Gouvernement, municipalités, évêques et paroisses sollicités

Espagne: Le juge Garzón ouvre une enquête sur les victimes du franquisme

Madrid, 2 septembre 2008 (Apic) Le juge de l’audience nationale espagnole, Baltasar Garzón, s’est adressé lundi au gouvernement, à la Conférence des évêques, à plusieurs municipalités du pays et à des universités pour obtenir de leur part des informations afin de donner à la justice espagnole la possibilité d’enquêter sur les «disparus» sous le régime franquiste.

Selon le quotidien madrilène «El Pais», le juge Garzón entend faire un recensement des personnes fusillées, disparues, et des victimes enterrées dans les fosses communes à partir de juillet 1936, jour du coup d’Etat qui ouvrait sur les années sanglantes de la guerre civile espagnole et, trois ans plus tard, sur la dictature de Franco.

Le juge Garzón veut ainsi connaître le nombre de personnes enterrées dans les fosses communes sous la répression franquiste, les circonstances et, si possible, les dates des massacres.

Le but de sa démarche est de recueillir suffisamment d’informations afin de décider s’il est compétent ou non pour enquêter sur les dénonciations présentées par 13 associations pour la «récupération de la mémoire historique» de différentes communautés autonomes, mais aussi de particuliers.

La «Loi sur la mémoire», approuvée le 31 décembre 2007, qui permet au juge Garzón l’ouverture de cette procédure, vise non seulement les administrations, mais aussi l’Eglise catholique. Cette loi, qui a pour but de reconnaître les victimes du franquisme, trouve ses origines dans la création par décret, le 10 septembre 2004, d’un comité interministériel du Premier ministre socialiste Zapatero. Elle entend en outre oeuvrer en vue de la «réhabilitation morale et juridique» des victimes.

En effet, s’il reste encore, en 2006, des rues au nom de Franco en Espagne, les victimes de la dictature n’ont toujours pas été reconnues, condition donnée à ladite «transition démocratique espagnole» qui s’étendit de 1976 à 1983.

L’Eglise catholique espagnole, hostile à cette loi, est également dans le collimateur. De nombreux bâtiments religieux sont encore frappés d’inscriptions jugées litigieuses, comme «Tombés pour la patrie et Dieu», s’agissant des victimes du camp de Franco.

Condamnation du franquisme

Considérée comme l’un des grands chantiers de la législature Zapatero, cette loi veut condamner le franquisme et honorer ses victimes. Trente ans après le retour à la démocratie, la guerre civile et les quatre décennies du régime franquiste représentent encore un sujet très sensible en Espagne. Les blessures de ce passé sont loin d’être cicatrisées, notamment dans le camp des petits-fils des «vaincus» de 1939. Ces derniers demandent une réparation morale et financière pour leurs aïeuls. A droite au contraire, au sein du Parti populaire (PP) né sur les cendres du franquisme, on accuse Zapatero de mettre en péril l’esprit de la transition démocratique permise à la mort de Franco (1975).

Avec l’approbation de cette loi, dont se sert aujourd’hui le juge Garzón pour ouvrir son enquête, tout le passé de la guerre civile espagnole revient à la surface. C’était aussi la première fois qu’un tabou national était brisé, à travers les questions qui agitent l’opinion. Que faire de l’héritage franquiste ? Faut-il le laisser en l’état ou au contraire légiférer pour cicatriser définitivement une plaie pas encore suturée ?

«L’Espagne a vécu une transition démocratique amnésique», estimait il y a peu Jesus de Andreu, professeur de sciences politiques à l’université à distance Uned. Au moment de bâtir la démocratie, les dirigeants ont cru que, pour y parvenir, il fallait pardonner les fautes du passé, bannir toute chasse aux sorcières et ne pas exiger de responsabilités. «Les partis de gauche ont demandé à leurs militants d’être généreux et d’éviter les règlements de comptes. C’était politiquement louable. Mais les familles ont payé le prix de cette transition en douceur», soutenait alors Emilio Silva, président de l’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH), ayant pour but l’ouverture des fosses communes.

Satisfaction des associations

A l’issue de la guerre civile, 60’000 franquistes tués (dont beaucoup de religieux) avaient été inhumés avec tous les honneurs. 498 martyrs de la guerre civile espagnole, du camp franquiste, ont été béatifiés le 28 octobre 2007, après de nombreuses autres béatifications. Ce ne fut pas le cas de tous les «vaincus»: 150’000 morts de 1936 à 1945); près de 270’000 opposants furent incarcérés, 400’000 durent s’exiler dont 160’000 ne revinrent jamais en Espagne.

La note du juge Garzón demande à la Conférence épiscopale espagnole de communiquer à l’ensemble des paroisses du pays d’accueillir les agents qui seront mandatés pour l’enquête en question.

Les différentes associations ou instances en lutte pour obtenir réparation historique et justice de l’Espagne, afin qu’elle fasse face à son histoire, ont manifesté leur satisfaction à l’annonce de l’ouverture de cette procédure du juge Garzón. (apic/pr)

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