Ne cessant de s’agrandir, le COE rassemble actuellement 347 Eglises et dénominations de plus de 110 pays et territoires du monde entier. L’Eglise orthodoxe russe est membre depuis 1960, tandis que l’Eglise catholique romaine collabore étroitement avec le Conseil dans le cadre de nombreux programmes et est membre à part entière des commissions de Foi et constitution et de Mission et évangélisation. La croissance du COE témoigne de sa réussite en même temps qu’elle constitue un défi pour l’avenir, car elle reflète bien les mutations de l’oecuménisme et du christianisme.

La plupart des Eglises fondatrices du COE étaient européennes et nord-américaines, même si d’autres régions étaient aussi représentées, alors que de nos jours la grande majorité des membres se trouvent en Afrique, en Amérique latine, en Asie, aux Caraïbes, au Moyen-Orient et dans le Pacifique.

Le dialogue approfondi qui s’est déroulé ces dix dernières années entre les Eglises orthodoxes et d’autres traditions a permis à la communauté d’Eglises de prendre conscience que certaines pratiques chères à la plupart des membres occidentaux étaient peu familières à beaucoup d’autres, qui les jugent contraignantes. Il en est résulté de profondes modifications des méthodes du COE, dont la plus notable est celle de l’introduction de la prise de décisions par consensus.

Dans cet espace commun qu’est le COE, les Eglises affrontent ensemble des défis actuels: réagir aux menaces qui pèsent sur la vie, comme la pauvreté, le changement climatique et le sida; explorer les dimensions traditionnelles et nouvelles de la vie spirituelle; encourager le dialogue et la coopération entre les religions; entrer en contact avec les traditions chrétiennes marquées par un scepticisme durable à l’égard de l’oecuménisme; formuler une nouvelle vision de l’oecuménisme au 21e siècle. Le thème choisi pour le 60e anniversaire du COE est « Ensemble, faire la différence ». Et Sara Speicher de conclure: « le COE ne célèbre pas seulement son anniversaire, mais aussi l’engagement visible et durable des Eglises qui, malgré leurs divisions et celles du monde, reprennent l’affirmation formulée en 1948 à Amsterdam: ’Nous sommes décidés à demeurer ensemble’ ». (apic/coe/com/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/geneve-le-conseil-oecumenique-des-eglises-coe-fete-son-60e-anniversaire/