Apic Interview
Daniel Anrig se sent «fit» pour sa nouvelle tâche
Pour l’Apic Johannes Schidelko (CIC) et Antoine-Marie Izoard (I.Media)
Rome, 30 novembre 2008 (Apic) Le Saint-Gallois Daniel Anrig, nouveau commandant de la Garde suisse pontificale, entre en fonction au Vatican ce lundi 1er décembre. Désigné par le pape Benoît XVI comme 34e commandant de la «plus petite armée du monde», il a fait ses études à l’Université de Fribourg.
Agé de 36 ans, marié à une théologienne et père de quatre enfants, Daniel Rolf Anrig dirigeait la police cantonale de Glaris. Il connaissait déjà le Vatican puisqu’il fut hallebardier de la Garde suisse pontificale entre 1992 et 1994. L’interview a été menée par Johannes Schidelko (CIC) et Antoine-Marie Izoard (I.Media).
Q: Après un juriste, c’est à nouveau un juriste qui a été nommé commandant de la Garde suisse. Est-ce le fruit du hasard ou la suite d’une réflexion plus approfondie ?
D. Anrig: Il est difficile de juger de ce qu’a pensé l’instance qui a choisi. Je pense plutôt qu’il s’agit d’un hasard, car une formation juridique ne fait pas partie du profil demandé. Certes, une manière de penser de ce type n’est pas mauvaise pour cette activité de commandement, mais ce serait aussi un avantage d’être un économiste.
Q: Pourquoi un juriste, chef de la police qui plus est, change de direction et vient au Vatican, à la Garde suisse? Qu’est-ce qui vous attire vers cette tâche?
D. Anrig: Etant donné mon passé – j’ai été garde suisse au Vatican entre 1992 et 1994 – j’ai une proximité affective envers la Garde et envers l’Eglise, et ces liens sont restés forts jusqu’à aujourd’hui. Je considère que c’est une tâche particulière d’avoir la possibilité de servir à ce poste, au centre de l’Eglise. Une autre motivation pour moi est de travailler avec des hommes, de jeunes Suisses. Aujourd’hui comme auparavant, étant donné mes idéaux et ma vision de la vie, je pense qu’il vaut la peine de s’engager pleinement pour l’Eglise et aussi pour la Garde.
Q: Connaissez-vous personnellement le pape Benoît XVI ?
D. Anrig: Ce serait présomptueux de dire que je le connais. Comme jeune garde, j’ai eu l’occasion de voir de nombreuses fois le cardinal Ratzinger, mais sans pouvoir approfondir. Donc je ne le connais pas personnellement.
Q: En quoi consiste votre tâche ? Venez-vous à Rome avec un programme déjà établi? Allez-vous mettre l’accent sur la continuité ?
D. Anrig: La tâche d’un commandant est et reste – que ce soit à la tête de la Garde suisse, d’un corps de police ou d’une unité militaire – la direction des hommes. Il s’agit de mettre en place une équipe qui partage le même but et de la souder en vue des objectifs à atteindre.
Ma tâche principale est de diriger cette troupe de 110 hommes vers ce but, c’est-à-dire la protection du pape. Cela demande une activité de direction opérative – comment nous travaillons – mais également une direction interne de la Garde.
En tant que commandant de la Garde suisse, je ne peux pas et ne veux pas venir avec des exigences programmatiques totalement nouvelles ou toutes autres par rapport à ce qui existe déjà. Le corps de la Garde existe depuis plus de 500 ans. Chaque commandant a une responsabilité historique, qu’il doit remplir dans le contexte de ces 500 ans d’histoire. C’est la raison pour laquelle il s’agit pour moi tout d’abord de bien écouter et de comprendre quels sont les problèmes qui se présentent. Pour moi, c’est très clair: ce qui doit être rénové doit l’être dans la continuité de ces 500 ans.
Q: Quels sont les premiers défis que doit relever la Garde ?
D. Anrig: Notre mission la plus importante est d’être là pour la sécurité du Saint-Père. Nous devons l’accomplir dans un cadre marqué par la foule des touristes et plus généralement dans un environnement marqué par une grande mobilité.
Ce contexte a des conséquences dans la manière d’assurer la sécurité du pape. Je dois en rendre conscients les membres de la Garde suisse. En même temps, nous vivons à un âge de la communication et de l’information. Et il y a là justement des questions de sécurité dont on doit être aussi conscient dans un corps vieux de 500 ans. Et pour remplir ces tâches dans ces circonstances, je dois trouver assez de jeunes Suisses suffisamment bien qualifiés qui se sentent motivés par le service ici à Rome.
Q: Avez-vous actuellement des problèmes pour maintenir les effectifs ?
D. Anrig: Pour autant que je puisse voir, nous avons eu en fin de compte de bonnes années et le niveau de l’effectif est atteint. Comment cela évoluera-t-il dans le futur ? Pour cela, je dois observer la situation de façon particulièrement attentive, et inclure également dans ces observations les développements en cours en Suisse.
Q: Concernant les thèmes qui ressurgissent dans le domaine de la sécurité au Vatican, il y a toujours la question de la répartition des tâches entre la Garde suisse et la gendarmerie. Avez-vous déjà des idées claires à ce sujet?
D. Anrig: Je n’ai pas encore pu me rendre compte de ce problème, parce que jusqu’à maintenant, je n’ai pas vécu et travaillé ici. D’après les nouvelles règles pour la Garde suisse de 2006 et celles pour la gendarmerie de 2008, les tâches sont clairement réparties. Il faut que chaque commandant se concentre sur son territoire et qu’il veille à bien remplir sa propre mission et pas celle que l’autre doit réaliser. Et quand on se concentre sur sa tâche, la collaboration fonctionnera également. De plus, nous les Suisses sommes habitués, dans notre structure fédéraliste, à travailler avec diverses organisations. Nous avons là un avantage. Avant aussi, je travaillais dans un système policier fédéral et je suis donc habitué à travailler avec d’autres organisations.
Q: Allez-vous, le cas échéant, faire avancer les intérêts de la Garde de façon énergique ?
D. Anrig: Il ne s’agit pas ici de faire avancer les intérêts de la Garde, mais de se concentrer sur le coeur de sa mission.
Et si nous faisons bien ce travail, je suis persuadé que tous nous allons respecter notre tâche. De plus, j’ai déjà eu une rencontre cordiale, très amicale, avec le commandant de la gendarmerie. Je me réjouis personnellement beaucoup de travailler avec lui.
Q: Une affaire de razzia dans les milieux de la drogue a fait la une des médias alors que vous étiez chef de la police de Glaris. Comment voyez-vous la chose avec le recul?
D. Anrig: A l’époque, comme chef de la police criminelle, j’avais une tâche de police judiciaire à remplir, et je pense l’avoir remplie. On peut juger de diverses manières le travail de la police, et je pense que c’est légitime. Au fond, c’est normal que comme chef, j’aie été une fois au centre d’un jugement venant de l’extérieur. Les leçons que j’ai pu en tirer à cette époque me serviront certainement aussi ici. Car la Garde aussi est parfois critiquée et parfois aussi louée. Cela appartient en fait à la responsabilité du commandement.
Q: Comment a eu lieu votre nomination comme commandant de la Garde suisse ?
D. Anrig: Quand est paru la nouvelle de la «sedisvacance» à la tête de la Garde, après l’accord au sein de ma famille, j’ai pris contact avec mon évêque et je me suis mis à disposition pour ce poste. D’abord je n’ai rien entendu pendant une longue période, jusqu’à ce que des mois plus tard le nonce vienne me voir. Je pouvais entreprendre cette démarche en toute tranquillité parce que je me sentais heureux et content à la place que j’occupais. Je n’avais en fait aucune raison de vouloir changer de travail. C’était plutôt pour moi l’appel d’une voix intérieure qui me disait de me mettre à disposition pour ce poste à Rome.
Q: Les deux derniers commandants de la Garde n’ont été qu’un court laps de temps en poste à Rome, à savoir cinq ans. Avez-vous une idée du temps que vous pensez rester ?
D. Anrig: La Garde existe depuis 500 ans. Je suis le 34e commandant, ce qui veut dire que les commandants ont été en poste en moyenne durant 15 ans. A mon avis, la période de service d’un commandant doit correspondre tant aux besoins de la Garde qu’à ceux de l’Eglise. Dans ce sens, j’ai envie d’accomplir mon travail aussi longtemps que la Garde et l’Eglise le souhaitent. Il est très satisfaisant de voir que le service que l’on accomplit est apprécié. Mes paramètres seront conditionnés par le succès que j’aurai à la tête de la Garde.
Q: Avez-vous dû beaucoup faire pour convaincre votre famille de vous suivre à Rome?
D. Anrig: J’ai un point de départ un peu spécial. Quand j’étais à Rome comme hallebardier de la Garde suisse, de 1992 à 1994, c’est là que j’ai connu ma femme. Elle a été à mes côtés durant toute ma carrière professionnelle. Le retour à la Garde est ainsi aussi un retour aux sources de notre partenariat. C’est la raison pour laquelle la décision de retourner à Rome a été facile pour elle. Pour nos quatre enfants, la question a été plus difficile, les deux plus âgés s’étant d’abord montrés critiques. Il a fallu un voyage en famille à Rome pour qu’ils s’ouvrent à cette éventualité et puissent dépasser leurs craintes.
Q: Qu’a signifié pour vous cette période comme hallebardier au sein de la Garde suisse au Vatican ?
D. Anrig: Quand je regarde en arrière, ces deux années passées comme Garde suisse au Vatican ont été pour moi les années les plus prégnantes tant au plan privé qu’au plan professionnel. En ce qui concerne l’aspect privé, j’en ai déjà parlé. Mais on devient aussi plus mûr durant ce service, on peut élargir sa vue et découvrir des points de vue qu’on n’avait pas dans son ancien environnement. J’ai aussi beaucoup profité de ce temps au plan professionnel: en ce qui concerne la discipline ou la mission que l’on reçoit, le fait que l’on s’insère dans un collectif, et que l’on cherche, dans ce collectif, à avoir un succès professionnel. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je me réjouis d’entreprendre cette nouvelle tâche.
Q: Comment se sent le nouveau commandant qui entre en fonction ?
Anrig: Il se concentre fortement et se sent «fit» pour cette nouvelle tâche.
Interview: Johannes Schidelko et Antoine-Marie Izoard, traduction: Jacques Berset, Apic
Encadré
Le pape Benoît XVI a nommé mardi 19 août dernier le commandant de la police glaronnaise Daniel Anrig commandant de la Garde suisse pontificale, avec entrée en fonction au Vatican le 1er décembre. Ce Saint-Gallois remplace le commandant Theodor Elmar Mäder, un autre Saint-Gallois, qui commandait la Garde suisse pontificale depuis novembre 2002. En mars dernier, il avait annoncé sa démission et il a quitté son poste à la mi-septembre.
Daniel Anrig, âgé de 36 ans, est juriste, avec grade de capitaine dans l’armée suisse. Il était jusqu’à présent commandant de la Police cantonale de Glaris. Il est né et a grandi à Sargans, dans le canton de Saint-Gall. Il a été pendant deux ans Garde suisse à Rome avant d’entamer des études à l’Université de Fribourg, en Suisse, conclues en 1999 avec une licence en droit civil et en droit canon (lic. iur. utr.). Après deux années au poste d’assistant auprès de la chaire de droit civil, il est nommé chef de la police judiciaire glaronnaise, poste qu’il occupera de 2002 à 2006, avant d’être nommé commandant du corps de police du canton de Glaris. (apic/js/ami/be)
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