Multiples causes pas toujours très claires

Irak: Mgr Najim commente les violences de Mossoul contre les chrétiens

Mossoul, 14 octobre 2008 (Apic) Mgr Philippe Najim, procureur de l’Église chaldéenne près le Saint-Siège, a affirmé à l’agence de presse Misna que «le peuple irakien est un peuple uni». La religion n’a, selon lui, divisé les Irakiens. Cependant, a-t-il ajouté, «chaque fois que le pays fait des progrès en termes de stabilité ou de sécurité, des forces étrangères entrent en action pour ralentir le processus de paix.»

Selon le prélat, ce sont aussi bien des groupes extérieurs au pays que des éléments présents sur le territoire qui souhaitent que le pays ne progresse pas.

A Mossoul, chef-lieu de la province de Ninive (à 370 kilomètres au nord de Bargdad), la communauté chrétienne s’est retrouvée la cible de meurtres et de menaces qui ont incité plus d’un millier de familles à s’enfuir.»Les derniers bilans, affirme Mgr Najim, indiquent que 1119 familles ont ainsi pris la fuite. Ce ne sont plus seulement les habitants de Qal’at Sukkar (le quartier de Mossoul où ont eu lieu les plus vives tensions) qui s’enfuient, mais aussi des personnes vivant dans d’autres quartiers de la ville», a-t-il ajouté.

Accueil dans des centres religieux

«La plupart des sans-abri chrétiens de Mossoul ont trouvé refuge dans les villages d’Al Kosh et Tal Uskuf, à une trentaine de kilomètres plus au nord, où de véritables camps ont été aménagés et les principaux centres religieux ouverts pour les accueillir. Des sources du Bureau irakien du Haut commissariat aux Réfugiés (Hcr) des Nations Unies ont par ailleurs corroboré auprès de la MISNA les données collectées par Mgr Najim, évoquant la fuite de 1’112 familles au moins (soit de 3’000 à 4’000 personnes en tout), avant de préciser toutefois qu’il s’agit d’informations n’ayant pas encore fait l’objet de confirmations.

Meurtres ces derniers jours

D’après les bilans officieux et provisoires, au moins 15 chrétiens auraient été tués ces derniers jours, dont les deux derniers (le propriétaire d’un magasin de disques et un homme dont le domicile a été par la suite cambriolé) lundi, bien qu’il ne soit pas toujours possible de distinguer entre victimes de guerre (car, selon certaines sources, les combattants auraient justement déplacé depuis quelques temps la «ligne du front» à Mossoul) et victimes des attaques intentionnellement dirigées contre les chrétiens.

Multiples causes des événements

Quant aux causes des événements qui se vérifient actuellement à Mossoul, la presse irakienne et internationale fait état d’un flot infini d’hypothèses différentes voire divergentes entre elles : des accusations réciproques entre kurdes et présumés membres d’Al Qaïda jusqu’à l’implication d’éléments issus de l’armée irakienne, en passant par l’éventualité de liens entre les violences actuelles et les polémiques politiques relatives à la modification de l’article 50 de la Constitution sur les garanties de la représentation des minorités. En effet, du fait des modifications susdites, on estime que les chrétiens perdraient 13 sièges aux prochaines élections provinciales. «Ce sont toutes des spéculations que je ne suis pas en mesure de commenter», reconnaît Mgr Najim, tout en démentant la récente revendication d’un présumé «Front pour la défense des droits des musulmans», rapportée par certains organes de presse et des prospectus qui ont circulé dans les rues de Mossoul. Le procureur de l’Église chaldéenne confirme néanmoins qu’à l’origine des violences et des menaces contre les chrétiens se profile cette fois-ci une campagne sans précédents. Une telle situation a également été condamnée par le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, l’ambassadeur Steffan de Mistura, qui a exprimé sa «préoccupation au sujet de la recrudescence des violences qui ont affecté les communautés chrétiennes» et autres minorités du pays. «Le plus triste, c’est que tout cela ait précisément lieu à Mossoul, symbole historique de la possibilité pour tous les habitants de notre Irak de cohabiter ensemble pacifiquement et de manière fructueuse», regrette Mgr Najim, avant d’ajouter qu’une preuve de «la parfaite intégration de tous les habitants qui font la richesse de l’Irak» réside dans l’unicité du dialecte de Mossoul, difficilement compréhensible pour les autres Irakiens, mais commun, dans le chef-lieu du Ninawa, aux musulmans et aux chrétiens, aux Kurdes et aux Irakiens. «Ceux qui alimentent les attaques actuelles veulent détruire cette union de tous les habitants du pays», conclut le procureur de l’Église chaldéenne. (apic/misna/js)

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