Inde: Nouvelle vague de violence dans l’Orissa et dans d’autres Etats
New Delhi, 24 septembre 2008 (Apic) Les persécutions contre les chrétiens s’étendent désormais à d’autres Etats de l’Inde, facilitées par l’inaction des autorités, malgré les promesses du gouvernement indien, qui s’était engagé à faire cesser les violences antichrétiennes. Après avoir rencontré vendredi dernier une délégation d’évêques, le Premier ministre a sommé le gouvernement de l’Orissa de « faire restaurer immédiatement le calme ». Un voeu pieu.
Selon Eglises d’Asie, les attaques contre les chrétiens, en particulier dans le district de Kandhamal en Orissa, où les violences avaient commencé en août dernier, se poursuivent. Le 20 septembre, I. Digal, 42 ans, a été assassiné par un groupe d’extrémistes hindous alors qu’il tentait de retourner au camp de réfugiés, dans le Kandhamal, où il vivait depuis que sa maison avait été incendiée. Sa femme, qui l’accompagnait, a réussi à leur échapper. Selon des sources ecclésiastiques, une jeune chrétienne de la même région a été violée par les hindouistes. Elle avait quitté le camp de réfugiés pour visiter sa grand-mère dans son village. C’est là qu’elle a été découverte par les hindouistes qui l’ont entraînée dans la jungle et violée.
« Nos vies sont gravement menacées, déclare le père Prasanna Singh, qui a dû fuir sa paroisse après l’attaque des extrémistes hindous en août dernier. Nous sommes impuissants (…) et n’avons aucune idée de l’endroit où se trouvent nos paroissiens et combien d’entre eux ont survécu ». Comme les autres prêtres des 34 paroisses que compte le district de Kandhamal, le P. Singh avoue son impuissance : « Nos fidèles se cachent ou sont réfugiés dans des camps (…). Nous ne pouvons pénétrer dans la zone. Que pouvons-nous faire ? »
Soeur Suma, supérieure régionale des Missionnaires de la Charité en Orissa, était sur les lieux au moment des attaques. Elle a porté secours à plusieurs prêtres réfugiés dans la jungle. Dans une interview à l’agence Ucanews, citée par Eglises d’Asie, elle dénonce l’attitude des autorités : « Elles ont clairement ordonné qu’aucun religieux chrétien ne puisse entrer dans les camps. » Néanmoins, évêques, prêtres et religieuses de différentes congrégations tentent de faire parvenir des secours d’urgence dans les zones sinistrées et les camps.
« Je n’ai jamais rien vu de tel »
Une religieuse du camp de Raika, à Kandhamal, rapporté pour sa part à l’agence AsiaNews que si « les autorités découvrent que nous sommes des religieuses, nous serons chassées. Je suis en vêtements civils et porte même la tikka. Nous sommes constamment surveillées. De ma vie, je n’ai jamais rien vu de tel. J’ai vécu des catastrophes naturelles comme un tsunami, des tremblements de terre ou des cyclones mais rien d’aussi horrible qu’ici. La volonté de détruire l’autre est si forte chez ces fanatiques, leur brutalité, la torture ! Tout cela dépasse l’imagination ».
Lourd bilan
Selon le Conseil des chrétiens de l’Inde, 37 chrétiens, dont deux pasteurs protestants, ont été tués dans le seul Etat de l’Orissa depuis les événements d’août dernier, plus de 4’000 maisons appartenant à des chrétiens et lieux de culte ont été brûlés et plus de 50’000 croyants ont été forcés à s’enfuir. Parmi eux, seulement 14’000 ont pu trouver refuge dans les quelque 14 camps mis à disposition par le gouvernement. Selon ces estimations, encore incomplètes, de nombreux chrétiens se cacheraient toujours dans la jungle. Plusieurs centaines de chrétiens, catholiques comme protestants, auraient également été forcés de se convertir à l’hindouisme.
Les chrétiens peinent à faire reconnaître leurs droits et rares sont ceux qui osent porter plainte, la police protégeant souvent les suspects. « A Kandhamal, nous avons été traités comme ne le seraient pas même des animaux (…). La police et le gouvernement sont incapables d’agir (…) », dénonce le P. Bernard Digal, trésorier de l’archevêché de Cuttack-Bhubaneswar, laissé pour mort lors d’une attaque des hindouistes.
Le gouvernement de l’Etat rechigne en effet à reconnaître son impuissance, comme le montre un communiqué officiel du 20 septembre adressé au P. Anand Muttungal, porte-parole de l’Eglise catholique de l’Etat voisin du Madhya Pradesh et initiateur d’une campagne de mobilisation de l’opinion publique en faveur des chrétiens. Dans ce communiqué, le ministre de l’Intérieur de l’Orissa assurait de la sécurité des chrétiens de l’Etat et affirmait qu’aucun incident majeur n’avait eu lieu dans le district de Kandhamal depuis le 28 août.
La folie gagne d’autres Etats
Depuis l’Orissa, les attaques contre les chrétiens ont gagné les Etats voisins du Chhattisgarh et du Madhya Pradesh, ainsi que le sud de l’Inde dans une flambée de violence que l’Etat fédéral se montre impuissant à maîtriser. Dans le sud du pays, des violences ont été commises dans l’Etat du Karnataka où des hindouistes avaient déjà attaqué plus de 25 églises et lieux de prière depuis la mi-septembre et blessé gravement de nombreux fidèles . Deux églises catholiques et un temple protestant ont été dévastés, dimanche 21 septembre au matin. A Bangalore, capitale de l’Etat, l’église du Saint-Nom-de-Jésus a été attaquée, la statue de la Vierge Marie brisée, alors qu’à l’église Saint-James, le tabernacle était profané et le mobilier liturgique détruit. De sources ecclésiastiques, d’autres déprédations et destructions de statues, bibles, objets de culte, ont eu lieu dans la région.
Ces attaques se sont produites dès l’annonce de l’arrestation de Mahendra Kumar, principal instigateur du mouvement de violences antichrétiennes au Karnataka et leader du Bajrang Dal. Cette arrestation a eu lieu après que le gouvernement fédéral ait menacé le Karnataka de reprendre la situation en main si l’administration locale se montrait incapable de contrôler les hindouistes. La Constitution de l’Inde permet en effet une intervention fédérale si l’un des Etats ne peut plus protéger les droits des citoyens. L’attitude des autorités avait été en effet fortement montrée du doigt lors des événements du début de ce mois, la police allant jusqu’à soutenir les extrémistes en se joignant aux agressions contre les chrétiens.
A Mangalore, Sr Selma, Soeur de Béthanie (3), avait été battue par les policiers le 15 septembre dernier alors qu’elle défendait son église des attaques des hindouistes. De l’hôpital, elle témoigne : « Notre Eglise a grandi malgré les persécutions (…). (Ce que nous venons de vivre) nous rappelle ce que nos prédécesseurs ont souffert pour leur foi (…). Et nous en sommes les fiers descendants (…). »
Parallèlement, des violences se sont produites au Kerala, près de Kochi. Toujours le 21 septembre, pendant la messe, une église datant du XVIIème a été attaquée et une statue du Christ jetée à terre. Un peu plus loin, la cathédrale des jacobites (4), The Mar Sabore, l’une des plus anciennes de l’Inde (élevée en 825), a été mise à sac, les vitraux brisés et une partie des reliques de St Paul Mar Athanase détruites. (apic/eda/arch/pr)
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