Suisse: Mgr Kurt Koch qualifie l’initiative anti-minaret de «contre-productive»

L’initiative suscite ce qu’elle voulait justement éviter

Soleure, 28 décembre 2008 (Apic) Le président de la Conférence des évêques suisses, Mgr Kurt Koch, a qualifié l’initiative populaire fédérale «contre la construction de minarets» de «contre-productive». Dans une interview publiée dimanche par le journal grison «Südostschweiz am Sonntag», il estime que cette initiative provoque plutôt ce qu’elle prétend combattre.

La question fondamentale, estime Mgr Koch dans le contexte de cette initiative, n’est pas celle des minarets, mais celle de la présence de tant de musulmans en Suisse. Si la Suisse y répond par l’affirmative, elle doit alors dire oui aussi au fait que les musulmans vivent leur foi, et cela de façon visible. C’est pourquoi on ne peut pas soudainement, à cause d’un minaret, mettre en cause la présence des musulmans, estime l’évêque de Bâle.

En outre, Mgr Koch estime que cette initiative est contre-productive. De nombreux musulmans lui ont confirmé qu’ils n’avaient aucunement besoin de minarets. A cause de cette initiative, des communautés musulmanes – elles sont plusieurs dans ce cas – veulent désormais disposer de minarets, alors qu’elles n’en voulaient pas auparavant. C’est ainsi que l’initiative suscite ce qu’elle voulait justement éviter, constate l’évêque de Bâle.

Mgr Koch estime que la paix religieuse en Suisse est intacte. Mais il a l’impression que la société ne prend pas assez conscience des défis que présente la situation religieuse, la religion étant aujourd’hui beaucoup trop confinée au domaine privé. A ses yeux, elle devrait être un thème public, de sorte qu’on puisse l’aborder d’une façon saine. Sinon, conclut-il, la société n’est pas capable de mener un dialogue interreligieux.

Une initiative qui met fondamentalement en question la liberté religieuse

L’initiative populaire fédérale «contre la construction de minarets» met fondamentalement en question la liberté religieuse, déclarait à la mi-décembre le professeur de droit public st-gallois Yvo Hangartner, de Gossau. Elle vise spécialement une certaine communauté religieuse, estime le professeur émérite de droit constitutionnel et de droit administratif à l’Université de St-Gall. Dans une contribution au journal «NZZ am Sonntag» du 14 décembre, Yvo Hangartner estimait que cette initiative est une expression de l’intolérance et qu’elle est ainsi profondément «non suisse» en voulant une différence de traitement motivée politiquement visant les musulmans. Aux yeux du professeur de droit st-gallois, cette initiative met fondamentalement en cause la liberté religieuse. Son acceptation serait «une honte pour notre pays», affirmait-il alors.

Quant aux évêques suisses, leur position est claire: ils ne voient pas d’inconvénients à la construction de minarets pour des mosquées en Suisse, à la condition que soient respectés la paix et l’ordre publics ainsi que les prescriptions de construction légales. L’initiative populaire «contre la construction de minarets», qui devrait être soumise au peuple suisse en automne prochain, vise à insérer à l’art. 72 de la Constitution un al. 3 interdisant la construction de tout nouveau minaret en Suisse, sans exception possible. Le comité d’initiative avance que les minarets ne sont pas un édifice de caractère religieux «mais le symbole d’une revendication de pouvoir politico-religieuse, contraire à la Constitution et au régime légal suisse».

L’interdiction d’en construire, selon le Conseil fédéral, ne porte pas atteinte à la liberté religieuse, mais le Conseil fédéral veut soumettre cette initiative sans contre-projet au peuple et aux cantons en leur recommandant de la rejeter.

Cependant, estime-t-il, cette initiative «porte sans conteste atteinte à plusieurs droits de l’homme garantis par le droit international: à la liberté de religion et de conviction et à l’interdiction de discrimination consacrées par les art. 9 et 14 CEDH, à l’interdiction de discrimination et à la liberté de religion et d’opinion consacrées par les art. 2 et 18 du Pacte II de l’ONU, ainsi que, éventuellement, à la protection des minorités garantie par l’art. 27 du pacte». Comme le texte de l’initiative est formulé de manière à n’autoriser aucune exception, il n’est guère envisageable d’en donner une interprétation conforme au droit international, relève encore le Conseil fédéral. «S’il devait entrer en vigueur, il entrerait en conflit avec les normes internationales relatives aux droits de l’homme». (apic/sos/com/be)

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