Des frictions, certes, mais des relations détendues avec Hanoi

Vietnam: Répression contre les catholiques: l’analyse de la situation de Mgr Nguyên Chi Linh

Paris, 6 novembre 2008 (Apic) Mgr Joseph Nguyên Chi Linh, évêque de Thanh Hoa, au Vietnam, vice-président de la Conférence épiscopale vietnamienne, estime que les relations entre autorités et Eglises catholique sont «assez détendues et conviviales», à l’exception, assure-t-il, de certaines frictions inévitables dues à la politique générale. Eclairage.

L’évêque vietnamien, de passage a Paris, a ainsi répondu aux questions d’Eglises d’Asie. Et notamment sur son diocèse de Thanh Hoa, ainsi que sur l’actuel conflit de la communauté catholique et des autorités civiles à propos des terrains d’Eglise.

«Dans tous nos rapports avec les autorités locales de Thanh Hoa, naturellement, nous devons nous plier aux dispositions de la politique nationale du pays. Mais sur le plan des rapports humains, nous tâchons de devenir des participants actifs, même si nous gardons fermement nos positions personnelles en matière de politique et de religion. Nous ne sommes, bien entendu, pas entièrement satisfaits. Cependant, nous avons l’impression que les deux parties (le pouvoir local et nous-mêmes) entretiennent entre elles des relations assez détendues et conviviales, à l’exception de certaines frictions inévitables dues à la politique générale».

En ce qui concerne la formation des séminaristes, le prélat dit remarquer que, même «si nous ne jouissons pas d’une entière liberté, nos possibilités se sont élargies». Autrefois, rappelle-t-il, le recrutement des candidats pour le séminaire constituait une tâche particulièrement compliquée et «nous supportions difficilement de voir refusés par les autorités certains de ceux que nous avions choisis». Aujourd’hui, les anciennes dispositions législatives existent encore mais «on nous fait davantage confiance et nous rencontrons beaucoup moins de difficultés dans nos choix».

Désormais, relève-t-il, les ordinations, selon les dispositions de la récente «Ordonnance sur la croyance et la religion», sont devenues des affaires intérieures à l’Eglise et, sur ce point, on ne peut plus nous faire de difficultés. Selon cette même ordonnance, les nominations de prêtres doivent être autorisées ou approuvées par les autorités du district. Cependant, jusqu’ici, le prélat dit avoir nommé et déplacé de nombreux prêtres sans rencontrer de refus ou de réaction quelconque.

Liberté d’agir

Sur le plan de l’organisation de la pastorale, dans la pratique, poursuit l’évêque vietnamien, «nous faisons à peu près ce que nous voulons, bien que la réglementation ancienne reste toujours en vigueur. Mais la tension d’autrefois a disparu. Le fait de vivre depuis longtemps ensemble nous a rendu familiers. Nous-mêmes ressentons le besoin d’avoir des relations sympathiques et pacifiques à l’intérieur de la province, dans la même région. C’est d’ailleurs là ma position personnelle. Je considère mon diocèse ainsi que la société comme une grande famille dont les membres doivent avoir entre eux des relations étroites. Notre problème n’est pas idéologique. Nous devons être les témoins de l’amour et de l’unité. C’est pourquoi nous nous efforçons de faire la différence entre la position politique et les rapports sociaux. Dans le domaine social, nous devons nous comporter en êtres humains. Sur le plan politique, nous devons adopter une position précise, en rapport avec notre attitude sociale et religieuse».

La liberté d’expression publique reste encore aujourd’hui monopole du Parti communiste, déplore l’évêque. «Dans le privé, chacun dit ce qu’il veut. Mais les médias, dans leur ensemble, ne sont que des moyens à la disposition du pouvoir et sont organisés par lui. Les journaux privés n’ont pas encore la permission d’exister, à l’exception des journaux en accord avec les points de vue du gouvernement. Un journal privé qui a la permission de paraître ne pourra jamais s’opposer à la ligne politique du Parti communiste et de l’État. Si l’on comprend la liberté d’expression selon la conception occidentale, il faut reconnaître que celle-ci n’existe pas au Vietnam. Cependant, on ne peut nier que les Vietnamiens aujourd’hui s’expriment plus librement, même s’ils n’ont pas encore le droit d’avoir des journaux privés et indépendants».

L’affaire de la Délégation apostolique

Le prélat revient également sur les événements qui ont ébranlé la paroisse de Thai Ha, à Hanoi. Nombreuses sont les questions sensibles au Vietnam, précise d’emblée l’évêque. «Cependant, celle qui a éveillé le plus d’échos, y compris à l’étranger, est la double affaire de l’ancienne Délégation apostolique et de la paroisse de Thai Ha à Hanoi. En fin de compte, le gouvernement est intervenu de façon brutale et, on peut le dire, arbitraire. Du côté des fidèles du diocèse de Hanoi comme de l’Eglise au Vietnam, la solution donnée à ce problème par le gouvernement n’a pas du tout été satisfaisante».

Son opinion personnelle? «Il s’agit là d’une question très épineuse, pour les deux parties en conflit. Pour le gouvernement, il s’agit d’un problème national qui dépasse largement le monde catholique. Il se pose dans les campagnes, où, en de nombreux endroits, les réclamations de terrains ont donné lieu à des plaintes, des querelles et conflits. Toutes les religions ont vu presque tous leurs établissements confisqués pour y établir des services sociaux. Si ces demandes de restitution de terrains devenaient un mouvement général, l’Etat se trouverait dans l’embarras». Mais, en réalité, ce qui envenime cette question, ce qui a fait éclater les affaires de l’ancienne Délégation apostolique et de la paroisse de Thai Ha, c’est, aux yeux de l’évêque, la corruption, «une corruption dont la population a eu des preuves convaincantes. Tous les hôpitaux et les écoles de l’Eglise ont été confisqués. L’Eglise a-t-elle remis en question cette confiscation ? Elle s’est contentée d’attendre. Il y a eu des revendications parce que, très souvent, la confiscation a été réalisée en cachette, sans aucun fondement juridique. Plus encore, en beaucoup de lieux, il y a eu corruption des cadres. On a partagé le terrain pour le vendre ou obtenir de l’argent. Ainsi, si l’ancienne Délégation apostolique avait été transformée en école, par exemple, personne ne l’aurait réclamé, comme c’est le cas en beaucoup d’autres endroits. La Délégation apostolique aurait été utilisée à des fins autres que celles qui auraient normalement dues être les siennes. Les catholiques se sont irrités d’apprendre qu’il pourrait y avoir, en ce lieu, une discothèque, une boutique de soupe tonkinoise, un parking – autant de commerces qui n’ont rien à voir avec le service des vrais intérêts de la société».

Les autres diocèses pas épargnés

Selon l’^évêque, les affrontements qui ont eu lieu à Hanoi n’ont pas épargné les autres diocèses. A Thanh Hoa, des incidents violents ont aussi éclaté. Ils ont été, par certains aspects, plus graves que ceux de Hanoi. «Mais, contrairement à ceux-ci, ils n’ont pas été diffusés sur Internet, ni révélés par les médias officiels». En fait comment-t-il en conclusion, les autorités redoutent que ce genre d’incident devienne habituel. Si elles restituaient l’ancienne Délégation apostolique ou le terrain de Thai Ha, en de nombreux endroits, la population dirait : «Voilà ce qu’il faut faire pour récupérer nos terres !», «ce qui mettrait le gouvernement dans l’impasse¨». (apic/eda/pr)

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