A la veille de la Conférence de l’ONU sur le climat à Poznan

Berne: Protection du climat, les oeuvres d’entraide exigent un accord équitable

Berne, 13 novembre 2008 (Apic) La Suisse doit s’engager pour que les pays industrialisés proposent un accord équitable aux pays en développement lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra à Poznan, du 1er au 12 décembre 2008. Alliance Sud, la communauté de travail des oeuvres d’entraide pour les questions de politique de développement l’a exigé jeudi 13 novembre lors d’une conférence de presse à Berne.

Un nouveau traité sur le climat ne verra cependant le jour que s’il reconnaît le droit des pays pauvres au développement et s’il facilite le transfert de technologie, estime Alliance Sud, qui regroupe Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas et Eper. Pour ces oeuvres d’entraide, les pays riches doivent s’engager à aider les pays pauvres dans leur lutte contre les effets du changement climatique.

Aider les pays pauvres face aux effets du changement climatique

Début décembre, la Conférence des Nations Unies sur le climat discutera à Poznan des jalons pour un nouvel accord global sur la protection du climat. Celui-ci doit compléter le Protocole de Kyoto à partir de 2012. Etant donné les profondes divergences entre pays industrialisés et pays en développement, un fiasco n’est pas exclu, a averti Rosmarie Bär, experte des questions climatiques à Alliance Sud. Or, sans une avancée des pays industrialisés, il ne sera pas possible de faire monter à bord les pays émergents et en développement. «Tout cela ne semble pas déplaire au Conseil fédéral. Selon nos informations, il aurait de la peine avec un mandat de négociations ambitieux», a-t-elle lancé, tout en soulignant que la crise financière n’est pas étrangère à la curieuse paralysie à laquelle on assiste avant Poznan. «Elle offre aux gouvernements un prétexte pour revenir sur leurs objectifs de réduction».

Un tel échec aurait des conséquences très graves en termes de politique climatique. Le blocage politique des Etats-Unis devrait cependant s’être atténué avec les élections américaines. Le refus des Etats-Unis de participer au Protocole de Kyoto avait conduit de gros émetteurs de gaz à effet de serre à freiner leur engagement. «L’atmosphère politique a cependant changé ces dernières années aux Etats-Unis. La nouvelle administration Obama va ramener activement les Etats-Unis à la table de négociations. Ainsi sera éliminé un important obstacle à l’intégration des pays émergents, Chine et Inde en tête», relève Rosmarie Bär. Elle a par conséquent enjoint le Conseil fédéral à ne pas «naviguer selon le vent», mais à se positionner clairement en faveur d’un accord substantiel et capable d’allier protection du climat et droit au développement.

Un fiasco n’est pas exclu

Selon Alliance Sud, les pays industrialisés et la Suisse devraient prendre en compte avant tout trois revendications des pays en développement. Premièrement, ils devraient octroyer des droits d’émission égaux à tous les habitants de la planète. Comme les pays riches produisent environ dix fois plus de gaz à effet de serre par habitant, il en découle des obligations de réduction très différenciées. La Suisse devrait défendre une diminution de 25 à 40% (jusqu’en 2020) des émissions des pays industrialisés.

Deuxièmement, un nouvel accord sur le climat devrait garantir un accès rapide et bon marché aux technologies modernes «pro-climat». Aujourd’hui, les pays industrialisés – dont la Suisse – continuent de faire obstacle au transfert de technologie vers le Sud, a critiqué Michel Egger.

L’expert d’Alliance Sud pour les questions commerciales a appelé le Conseil fédéral à assouplir la protection des brevets pour les technologies favorables au climat et à se départir d’un «protectionnisme industriel étroit».

Ne pas jouer la protection du climat contre la lutte pour éliminer la pauvreté

Finalement, le succès des négociations sur le climat dépendra de l’aide que les pays industrialisés et la Suisse apporteront aux pays pauvres dans leurs efforts d’adaptation aux conséquences du réchauffement planétaire dont ils sont les premiers responsables. La Suisse a, avec sa taxe globale sur le CO2, fait une bonne proposition de financement qu’il convient de promouvoir, a reconnu Alliance Sud. Les fonds devront cependant s’ajouter à l’aide au développement: «On ne doit pas jouer l’une contre l’autre la protection du climat et la lutte contre la pauvreté». Com/JB

Encadré

Dans la première quinzaine de décembre se déroulera dans la ville polonaise de Poznan la 14e Conférence des Etats parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. L’objet des négociations est l’accord sur la protection du climat qui devrait succéder au Protocole de Kyoto, lequel arrive à échéance en 2012.

Dans l’Union européenne, la Pologne, l’Italie et l’Allemagne insistent pour revoir à la baisse les objectifs communs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, note Rosmarie Bär. Le président de l’UE Nicolas Sarkozy s’efforce actuellement de préserver l’unité des 27 et leur motivation. L’abandon par l’UE de ses objectifs de protection du climat aurait, selon lui, des conséquences dramatiques: «Si l’Europe ne fait pas ces efforts, nos chances de convaincre le reste du monde qu’il faut préserver la planète sont nulles».

Les hésitants aimeraient pouvoir se soustraire à leur engagement à moyen terme de réduire les émissions de 25 à 40% jusqu’en 2020, sans passer toutefois pour des assassins du climat. C’est pourquoi, lors des négociations intermédiaires en août, les gouvernements du Japon, du Canada et de l’Australie ont plaidé pour ne fixer qu’une obligation de réduction à long terme, par exemple de 80% jusqu’en 2050. Ils pourraient ainsi reporter sur leurs successeurs les mesures concrètes qui font mal.

Or, ce sont précisément les efforts à moyen terme qui sont déterminants. Selon le Conseil mondial du climat, si l’on veut éviter une accumulation incontrôlable, il faudrait que les émissions mondiales de gaz à effet de serre atteignent leur point culminant d’ici 2015 pour décroître ensuite. Dans la mesure où la nouvelle administration Obama ne les couvre plus, les hésitants devraient rentrer dans les rangs, mais pas avant l’année prochaine. Le programme énergétique d’Obama et Biden témoigne de la volonté de mettre sur les rails une nouvelle politique climatique, rapidement et à plusieurs niveaux. Il ne comprend cependant que des objectifs d’ordre national et ne se prononce pas sur les points litigieux des négociations internationales en cours.

Sans des obligations de réduction conformes au principe de responsabilité, les pays émergents et en développement refuseront de s’engager contractuellement pour des efforts propres de réduction. Le gouvernement chinois l’a confirmé fin octobre avec son livre blanc sur le climat. L’Inde argumente de la même manière que la Chine.

Le Conseil fédéral a jusqu’ici autorisé les négociateurs suisses à se calquer sur les objectifs de l’Union européenne. Etant donné la position incertaine de cette dernière, il aimerait maintenant tout laisser ouvert dans la perspective de Poznan. Et de conclure: «Nous trouvons fausse cette attitude. La Suisse n’a aucune raison de ne pas se tenir aux objectifs de l’Union européenne. Les arguments à court terme sur la crise financière n’ont rien à voir. La Suisse n’a pas d’industrie à forte intensité énergétique dont il faudrait tenir compte. Elle devrait donc s’engager à Poznan pour une réduction de 25 à 40% jusqu’en 2020. Un paquet de sauvetage climatique global et à long terme n’est aujourd’hui rien d’autre qu’un gigantesque programme d’investissements pour l’avenir de la planète, qui garantit aussi un futur à l’économie». (apic/com/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/berne-protection-du-climat-les-oeuvres-d-entraide-exigent-un-accord-equitable/