Einsiedeln: Session de la commission de bioéthique de la Conférence des évêques suisses
Joseph Bossart, Apic / Traduction: Bernard Bovigny
Einsiedeln, 14 novembre 2008 (Apic) L’Eglise catholique devrait se donner pour tâche de développer et coordonner dans l’ensemble de la Suisse un réseau de bénévoles pour l’accompagnement des malades graves et des personnes en fin de vie. Cette proposition a été émise le 12 novembre à Einsiedeln lors d’une rencontre organisée par la commission bioéthique de la Conférence des évêques suisses sur le thème: « Mourir dans la dignité – un défi pour l’Eglise ».
Mourir dans la dignité fait intégralement partie de la dignité humaine, est-il mentionné dans le document de présentation de la rencontre. Mais que signifie mourir dignement? Les ponts de vue sur cette question sont plus que jamais sujets à des interprétations différentes.
Le terme utilisé par les adeptes de l’assistance au suicide de « propre mort » est en fait une interprétation différente d’une notion qui est fondamentalement positive, a expliqué le théologien moral Eberhard Schockenhoff, de Fribourg en Allemagne, dans son exposé sur « Problèmes éthiques de l’accompagnement vers la mort ». La mort fait partie de la vie, lors du décès il ne s’agit rien d’autre que du plein accomplissement de sa propre vie. L’euthanasie active, selon le professeur allemand, est un manquement au principe de la « propre mort » de la personne.
Dans le contexte des débats actuels autour de l’aide au suicide – « une façon de soustraire discrètement les mourants à la société » – Eberhard Schockenhoff met en garde contre le franchissement d’un seuil supplémentaire dans le domaine du suicide. « Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une légalisation du suicide assisté, mais d’une promesse fiable de l’état de droit démocratique selon laquelle les mourants ne seront pas éjectés du milieu de la société ».
Ce qui se passe en réalité chez les mourants
Ce que les mourants nous apprennent sur le bien et la dignité de la mort: tel a été le thème de l’intervention de Monika Renz, psychothérapeute, musico-thérapeute, théologienne et responsable de la psycho-oncologie à l’Hôpital cantonal de St-Gall. Elle a démontré, en se basant sur les résultats de recherches, que la perception extérieure de la présence des mourants correspond très peu avec ce qu’ils vivent en réalité. « Les mourants sont bien davantage que des corps fragmentés qui gisent à côté de nous. De façon invisible, il se passe une dernière purification, des adieux en profondeur et une nouvelle recherche d’identité ».
La notion de « mourir dans la dignité » est fatale pour les personnes atteintes d’une maladie grave et les mourants, du fait qu’elle est « souvent mise en lien avec le degré d’autodétermination possible et l’autonomie corporelle ». Car cet amarrage de la dignité à la capacité fonctionnelle de la personne et à son corps entraîne une déviance du processus de décès. Ce processus doit inévitablement mener à « l’abandon du moi avec l’extinction du corps ». « Mourir en paix, selon mon expérience, est actuellement rendu difficile par une fausse compréhension de la dignité », affirme Monika Renz.
Le problème avec l’euthanasie – et par là même avec l’aide au suicide – est en réalité un « problème de pouvoir avec le destin, avec Dieu. Au lieu d’avouer leur colère face au destin et leur sentiment d’impuissance face à eux-mêmes, des personnes saisissent une forme de pouvoir et réclament leur droit à l’autodétermination: Dans cette situation de maladie ou une autre, je veux mourir. C’est ma décision ».
La mort est devenue une affaire de pouvoir
Au vu de la tendance actuelle de la « très sainte » autonomie de l’homme, la mort n’est plus un destin, mais une affaire de pouvoir, a souligné Roland Kunz, médecin chef en gériatrie à l’Hôpital de district d’Affoltern (Zürich) et co-président de la Société suisse de médecine et de soins palliatifs. A l’approche de la fin de la vie, la médecine a plutôt tendance à avancer vers une « thérapie maximale ». Ainsi, chez un quart de tous les patients atteints du cancer en Suisse, une chimiothérapie est encore entreprise moins de deux semaines avant la mort.
La médecine et les soins palliatifs n’aspirent pas à lutter uniquement contre la souffrance, mais se comprennent comme un traitement et une prise en charge globale des personnes atteintes de maladies incurables, menaçantes pour la vie ou chroniques avancées. Elles cherchent à encourager un comportement qui consiste à connaître les limites de la médecine et accepte l’impossibilité de se tirer d’affaire. Le but, selon le Docteur Kunz, est de proposer la meilleure qualité de vie possible jusqu’à la mort. « Il faut apaiser de façon optimale les souffrances de la personne dans son ensemble », y compris aux niveaux social, spirituel et religieux. C’est pourquoi les soins palliatifs s’accomplissent dans un travail d’équipe, où l’aumônerie a absolument sa place. Mais il arrive que cela ne fonctionne pas bien, a affirmé Roland Kunz lors du podium final. Les Eglises ont parfois des problèmes d’identité: « Comment dois-je me vendre afin que les gens m’acceptent? » Cela empêche malheureusement souvent les aumôniers d’aborder avec les patients les vraies questions spirituelles.
Le docteur Kunz a appelé au renforcement du réseau de soins palliatifs dans le cadre d’une « coalition nationale ». En plus des communes, cantons, hôpitaux, homes et services de soins à domicile, les Eglises seraient appelées à apporter leur contribution. De son point de vue, elles pourraient par exemple mettre en place et coordonner un réseau de bénévoles chargés de l’accompagnement des malades graves et des personnes en fin de vie. « Et pourquoi pas organiser une journée nationale de rencontre pour tous ces bénévoles qui agiraient sous l’égide des Eglises? ».
Note: Une photo gratuite sur cette journée peut être commandée à: kipa@kipa-apic.ch
(apic/job/bb)
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