Apic interview
L’expression d’une collaboration réussie
Georges Scherrer, Apic /Traduction: Bernard Bovigny
Lucerne, 27 janvier 2009 (Apic) Le directeur de l’Action de Carême, Antonio Hautle, constate avec satisfaction une hausse des entrées financières depuis quelques années. Il y voit la marque d’une confiance de l’Eglise de la base à l’égard de son oeuvre d’entraide catholique.
Par ailleurs, l’Action de Carême (AdC) a mis l’accent sur son travail de sensibilisation et de marketing. La Campagne de Carême fête cette année le 40e anniversaire de sa collaboration oecuménique. Pour Antonio Hautle, ce jubilé est l’expression unique d’une collaboration ecclésiale réussie, qui contribue à la construction d’un monde plus juste, plus respectueux des êtres humains et plus conforme à la volonté de Dieu.
Apic: Où se positionne actuellement l’Action de Carême par rapport aux autres oeuvres d’entraide en Suisse?
Antonio Hautle: L’Action de Carême et Caritas sont d’importantes oeuvres d’entraide catholiques. C’est là une première différence par rapport aux autres oeuvres d’entraide. Deuxième différence: AdC est actif dans le Tiers Monde uniquement dans la collaboration en pastorale et dans le développement. Une petite part de notre aide se passe aussi en Suisse. Notre oeuvre d’entraide accomplit un travail de formation et de sensibilisation, et elle est active au niveau de la politique de développement pour la construction d’un monde plus juste dans le sens de l’Evangile.
Sur le marché des donateurs, nous nous trouvons dans tous les cas sous la pression de la concurrence. Mais nous cherchons à maintenir les meilleurs contacts possibles entre oeuvres d’entraide et à éviter de nous concurrencer.
Apic: Comment expliquez-vous le résultat positif de vos comptes 2007, qui se sont soldés par une augmentation de recettes de 53’000 francs?
A.H: Les dons ont augmenté. Les autres entrées financières sont plutôt variables. Depuis quelques années, nous assistons à l’AdC à une augmentation des entrées financières. Ce sera aussi le cas en 2008. Plusieurs facteurs y ont contribué.
D’une part, l’AdC a su attirer la confiance, surtout de la base dans l’Eglise. D’autre part, nous nous sommes efforcés d’établir le contact avec les paroisses et les agents pastoraux, en vue de leur livrer nos informations et d’entrer en dialogue avec eux.
En plus, nous avons pris des mesures de marketing direct. Les premiers résultats positifs apparaissent maintenant. Nous espérons qu’ils seront durables. Mais au vu de la situation économique actuelle, rien n’est moins sûr.
Apic: La Direction du développement et de la coopération (DDC) a augmenté son soutien à l’AdC de 643’000 francs en 2007. Pourquoi?
A.H: La DDC a entrepris des discussions avec toutes les oeuvres d’entraide suisse qu’elle soutient financièrement. L’AdC percevait proportionnellement moins que les autres organisations. Cela était dû à notre politique financière.
Puis, la clé de répartition – combien l’AdC finance elle-même et à quelle hauteur doit se monter le soutien de la DDC – a été modifiée. La contribution de la DDC a été légèrement augmentée. Sur l’ensemble de nos entrées financières, elle représente cependant bien moins que 20%.
Nous tenons à conserver notre indépendance, bien que nous soyons en même temps intéressés à conserver une bonne collaboration avec la DDC. Nous sommes également heureux que la DDC participe au financement de plusieurs parmi nos projets de développement et programmes nationaux.
Apic: Quels sont les principaux atouts de l’Action de Carême actuellement?
A.H: Je ne peux pas dire que nous avons des atouts. A mes yeux, nous accomplissons un très sérieux travail de collaboration au développement et en pastorale dans le Sud. Nous sommes aussi en phase d’évaluation de nos programmes nationaux. Il apparaît que le changement que nous avons opéré, à savoir le passage de projets isolés vers des programmes nationaux en réseaux, a été une très bonne décision. Il a abouti à davantage d’efficacité dans les pays concernés. C’est là où se situe le noyau de notre action, et nous le faisons très bien. Nous avons bientôt 50 ans d’expérience de partenariat.
Malgré des revers et des difficultés – comme en Haïti par exemple – l’AdC a réussi à être et à rester une oeuvre de solidarité chrétienne dans le monde. En même temps, elle s’est toujours engagée en faveur des droits politiques des pauvres et des populations marginalisées, surtout dans le Tiers-Monde.
En Suisse, notre aide fonctionne en collaboration avec la Commission centrale catholique romaine. L’aide intérieure représente à peine 20% de notre budget. Les services qui bénéficient de notre co-financement participent d’ailleurs à la promotion de notre Campagne de Carême.
Apic: 40 ans de Campagne de Carême oecuménique, qu’est-ce que cela représente pour la Suisse?
A.H: Cette collaboration est le signe particulier d’un oecuménisme vécu et, à notre connaissance, elle est vécue de façon unique au monde. La Suisse connaît une longue tradition oecuménique, alors que la communauté chrétienne vit parfois des événements difficiles, sur un chemin caillouteux.
«L’Action de Carême» des catholiques romains et «Pain pour le Prochain» des réformés – auxquels s’est ensuite joint «Etre partenaire» des catholiques chrétiens – accomplissent ensemble leur 40e Campagne de Carême. Que les Eglises veuillent collaborer pour s’engager en faveur d’un monde plus juste, plus respectueux des êtres humains et plus conforme à la volonté de Dieu constitue un signal important pour notre époque.
Apic: Est-ce que les pays en voie de développement perçoivent quelque chose de cette collaboration oecuménique?
A.H: Nos organisations partenaires oui, c’est sûr. Notre ajustement oecuménique se démontre aussi clairement dans notre identité catholique, qui est justement marquée par une grande ouverture. Nous collaborons consciemment avec des membres des religions les plus diverses. Dans nos réseaux oeuvrent notamment des musulmans, des hindous et des fidèles d’autres religions encore.
Le rapprochement interreligieux et interculturel – dont je suis fermement convaincu de la nécessité – doit réussir ces prochaines années, sans quoi l’humanité ne pourra cohabiter en paix. L’AdC veut y contribuer, avec la collaboration des autres oeuvres d’entraide.
Apic: Quel et l’accent principal de la Campagne de Carême de cette année?
A.H: Les membres de nos paroisses et nos communautés paroissiales elles-mêmes doivent se montrer actifs et se poser les bonnes questions au sujet des changements climatiques. Notre activité a des conséquences à long terme sur la misère, et peut aussi la combattre. Le calculateur d’émissions de CO2, par exemple, qui est présenté dans les dossiers de la Campagne de Carême de cette année, nous incite à balayer devant notre propre porte (www.calculateur-CO2.ch)
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