Rome: Les enjeux du voyage du pape dans l’Hexagone
Rome/Paris, 9 septembre 2008 (Apic) L’enjeu essentiel du voyage que Benoît XVI effectuera en France du 12 au 15 septembre 2008 semble être de permettre aux Français de mieux connaître ce pape qui, près de 3 ans et demi après le début de son pontificat, souffre encore d’être peu ou mal connu. Le pape devra aussi relever le défi de réaffirmer dans cette République laïque la place de l’Eglise au sein de la société, d’y encourager les catholiques et de donner des remèdes à la baisse des vocations.
L’un des principaux enjeux de cette visite pontificale semble être, pour l’Eglise et Benoît XVI lui-même, une opération séduction dans un pays où nombreux sont ceux qui, y compris dans les milieux catholiques, affirment sans complexe ne «pas aimer» le chef de l’Eglise ou, au mieux, ne pas le comprendre. «Il est essentiel que le peuple français puisse mieux connaître ce pape», a ainsi confié à I.Media et Famille Chrétienne le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.
Devant plusieurs centaines de milliers de fidèles sur l’Esplanade des Invalides, à Paris, et lors des messes célébrées à Lourdes, Benoît XVI se présentera ainsi aux catholiques français. Beaucoup d’entre eux l’entendront pour la première fois s’exprimer dans leur langue, avec un léger accent allemand, et son ton particulièrement doux. A 81 ans, cet intellectuel réservé, francophile, pourrait alors réussir à convaincre une partie du public français.
Après le pontificat ultra médiatique de Jean Paul II, venu huit fois sur le sol français, les fidèles de l’Hexagone se sont peu passionnés pour la figure du pape allemand. Pour le cardinal français Jean-Louis Tauran, «Jean Paul II a été le pape qui a donné à l’Eglise sa visibilité et Benoît XVI est en train de lui donner son intériorité». Une intériorité accompagnée à Rome d’un retour marqué vers la tradition qui ne font pas bon ménage avec une France sécularisée et fortement ancrée dans les réformes post-conciliaires.
La laïcité à la française
En décembre 2005, lors de la présentation des lettres de créance de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Benoît XVI avait réaffirmé que «le principe de laïcité» ne devait pas empêcher «l’Eglise de prendre une part toujours plus active à la vie de la société, dans le respect des compétences de chacun». Deux ans plus tard, à Rome, Nicolas Sarkozy avait appelé de ses voeux «l’avènement d’une laïcité positive», provoquant plus tard des remous dans la République laïque. Dans ce discours aux accents quasi pontificaux, Nicolas Sarkozy avait aussi indiqué que la France avait «besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs». Devant le chef de l’Etat français, au Palais de l’Elysée (12 septembre), comme à Lourdes devant l’épiscopat (14 septembre), le pape réaffirmera certainement sa propre vision de la laïcité.
Ce que confirme le cardinal Tauran pour qui «le président français est convaincu que les religions font partie du dialogue public». A ses yeux, cette visite «pourrait être l’occasion, pour lui ou pour le pape, de mettre à nouveau les pendules à l’heure» en la matière. Et ce sujet sera sans aucun doute une nouvelle fois source de polémiques.
L’un des discours forts de ce voyage devrait être prononcé dans la soirée du 12 septembre devant le «monde de la culture», au Collège des Bernardins à Paris. Deux ans jour pour jour après son désormais célèbre discours de Ratisbonne (Allemagne), Benoît XVI va intervenir à nouveau sur le rapport entre foi et raison, entre foi et culture, dans la société contemporaine. Un discours prononcé devant un parterre de quelque 650 invités, dont, très probablement, le chef de l’Etat.
Marie et la souffrance
Si l’étape parisienne s’est imposée aux organisateurs du voyage du pape, le Vatican n’a de cesse de répéter que le premier objectif de cette visite est de marquer le 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, à Lourdes, entre février et juillet 1858. Ainsi, lors de sa visite de 48 heures à Lourdes, le pape pourrait offrir aux fidèles une définition de la piété mariale au 3e millénaire.
En outre, 4 ans après la visite à Lourdes de son prédécesseur Jean Paul II, malade, en août 2004, Benoît XVI devrait entre autres y consacrer ses interventions à la vision chrétienne de la souffrance. A Paris comme à Lourdes, le pape aura aussi des paroles particulières à l’égard de la jeunesse française.
Encourager l’épiscopat
Au cours de son étape dans les Pyrénées, le pape rencontrera aussi l’ensemble de l’épiscopat français. Dans l’après-midi du 14 septembre, il doit tenir devant eux un long discours au cours duquel il sera sans doute tenté de justifier ses choix récents d’un retour à une liturgie plus traditionnelle. Des choix qui font débat en France. Venu «encourager» l’Eglise de France, indique-t-on au Vatican, il ne pourra pas ne pas évoquer la forte baisse des vocations sacerdotales dans l’hexagone et y offrir des remèdes. Là encore, il évoquera la place de l’Eglise dans la société, dans un pays qui compte officiellement 65 % de fidèles catholiques mais seulement 5 % de pratiquants.
Dans un pays qui compte entre 2,5 et 4 millions (selon les sources) de fidèles musulmans, Benoît XVI ne manquera pas d’évoquer le dialogue avec les autres religions, et l’islam en particulier. Pour autant, ses rencontres avec les autres religions seront exceptionnellement brèves et marginales. Ainsi, en raison du Shabbat, le pape recevra brièvement la communauté juive à la nonciature apostolique, à Paris, le 12 septembre à 17h. Quant à son entrevue avec des représentants de l’islam, elle prendra place en marge de sa rencontre avec le «monde de la culture».
Quant à la rencontre avec les autres confessions chrétiennes, elle aura lieu un peu plus tard dans la sacristie de la cathédrale Notre-Dame. Le peu de place accordée en France à ces différentes rencontres est exceptionnel dans l’organisation des voyages du pape. (apic/imedia/ami/pr)
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