«Les laïcs dans l’Eglise: une mission prophétique qui dérange?»
Saint-Maurice, 20 janvier 2009 (Apic) La mission prophétique des laïcs dans l’Eglise, tel a été le thème de la rencontre des 17 et 18 juin de la cinquantaine de délégués de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs au Foyer franciscain à Saint-Maurice.
Les délégués, accompagnés par Bernadette Lopez, théologienne et directrice adjointe de l’Institut de formation aux ministères (IFM), ont réfléchi à la mission prophétique des laïcs dans l’Eglise et à la manière dont, en mouvement, ils peuvent être présents à un monde en mutation pour y témoigner d’une espérance.
En mutation: c’est bien ainsi que l’on peut caractériser le monde auquel les laïcs sont envoyés non en prédicateurs, mais en témoins d’une espérance et d’une joie contagieuse. Une mutation rapide où les changements technologiques sont en avance sur les idées, créant, selon l’écrivain Jean-Claude Guillebaud, «un monde impensé», non maîtrisable, échappant à l’emprise de l’homme.
Les laïcs sont plongés dans ce monde, ils en sont partie prenante. C’est là qu’ils sont appelés à témoigner des valeurs qui les animent en réponse aux questions de leurs contemporains. Quelles questions? Et quel monde disent-elles? Pour aider les participants à les repérer, Bernadette Lopez a projeté «Eclats du monde. Questions des hommes. Hommes en question». S’y dessine un monde de la vitesse, de la performance, de la maîtrise, du faire et du paraître, une société mondialisée qui épuise la création et efface les solidarités traditionnelles, en quête de valeurs et assoiffée de spirituel.
Un témoignage prophétique
Dieu est présent à ce monde, il aime les hommes et s’adresse à eux comme à des amis. Comment? Par le témoignage prophétique des laïcs en réponse aux questions que leur pose le monde: comment s’ajuster à ce monde? Comment y incarner la spiritualité? Comment être solides dans une société en crise? Ils doivent être à l’écoute du monde, proches des gens, les rejoindre là où ils sont, poser des gestes qui dérangent, vont à contre-courant, sont en rupture. Très différentes, les réponses sont toutes marquées par le respect de l’homme et de la création, un agir responsable et une cohérence entre la parole et l’action. Il s’agit, pour les chrétiens, de comprendre et d’accueillir ce monde et ses interpellations pour lui offrir une parole d’espérance.
Une Eglise mystère et don de Dieu
Autre lieu d’engagement des laïcs: l’Eglise. Si pour Bernadette Lopez, leur présence y est «fondamentale, très belle et pleine d’espérance», elle est aussi source de tensions, notamment avec les ministres ordonnés et dans la collaboration entre laïcs salariés et laïcs bénévoles.
«De quelle Eglise parle-t-on?», s’est interrogée la conférencière. Celle de Vatican II, qu’elle a définie ainsi: «Un mystère, un don de Dieu, un signe du Ressuscité dans le monde par la puissance de l’Esprit, un mystère à accueillir dans la foi, qui seule donne un regard qui va plus loin». Une Eglise «peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’Esprit». Et d’appeler chacun à «croire en elle même si elle pose beaucoup de questions» et en «la contagion du témoignage»: «Il faut donner envie de vivre ce que nous vivons».
Comment accueillir le mystère qu’est l’Eglise? Et comment ce mystère peut-il aider à grandir? Comment éclaire-t-il la mission de chacun? Une croix composée par Bernadette Lopez à partir de ses propres peintures a servi de base à la réflexion. Réalisée peu après la prise d’otages de Beslan, en Ossétie du Nord, qui a coûté la vie, entre le 1er et le 3 septembre 2004, à 344 civils dont 186 enfants – qui l’a profondément troublée et indignée-, elle dit l’excès de Dieu (un excès d’Amour manifesté dans le don du Fils, Jésus le Christ) en réponse à l’excès de mal, particulièrement visible dans cette tragédie de Beslan. L’axe vertical de la croix, représentant des épisodes de la vie de Jésus, rejoint l’axe horizontal, composé de peintures à l’éclat d’esquisse, non achevées, signifiant la mission à suivre pour chacun de nous, à la suite de Jésus: l’annonce de l’Amour de Dieu à tous les hommes.
Un amour qui dérange pour faire émerger une humanité nouvelle
Pour Bernadette Lopez, c’est l’excès de Dieu, un excès d’amour, qui donne sens à tout ce que nous entreprenons, à notre mission en tant que baptisés. Cet amour «ne prend sens que quand il se donne».
Et il dérange, faisant de nous des prophètes: «Dieu donne son amour pour nous déranger, nous secouer dans nos «somnolences». Par la foi que nous avons en Lui, Dieu nous invite à croire à l’impossible et devenir ainsi des témoins inlassables de son salut.»
Ainsi, le laïc en Eglise a une mission prophétique: par ses paroles, ses actes, en dépit de ses limites «que Dieu vient habiter. Il donne alors à ses gestes une dimension prophétique». Il est un voyant: guidé par un critère, la façon d’agir de Jésus, il observe le monde pour y semer des gestes porteurs d’avenir.
A chacun, dans son mouvement et là où il vit, de discerner et de poser ces gestes. Pour dire, au coeur d’un monde qui les attend, la source d’amour et d’espérance d’où est née l’Église, Peuple de Dieu, et d’où elle se nourrit sans cesse. (apic/com/js)
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