Gaza: Le témoignage du docteur Skaik, directeur des urgences de l’hôpital Shifa
Gaza, 6 janvier 2009 « Les statistiques? (réd: lundi 5 janvier dans la soirée) Je vous les donne tout de suite: 540 morts, 2550 blessés, 171 enfants tués, 744 enfants blessés; un tiers des victimes sont des femmes et des enfants et la moitié des blessés sont des femmes et des enfants ». C’est sans détours que répond le docteur Samir Skaik, directeur des urgences de l’hôpital de Shifa, l’établissement médical le plus important de la Bande de Gaza.
Contacté par l’Agence missionnaire Misna, le docteur Skaik use dans ses réponses de la même rapidité dont il doit faire preuve dans ses consultations ou lorsqu’il opère les blessés qui affluent actuellement par centaines dans l’hôpital. « Savez-vous pourquoi je vous donne les chiffres qui englobent les femmes et les enfants, ajoute-t-il, comme s’il voulait retrouver une humanité que les assaillants ont oublié, je vous les donne parce que vous m’auriez demandé combien d’entre eux appartiennent au Hamas et combien d’autres n’en font pas partie. Les femmes et les enfants n’en sont pas membres à n’en pas douter, mais je vous dirai même que les autres victimes sont presque toutes des civils ».
A l’hôpital Shifa, le temps semble s’être arrêté : toutes les heures se ressemblent lorsque certaines ne sont pas pires que les précédentes. « Bombardements, pause, bombardements, parfois à nouveau bombardements, poursuit le docteur Skaik. Nous travaillons sans répit depuis des jours et des jours; nous opérons, nous mangeons, nous nous reposons; nous avons porté assistance à des centaines de personnes, des centaines d’autres sont mortes et des centaines sont encore dehors, dans les rues. Vous voyez, je vous ai donné tout d’abord les chiffres officiels, qui correspondent aux noms ou aux corps que nous avons enregistrés, mais nos brancardiers nous disent que des dizaines de corps sont encore par terre, dans la rue, et qu’il est impossible de les récupérer sans courir de risques. Quant au nombre de morts et de blessés restés dehors, dans le froid, je l’ignore ».
Dans le récit du médecin palestinien, les histoires se mêlent les unes aux autres; le temps manque pour la compassion, il faut examiner et intervenir en l’espace de quelques minutes seulement, sans les équipements appropriés: « Notre problème principal à l’heure actuelle concerne l’absence d’électricité et le fonctionnement défectueux des générateurs; ensuite, nous manquons de médicaments et de matériel médical; nous sommes obligés de garder nuit et jour les fenêtres ouvertes pour éviter que les vitres ne volent en éclats à cause des explosions et pourtant, ici, à Gaza, c’est l’hiver et il fait froid ».
Mais le froid, pour le docteur Skaik, est le dernier des problèmes, alors qu’un nouveau bombardement de l’aviation israélienne passe à travers les mailles de la censure militaire qui a interdit aux journalistes d’entrer à Gaza et retentit dans le combiné du téléphone. « Imaginez la Bande de Gaza: une énorme agglomération surpeuplée sans solution de continuité. Tout engin largué sur Gaza cause des victimes civiles, des blessés que nous ne pouvons pas soigner, des amputations. Nous essayons de faire de notre mieux, conclut le docteur Skaik: « Essayez d’imaginer les choses les plus horribles pouvant se produire dans une guerre et vous aurez l’image exacte de ce qui se passe à Gaza ». (apic/misna/pr)
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