Rashid Ismail Khalidi: «Ce qu’il faut savoir sur Gaza»
New York, 12 janvier (Apic) A l’heure ou le bilan de la guerre à Gaza fait état de plus de 900 morts, dont près du tiers d’enfants, de plus de 3’000 blessés, femmes enfants et civils confondus, le professeur américain Rashid Ismail Khalidi, auteur du livre «Palestine, histoire d’un Etat introuvable», publie un article dans le «New York Times», traduit à Rome par l’Agence missionnaire Misna. Ce professeur à l’Université Columbia de New York, la cinquantaine, analyse cette guerre dans une perspective historique.
D’emblée, le professeur Rashid Ismail Khalidi donne le ton: «Presque tout ce que vous êtes portés à croire sur Gaza est faux; plusieurs points essentiels semblent manquer au débat, développé plus particulièrement par la presse, sur l’attaque d’Israël contre la Bande de Gaza».
LES HABITANTS DE GAZA: La plupart des personnes vivant à Gaza ne se trouve pas là volontairement. La majorité des 1,5 million d’habitants entassés dans les quelque 140 miles carrés de la Bande de Gaza est issue de familles originaires de villes et villages extérieurs à la Bande, comme Ashkelon et Beersheba. Ces familles ont été transférées de force à Gaza en 1948 par l’armée israélienne.
L’OCCUPATION: Les habitants de Gaza ont vécu sous l’occupation d’Israël depuis ladite Guerre des Six Jours, en 1967. Israël est encore largement considéré comme une force occupante bien qu’il ait retiré ses troupes et colonies en 2005; Israël contrôle en effet les accès à la zone, les importations et les exportations, les mouvements de la population à l’entrée du territoire comme à sa sortie. Israël contrôle également l’espace aérien de Gaza et de la côte et ses forces entrent à Gaza selon leur bon vouloir. En tant que puissance occupante, Israël est responsable du bien-être de la population de la Bande, conformément à la 4ème Convention de Genève.
LE BLOCUS: La fermeture des frontières imposée par Israël à la Bande de Gaza, avec le soutien des États-Unis et de l’Union européenne, est devenue de plus en plus fréquente et de plus en plus stricte depuis que le Hamas a remporté les élections législatives de janvier 2006. Carburant, électricité, importations, exportations et mouvements des personnes à l’entrée et à la sortie du territoire ont été peu à peu interdits, donnant lieu à des problèmes sanitaires menaçant des vies humaines, à des difficultés pour trouver de l’eau et dans les transports. Le blocus a causé une augmentation du chômage, une pénurie des moyens de subsistance et une sous-alimentation. Tout ceci s’appelle punition collective – avec la tacite approbation des États-Unis – contre une population civile qui n’a fait qu’exercer ses droits démocratiques fondamentaux.
TRÊVE: Mettre fin au blocus, de même qu’aux tirs de roquettes, constituait l’un des points du cessez-le-feu conclu en juin entre Israël et le Hamas. Cet accord a donné lieu à une diminution des centaines de tirs de roquettes en provenance de la Bande de Gaza en mai et juin à une vingtaine au cours des quatre mois suivants (selon les chiffres fournis par le gouvernement israélien). Le cessez-le-feu a été violé par Israël début novembre par de massives incursions aériennes et de terre; lors de ces attaques, six membres du Hamas ont été tués.
CRIMES DE GUERRE: Bombarder les civils, que ce soit le Hamas ou Israël qui le fasse, est un potentiel crime de guerre. Chaque vie humaine est précieuse. Les chiffres parlent toutefois très clairement d’eux-mêmes : près de 900 Palestiniens, des civils pour la plupart, ont été tués depuis le début du conflit fin décembre, contre une douzaine d’Israéliens, des soldats pour la plupart. Les pourparlers diplomatiques représentent un moyen largement plus efficace pour combattre les tirs de roquettes et autres formes de violence. Et ceci aurait pu se faire si Israël avait pleinement respecté les termes du cessez-le-feu de juin et retiré son blocus aux frontières de la Bande de Gaza.
Et Rashid Ismail Khalidi de conclure: «Cette guerre contre le peuple de Gaza n’a en réalité pas grand-chose à voir avec les tirs du Hamas; comme elle n’a rien à voir avec le «rétablissement de la force souveraine d’Israël», comme la presse vous l’a peut-être fait croire. Les affirmations en 2002 de Moshe Yaalon, chef des forces armées israéliennes à l’époque, sont beaucoup plus claires et explicatives: ’Il faut bien faire comprendre aux Palestiniens, au plus profond de leur conscience, qu’ils sont un peuple vaincu’». (apic/misna/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse