Etats-Unis: Entre Obama et McCain, le vote catholique reste incertain

Mais les «hispaniques» penchent pour le candidat démocrate

Washington, 23 octobre 2008 (Apic) Les électeurs catholiques originaires d’Amérique latine sont courtisés par les deux candidats à la présidence des Etats-Unis, car ils sont considérés comme étant en mesure de faire la différence. Les «latinos» avaient soutenu dans leur majorité le candidat démocrate Al Gore en 2000 et le républicain George W. Bush in 2004. Cette année, leur vote va de préférence à Barack Obama.

Du côté de l’Eglise catholique, les faveurs pour l’un ou l’autre des candidats ne sont pas unanimes. Alors que Mgr Charles J. Chaput, archevêque de Denver, attaque le candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis Barack Obama sur la question de l’avortement, certains évêques américains rappellent qu’il y a aussi d’autres valeurs en jeu, comme la justice sociale, l’immigration ou le racisme.

Mgr Chaput a dénoncé Barack Obama comme le candidat le plus engagé pour le droit à l’avortement à se présenter aux élections présidentielles depuis l’arrêt de la Cour suprême «Roe v. Wade» de 1973. Cet arrêt a abrogé les lois interdisant ou restreignant l’avortement aux Etats-Unis. Pour l’archevêque de Denver, qui est l’un des prélats catholiques les plus profilés au plan politique, les alliés pro-démocrates de Barack Obama ne «rendent pas service à l’Eglise».

Il s’est prononcé la semaine dernière devant un parterre de femmes catholiques à Denver appartenant au mouvement «Educating on the Nature and Dignity of Women». Il a cependant souligné qu’il exprimait des «vues personnelles comme personne privée». Il a dit ne pas parler au nom de l’Eglise et ne pas dire aux gens ce qu’il fallait voter.

«Suggérer – comme certains catholiques le font – que le sénateur Obama est le candidat réellement ’pro-life’ de l’année requiert un genre particulier d’auto-hypnose ou de confusion morale, voire pire encore», a-t-il lancé à cette occasion.

Mgr Blase J. Cupich dénonce le racisme, «un péché»

Pour sa part, Mgr Blase J. Cupich, évêque de Rapid City, dans le Dakota du Sud, relève que le facteur racial – une donnée importante concernant les chances de Barack Obama – ne devrait jamais motiver une élection.

Dans un article de l’hebdomadaire America, édité par les jésuites, daté du 27 octobre 2008, l’évêque rappelle que dans leur prise de position de 1979, intitulée «Brothers and Sisters to Us», les évêques catholiques américains n’avaient pas hésité à dénoncer le racisme comme un «péché» et une violation «de la dignité humaine fondamentale de ceux qui sont appelés à être des enfants du même père». Et le prélat d’insister: «Ni la promotion de l’avortement ni celle du racisme ne peuvent être une motivation pour son vote».

Alors que la campagne électorale approche de la fin, les évêques américains se montrent divisés sur l’accent et les motivations qu’il faut donner au vote des catholiques. Certains évêques demandent aux catholiques de ne pas baser leur vote sur un seul critère, tandis que d’autres affirment qu’il n’y a pas de combinaisons possibles pouvant pondérer un vote, seule la position sur l’avortement compte. Ainsi l’archevêque du Milwaukee, Mgr Timothy M. Dolan, appelle l’avortement «la première question du jour en ce qui concerne les droits civils».

Ne pas se focaliser uniquement sur l’avortement

D’autres, comme Mgr J. Terry Steib, évêque de Memphis, qui fait référence à un livre du Père oblat Ronald Rolheiser, disent qu’ils faut s’opposer, à l’instar de Jésus Christ, à la violence d’où qu’elle vienne: la guerre, les représailles, la peine de mort, l’avortement, l’euthanasie, la tentation d’utiliser la force pour faire valoir la justice ou la volonté de Dieu à tout prix.

Pour Mgr Steib, on ne peut baser son vote uniquement sur un seul de ces aspects: «Si notre conscience est bien formée, alors nous ferons les choix justes en ce qui concerne des candidats qui peuvent ne pas soutenir la position de l’Eglise dans chaque cas».

La question de l’immigration est déterminante

Quant au vote des hispaniques, une population en forte croissance parmi les électeurs américains, il est incertain. Mais on note dans cette population fraîchement naturalisée une grande frustration face au problème de l’immigration, le Congrès à Washington ayant été incapable de faire passer une réforme profonde sur le sujet. Les questions de l’immigration, ainsi que les inquiétudes concernant la guerre (les «latinos» sont de plus en plus nombreux à être enrôlés dans l’armée américaine) et l’économie sont désormais primordiales dans leur vote. Les «latinos» pourraient ainsi jouer un rôle décisif dans ces élections, notent les observateurs.

L’analyste politique Matt Barreto, de l’Université de Washington, estime que plus de 9 millions d’électeurs «latinos» prendront part au vote, comparés aux 7,6 millions de 2004. Ils compteront pour environ 15% des électeurs américains cette année. Ils devraient jouer un rôle clef dans des Etats comme le Nouveau Mexique, le Nevada et le Colorado.

Une campagne nationale en 2007 – «Ya es hora. Ciudadania!» (»C’est le moment. Citoyenneté!») a permis à 1,4 million d’immigrants de devenir citoyens américains. Elle a été suivie de la campagne «Ya es hora. Ve y vota!» (»C’est le moment. Vois et vote!»). Elle a permis d’enregistrer des millions d’électeurs par le biais de sites internet, d’annonces dans les journaux, de campagne de porte à porte, et de programmes dans les églises et les centres communautaires. Le Conseil national de «La Raza» estime ainsi qu’un million de nouveaux électeurs ont ainsi été enregistrés depuis l’élection de 2004. Les réseaux de télévision et les journaux en langue espagnole ont été largement mis à contribution.

Selon les sondages, le «vote latino» des protestants et évangéliques – près d’un tiers des électeurs d’origine hispano-américaine – n’ira pas dans la même direction qu’en 2004, où 63% d’entre eux avaient voté George W. Bush. Cette fois-ci, ils voteront en majorité (17% de marge) en faveur du sénateur démocrate Barack Obama.

En 2004, c’était la question de l’avortement et du mariage des personnes du même sexe qui avait poussé les évangéliques «latinos» dans les bras de George Bush, mais cette année, la priorité va aux questions d’immigration et aux problèmes économiques. A noter, toujours selon les sondages, qu’en matière d’élection, les protestants et les évangéliques «latinos» mettent plus d’importance que les catholiques de même origine sur les questions de l’avortement et du mariage «gay» (75% contre 50%). Mais ils prennent en considération plusieurs facteurs avant de jeter leur vote dans l’urne. (apic/cns/be)

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