Chaque grande religion a quitté son aire et est devenue mondiale

Bruxelles: Conférence européenne christiano-musulmane du 20 au 23 octobre

Bruxelles, 21 octobre 2008 (Apic) Les relations entre chrétiens et musulmans font l’objet d’une conférence, du 20 au 23 octobre à Bruxelles. Elle a été préparée par des hauts représentants chrétiens et musulmans de toute l’Europe, et veut être «un exemple de la façon dont musulmans et chrétiens peuvent être des partenaires actifs dans les sociétés civiles d’Europe».

Parmi les thèmes abordés à Bruxelles, figurent la place des religions en Europe, leur inscription dans la société civile, les relations de ces religions entre elles, l’apport du dialogue interreligieux et du partenariat actif des religions au sein des sociétés européennes.

L’amplitude de ces thèmes a rendu le cardinal Jean-Pierre Ricard «inquiet», «tant les situations en Europe sont diverses, les statuts des religions différents, et les relations entre les croyants des grandes religions contrastées». L’archevêque de Bordeaux et vice-président des Conférences Episcopales d’Europe (CCEE) a constaté que «chaque grande religion a quitté l’aire géographique qui l’a vue naître et est devenue mondiale». «Cela amène chaque religion à se situer par rapport aux autres», a-t-il ajouté dans son discours aux participants, prononcé le 21 octobre.

Gérer, guérir, ou revisiter la mémoire

Le cardinal Ricard constate que l’enracinement de l’islam est ancien dans certains pays européens (Bosnie-Herzégovine, Albanie…). «Chez d’autres, il est plus récent car lié à des migrations du siècle dernier. Cette présence s’accompagne de toute une mémoire historique qu’il faudra gérer, guérir, ou en tout cas revisiter: mémoire des invasions arabes, barbaresques et turques (La victoire de Lépante ou l’arrêt des turcs près de Vienne), mais aussi mémoire des colonisés et des colonisateurs (en particulier pour tous ceux qui viennent des pays du Maghreb ou de l’Afrique noire)».

Analysant les relations entre Etat et communautés religieuses, le cardinal renonce à utiliser le terme de «laïcité», pour parler de «neutralité bienveillante» ou de «neutralité hostile». Pour lui, «la neutralité bienveillante est celle d’un Etat qui prend en compte comme une composante importante de la vie en société la dimension sociale des religions». La «neutralité hostile» sera pour le conférencier celle d’un Etat «qui ne veut pas connaître les religions (celles-ci entrent alors dans le domaine commun des associations) et ne reconnaît que des ’citoyens’.»

Pour le cardinal Ricard, chrétiens et musulmans sont appelés à devenir de plus en plus des partenaires actifs dans les sociétés européennes, dans la défense de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, dans le refus de l’exclusion, dans la promotion d’un vrai service de l’homme, dans le dialogue des cultures et dans la promotion mondiale des valeurs humanistes.

«Unité dans la diversité, sans confusion»

Pour sa part, Yahya Sergio Yahe Pallavicini, vice-président de la CO.RE.IS (Communauté religieuse islamique) italienne, a prôné le 21 octobre une «unité dans la diversité, sans confusion ni limite posée à la dynamique de la rencontre, du dialogue et de l’échange». «C’est ce principe qui devrait inspirer les relations entre les jeunes et entre les adultes d’Europe. Sans discrimination de race, ethnie, genre, culture ou religion. Tel est le critère fondateur de l’Union Européenne, qui s’appuie sur le respect du pluralisme et sur la liberté d’expression des différentes identités présentes sur le territoire», a-t-il ajouté.

Selon lui, «les problèmes émergent seulement quand apparaît l’exclusivisme intolérant chez des laïques ou des religieux qui, contrairement à leur nature, veulent injustement imposer à l’identité de l’autre un choix obligé d’abjuration et de conversion, d’assimilation et d’intégration». «Chez un musulman européen, la doctrine religieuse et les devoirs de citoyenneté se conjuguent parfaitement», affirme Yahya Sergio Yahe Pallavicini, «d’un point de vue religieux, un musulman est naturellement porté à respecter tous les autres citoyens, quelque soit leur foi et leur culture, et, en même temps, à concourir activement à la croissance et au développement de sa patrie d’origine ou d’adoption».

Ajoutant: «Un musulman devrait de même défendre les autres identités religieuses, promouvoir la justice sociale, et donner l’exemple du civisme et de la solidarité à l’égard des plus faibles. En aucune façon des raisons religieuses peuvent être prétextées pour revendiquer la légitimité d’une irrégularité ou d’une offense à l’ordre juridique de l’Etat».

«L’antidote au choc des civilisations tant redouté peut être trouvé en investissant dans l’éducation interculturelle, dans l’éducation au respect du pluralisme religieux, dans l’éducation à la citoyenneté démocratique, dans l’éducation à la Paix et à la coopération internationale», a lancé le vice-président de la CO.RE.IS.

Cette conférence s’inscrit dans le cadre de l’Année européenne du dialogue interculturel 2008 proclamée par la Commission Européenne. Elle bénéficie du soutien actif du Parlement européen de Strasbourg et Bruxelles. Ces deux institutions européennes ont invité les responsables politiques, institutions et organisations de la société civile à contribuer activement à cette manifestation. Elle répond en outre aux recommandations du Livre blanc sur le dialogue interculturel du Conseil de l’Europe. (apic/com/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/bruxelles-conference-europeenne-christiano-musulmane-du-20-au-23-octobre/