Espagne: Le général des jésuites demande plus de temps pour la théologie de la libération

«Réponse courageuse et créative» face à l’injustice insupportable

Barcelone, 1er décembre 2008 (Apic) Le général des jésuites demande plus de temps pour la théologie de la libération afin qu’elle puisse mûrir. Dans une récente interview accordée au quotidien «El Periodico», édité à Barcelone, le Père Adolfo Nicolas qualifie la théologie de la libération – mal vue des secteurs conservateurs de l’Eglise catholique – de «réponse courageuse et créative» face à une situation d’injustice insupportable en Amérique latine.

Le Père Nicolas estime que la théologie de la libération a tout son sens dans le cadre du travail que réalisent les jésuites en faveur des exclus. «Comme toute théologie, elle a besoin d’années pour mûrir. C’est dommage que l’on ne lui ait pas donné un vote de confiance et que très vite on lui ait coupé les ailes avant qu’elle ne puisse apprendre à voler. Il faut lui donner du temps!», explique-t-il dans une interview au quotidien populaire catalan.

Questionné sur la réouverture des fosses communes où ont été jetées les victimes de la guerre civile espagnole et sur la béatification des martyrs de cette époque, le Père Nicolas relève que des atrocités ont été commises par les deux camps (les Républicains et les nationalistes de Franco, ndr.).

«D’une manière abstraite, on peut dire que la réconciliation ne viendra pas tant que toute la vérité n’aura pas été faite», estime-t-il, mais dans une analyse concrète d’une situation où tout le monde a été blessé, quand les familles divisées ont réussi à dépasser le passé, «remuer symboliquement les tombes» peut entraîner des effets secondaires. «Je ne sais pas si cela aidera à la réconciliation».

«El Periodico» a également demandé au supérieur général des jésuites s’il croit que le gouvernement socialiste espagnol est hostile à l’Eglise en prenant certaines décisions de politique sociale. «Réellement, je ne le sais pas. Habitué au climat de laïcité paisible que l’on respire au Japon, où j’ai vécu de nombreuses années, je trouve le gouvernement socialiste, sauf votre respect, immature, dans le sens que les problèmes dans le domaine de l’emploi, de l’éducation et de l’immigration sont si graves qu’il me semble que l’on est en train de perdre beaucoup trop de temps dans les relations avec l’Eglise».

Sur le fait que l’on dise que l’Eglise espagnole a une propension à faire la leçon, le Père Adolfo Nicolas répond que c’est bien possible. Il dit avoir toujours été dérangé par cette attitude, ne pouvant comprendre qu’un prêtre «gronde» les gens. «De quel droit ? C’est une erreur!».

En ce qui concerne la possibilité qu’un pape vienne un jour du tiers-monde, le supérieur général des jésuites, qui a vécu une grande partie de sa vie en Asie, estime que cette possibilité existe à tout moment: «Nous avons suffisamment d’expérience, tant au sein de la compagnie que dans l’Eglise, pour relativiser les questions géographiques et politiques. Tout dépend du fait qu’il y ait ou non une personne qui a les capacités». JB

Encadré

La 35e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus a élu le 19 janvier dernier le Père Adolfo Nicolas comme nouveau Supérieur général. Espagnol âgé de 72 ans, le 29ème successeur de saint Ignace de Loyola est né à la veille du déclenchement de la guerre civile qui a profondément divisé l’Espagne. Cette élection est une chance pour la Compagnie, qui a traversé des périodes de crise.

Le Père Nicolas, après sa licence de philosophie en Espagne, a été envoyé au Japon, où il a étudié la théologie à Tokyo et a été ordonné prêtre en 1967. Après sa maîtrise en théologie à la Grégorienne de Rome, où il obtient sa maîtrise en théologie en 1971, il est nommé professeur de théologie systématique à l’Université catholique Sophia de Tokyo. Il passera également quelques années aux Philippines, où il dirigera l’Institut pastoral de Manille.

«Le pape nous demande de continuer à aller aux ’frontières’, dans des lieux difficiles», a déclaré le préposé général des jésuites au lendemain de son élection. «Ce sont les difficultés et les contrariétés qui nous font grandir», a-t-il ajouté. A ses yeux, la «créativité» est très importante pour l’Eglise et pour les jésuites. «Si nous allons aux ’frontières’, les personnes créatives sont les seules à pouvoir dialoguer avec les cultures. Les autres ont peur». «Selon une étude, les personnes qui ont peu d’imagination sont portées à la violence», a-t-il affirmé. «Celles qui ont de l’imagination peuvent trouver d’autres chemins». (apic/elper/be)

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