Lourdes: Des chercheurs s’interrogent sur l’engouement pour les pèlerinages
Lourdes, 23 septembre 2008 (Apic) Lourdes a accueilli du 17 au 19 septembre un colloque scientifique sur la thématique du pèlerinage, un phénomène présent dans toutes les grandes religions. C’est la première fois que se rassemblait dans la cité mariale une telle concentration de chercheurs et d’historiens, hors de toute considération confessionnelle, indique le quotidien «La Croix», qui consacre un coup de projecteur à ce rendez-vous.
L’initiative de ce colloque revient à l’Observatoire du religieux de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et au maire de Lourdes, Jean-Pierre Artiganave, selon qui la nécessité de dresser un état des lieux s’imposait, car, estime-t-il, il est temps d’« inscrire les pèlerinages de Lourdes dans une actualité où le mouvement vers les lieux mariaux va croissant ». Il est urgent, à ses yeux, de comprendre le phénomène.
Pendant trois jours, les chercheurs ont planché sur le thème des pèlerinages, à la fois « parcours historiques, parcours croyants, et parcours géographiques ». « Mon idée, c’est que les faits religieux comme par exemple le pèlerinage, ainsi que les faits politiques, relèvent tous les deux de croyances et sont à ce titre objet de sciences humaines : le discours du croyant fait donc pour moi partie du champ exploratoire », indique Bernadette Camhi-Rayer, sociologue à l’Observatoire du religieux d’Aix.
Son objectif, interroge «La Croix»? Travailler sur les trois dimensions du phénomène – historique, sociologique et géographique – et rechercher ce qui est au carrefour du singulier et de l’universel. Selon elle, «la pratique pèlerine entre beaucoup plus en affinité avec les tendances de la culture contemporaine»
Partout, semble-t-il, partir en pèlerinage devient une mode, une manière moderne d’exprimer et de vivre sa foi. Pionnière de la sociologie des religions, Danièle Hervieu-Léger met pourtant un sérieux bémol à ce constat : « On se représente mal l’extraordinaire déploiement de pèlerins qui se sont manifestés autrefois. »
Mobile, modulable
Mais elle l’admet: « Ce qui frappe aujourd’hui, c’est de voir que la pratique pèlerine entre beaucoup plus en affinité avec les tendances de la culture contemporaine. De fait, elle est mobile, modulable, limitée dans le temps. C’est un moment fort de l’existence, associé à la sociabilité des hauts lieux, et qui s’inscrit dans une rythmique du temps à l’opposé des observances régulières. » La sociologue observe par ailleurs l’existence d’une échelle de degrés d’implication : « On peut aujourd’hui «pèleriner» mollement, y associer le tourisme, notamment », note la sociologue, citée par Louis De Courcy, auteur de ce coup de projecteur.
Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix, a quant à lui dressé un tableau impressionnant des diverses approches du pèlerinage : à la fois recherche d’une transformation intérieure, quête de sagesse dans d’autres cultures, voire tourisme plus ou moins écologique, humanitaire ou même sportif… En tout cas, les agences de voyages savent y faire : « Le tourisme spirituel, c’est du pèlerinage à la carte », relève-t-il. Lourdes est évidemment traversée par ces nouvelles tendances. Jean-Pierre Artiganave note en effet que les pèlerins qui viennent individuellement sont bien plus nombreux qu’avant. (apic/cx/ldc/pr)
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