Berne: Face aux changements démographiques, la prévoyance vieillesse en question

«Justice et Paix» contre une diminution des prestations de l’AVS

Berne, 8 janvier 2009 (Apic) La population suisse vieillit, certes, et il faut prendre des mesures pour garantir le financement à long terme de la prévoyance vieillesse, en particulier de l’AVS. Pas question cependant de donner dans l’alarmisme irraisonné, des solutions existent, tel est le message lancé jeudi 8 janvier à Berne par «Justice et Paix».

Cette Commission nationale dépendant de la Conférence des évêques suisses, qui porte une attention particulière au sort des défavorisés en Suisse, refuse que l’on démantèle les acquis sociaux, en particulier le système de retraites de l’AVS, l’assurance-vieillesse et survivants. Pas question donc d’abolir l’indice mixte au profit du seul indice sur les prix, et d’accepter le report de l’indexation des rentes.

Pour garantir le financement à long terme de la prévoyance vieillesse – dont le financement risque d’être insuffisant entre 2025 et 2045 – «Justice et Paix» propose plusieurs solutions, notamment l’introduction d’un impôt fédéral sur les successions pour les plus grosses fortunes qui ne pénalise pas les PME, un relèvement de l’âge de la retraite pour le 2ème pilier et une réduction de l’incitation à la retraite anticipée pour les personnes les mieux payées – ce sont elles seules qui ont les moyens de partir plus vite à la retraite ! – , le relèvement lié et temporaire de la TVA et finalement l’introduction d’écotaxes.

Cet impôt fédéral sur les successions pourrait rapporter quelque 2 milliards de francs (avec certaines exonérations pour les survivants), dont les pertes pour les cantons devraient être compensées. Mais il devrait rester pour l’AVS plus d’un milliard de francs. Un tel impôt pourrait ainsi contribuer à plus de justice sociale et intergénérationnelle, a estimé «Justice et Paix» lors de la conférence de presse présidée par sa présidente, Soeur Nadja Bühlmann, de la Congrégation des soeurs franciscaines de Baldegg.

Ne pas démanteler l’AVS

L’ancienne conseillère nationale PDC Rosmarie Zapfl, présidente d’Alliance F, la plus grande association faîtière des organisation féminines de Suisse, a demandé à cette occasion que l’on renforce l’AVS dans le sens d’une assurance de base. En effet, pour un nombre considérable de retraités, la rente AVS constitue la part principale du revenu. Les prestations de cette assurance sociale ne doivent pas être diminuées, et surtout pas sur le dos des femmes et des familles, a-t-elle lancé jeudi à Berne. Car en Suisse, ce sont les femmes qui gagnent déjà le moins durant leur vie active, alors qu’elles travaillent souvent à temps partiel pour pouvoir élever les enfants, s’occuper des parents âgés ou pour effectuer les tâches ménagères.

La politicienne zurichoise a souligné la nécessité d’une flexibilisation de l’âge de la retraite pour ceux qui exercent les tâches les plus pénibles, sans diminution de rentes pour les revenus faibles et moyens. «Pour cette catégorie de personnes, il faut trouver une solution à l’intérieur du système de l’AVS, et pas dans celui des prestations complémentaires, les PC», trop souvent perçues comme une aumône et non pas comme un droit. Pas de baisse de l’âge de la retraite linéaire, donc, mais une flexibilisation vers le haut et vers le bas, en fonction des conditions sociales.

Des arguments d’éthique sociale

Une prise de position confirmée par Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire émérite de Coire et responsable de la Commission «Justice et Paix» pour la CES, qui a justifié l’intervention de l’Eglise dans ce domaine pour des raisons d’éthique sociale. Et de souligner que l’AVS est une oeuvre de solidarité remarquable entre les générations et entre les favorisés et les moins favorisés, qu’il faut renforcer. Même son de cloche du côté de Mgr Martin Werlen, abbé d’Einsiedeln, qui se réfère tant au préambule de la Constitution fédérale – «la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres» – qu’à l’Evangile: «Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait».

Le secrétaire général de «Justice et Paix» Wolfgang Bürgstein – co-auteur avec Béatrice Bowald de l’étude en allemand «La retraite à la croisée des chemins. La justice face au défi démocratique» (*) – s’est prononcé sans ambages contre une augmentation générale de l’âge de la retraite. «Les pauvres meurent plus vite», a-t-il lancé, en demandant de ne pas dramatiser la question du financement de l’AVS comme le font certains responsables politiques.

Dans son étude sur la prévoyance vieillesse, «Justice et Paix» conclut que même si le vieillissement de la société entraînera des charges supplémentaires, «une marge de manoeuvre subsiste pour le financement de l’AVS». Elle mentionne encore une croissance économique durable ainsi que l’immigration qui peuvent apporter un allégement important. «Par le passé déjà, l’évolution démographique a pu ainsi être dépassée sans réduction des prestations». JB

(*) Brennpunkt Altersvorsorge. Gerechtigkeit angesichts demografischer Herausforderungen, Rüegger Verlag, Zürich/Chur 2009 (apic/be)

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