Mgr Simon demande «qui avait intérêt à salir la réputation du pape»
Paris, 30 janvier 2009 (Apic) Dans une «Lettre ouverte à ceux qui veulent bien réfléchir…», publiée sur le site du quotidien catholique français «La Croix» (Cf. www.la-croix.com), Mgr Hippolyte Simon prend position sur la levée de l’excommunication des évêques intégristes. L’archevêque de Clermont et vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF) invite à «méditer la parabole du retour du fils prodigue» et se demande «qui avait intérêt à salir la réputation du pape».
Le vice-président de la CEF publie ce message alors que le geste de Rome envers les évêques schismatiques de la Fraternité St-Pie X provoque de profonds remous parmi les catholiques en France et un peu partout dans le monde.
Cette levée des excommunications s’est faite quasiment en même temps que paraissaient les propos négationnistes de l’évêque schismatique britannique Richard Williamson, qui minimisait largement l’extermination des juifs par les nazis. Mgr Williamson est l’un des quatre évêques traditionalistes de la Fraternité sacerdotale St-Pie X, consacrés le 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre à Ecône contre la volonté de Rome. Dans sa lettre, Mgr Simon s’adresse aux «fidèles catholiques, qui peuvent, non sans raison, avoir le sentiment d’être un peu trahis, pour ne pas dire méprisés, en cette affaire».
Mais l’archevêque de Clermont exprime aussi une certaine colère face «au déchaînement médiatique contre le pape Benoît XVI, qui aurait réintégré quatre évêques intégristes, dont un négationniste avéré». Pour le vice-président de la CEF, cela «ne relève pas de la critique, mais de la calomnie et de la désinformation. Car, quoi que l’on pense des décisions du pape, il faut dire, répéter et souligner que ces quatre évêques n’ont pas été réintégrés.»
«Mgr Williamson n’est toujours pas revenu au sein de l’Eglise catholique!»
Et Mgr Hippolyte Simon de le souligner avec force: «Mgr Williamson, dont les propos tenus à la télévision suédoise sont effectivement intolérables, n’est toujours pas revenu au sein de l’Eglise catholique et il ne relève toujours pas de l’autorité du pape. Les informations qui parlent de réintégration reposent sur une confusion grave entre levée des excommunications et réintégration à part entière».
Mgr Simon «accorde volontiers (mon) indulgence à tous les journalistes et à tous les commentateurs qui ont pu confondre, de bonne foi, la levée de l’excommunication et la réintégration pure et simple. Les catégories utilisées par l’Eglise peuvent prêter à équivoque pour le grand public. Mais la vérité oblige à dire que, selon le droit de l’Eglise, ce n’est pas du tout la même chose. Si on confond les plans on devient victime de simplifications qui ne profitent qu’à ceux qui veulent faire de la provocation. Et on se fait complice, involontairement, de ces derniers».
De façon habituelle, le grand public est en droit d’exiger d’un journaliste sportif qu’il sache distinguer, par exemple, entre un corner et un essai, insiste-t-il. «Pourquoi l’Eglise n’aurait-elle pas le droit d’avoir aussi son vocabulaire ’technique’ et pourquoi devrait-on tolérer des approximations aussi graves simplement sous prétexte qu’il s’agit de religion ?»
Mgr Simon déplore l’amalgame entre l’évêque négationniste et le pape et demande «à qui profite cette provocation». Il estime que cette affaire fait le jeu des intégristes les plus convaincus qui n’ont aucune envie de rentrer dans le giron de l’Eglise au prix d’une reconnaissance des décisions du Concile Vatican II, comme l’oecuménisme, le dialogue interreligieux, la liberté de conscience, l’ouverture au monde, etc.
«Pas préjuger des résultats du dialogue avant qu’il n’ait eu lieu»
Mgr Hippolyte Simon explique ensuite ce que signifie la levée des excommunications: «Pour prendre une comparaison familière, je dirai ceci: quand Mgr Lefebvre est sorti, c’est-à-dire quand il a désobéi en ordonnant quatre évêques malgré l’avis formel du pape, c’est comme s’il y avait eu, automatiquement, une barrière qui était tombée et un feu qui s’était mis au rouge pour dire qu’il était sorti. Cela voulait dire que si, un jour, il voulait rentrer, il faudrait qu’il fasse d’abord amende honorable. Mgr Lefebvre est mort. Paix à son âme ! Aujourd’hui, ses successeurs, vingt ans après, disent au pape: ’Nous sommes prêts à reprendre le dialogue, mais il faut un geste symbolique de votre part. Levez la barrière et mettez le feu au clignotant orange !’ Le pape, pour mettre toutes les chances du côté du dialogue, a donc levé la barrière et a mis le feu au clignotant orange. Reste à savoir maintenant si ceux qui demandent à rentrer vont le faire. Est-ce qu’ils vont rentrer tous ? Quand ? Dans quelles conditions ? On ne sait pas. Comme le dit le cardinal Giovanni Battista Re [préfet de la Congrégation des évêques], dans son décret officiel: ’il s’agit de stabiliser les conditions du dialogue’. Peut-être que le pape, dans un délai que nous ne connaissons pas, leur donnera un statut canonique. Mais pour l’instant, ce n’est pas fait. Le préalable au dialogue est levé, mais le dialogue n’a pas encore commencé. Nous ne pouvons donc pas juger les résultats du dialogue avant qu’il n’ait eu lieu».
Mgr Williamson voudrait-il saboter les tentatives de réconciliation ?
Convaincu que la diffusion des propos clairement négationnistes de Mgr Williamson sur les ondes d’une télévision suédoise n’est qu’une pure coïncidence, il se demande: «A qui profite le crime ? A qui profite le scandale provoqué par des propos d’une telle obscénité ? La réponse me semble limpide: à celui ou à ceux qui voulaient torpiller le processus inauguré par la signature du décret!»
«Or, pour peu que l’on suive un peu ces questions et les différentes interventions de Mgr Williamson depuis quelques années, il est clair que lui ne veut à aucun prix de la réconciliation avec Rome ! Cet évêque, dont je répète, qu’il n’a encore aujourd’hui aucun lien de subordination canonique vis-à-vis de Rome, a tout simplement utilisé la méthode des terroristes: il fait exploser une bombe (intellectuelle) en espérant que tout le processus de réconciliation va dérailler. Il fait comme tous les ultras de tous les temps: il préfère laisser un champ de ruines plutôt que de se réconcilier avec ceux qu’il considère comme des ennemis».
Et Mgr Simon de rappeler à ceux qui aurait relayé «avec gourmandise ou avec douleur l’amalgame entre Benoît XVI et Mgr Williamson: vous avez fait le jeu, inconsciemment, d’un provocateur cynique ! Et, en prime, si j’ose dire, vous lui avez offert un second objectif qui ne pouvait que le ravir: salir de la pire des manières la réputation du pape. Un pape dont il se méfie plus que de tout autre, car il voit bien que ce pape ruine absolument tout l’argumentaire échafaudé jadis par Mgr Lefebvre».
Le vice-président de la CEF répète son argumentation de l’an dernier, au moment de la publication du Motu Proprio du pape Benoît XVI: «Quand je lis, un peu partout, que le pape accorde tout aux intégristes et qu’il n’exige rien en contrepartie, je ne suis pas d’accord: il leur accorde tout sur la forme des rites, mais il ruine totalement leur argumentaire sur le fond. Tout l’argumentaire de Mgr Lefebvre reposait sur une prétendue différence substantielle entre le rite dit de Saint Pie V et le rite dit de Paul VI. Or, réaffirme Benoît XVI, il n’y a pas de sens à parler de deux rites. On pouvait, à la rigueur, légitimer une résistance au Concile si l’on pensait, en conscience, qu’il existait une différence substantielle entre deux rites. Peut-on légitimer cette résistance, et a fortiori un schisme, à partir d’une différence de formes ?»
Pour un fondamentaliste, et qui plus est, pour un négationniste forcené comme Mgr Williamson, poursuit-il, «Benoît XVI est infiniment plus redoutable que tous ceux qui font l’apologie de la ’rupture’ introduite par le Concile Vatican II. Car s’il y a rupture, alors il est conforté dans son opposition à la ’nouveauté’. Mais celui qui démontre paisiblement que le Missel de Paul VI, la liberté religieuse et l’oecuménisme font partie intégrante de l’authentique Tradition Catholique, celui-là lui enlève toute justification».
Finalement, Mgr Simon estime qu’il faudra tout de même s’interroger sur la communication des instances romaines lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles. «Après la polémique de Ratisbonne (qui mériterait elle aussi d’être démontée attentivement..), j’espère – mais je me réserve d’en parler plutôt en interne – que les responsables de la curie vont procéder à un sérieux débriefing sur les ratés de leur communication». JB/Cx
Encadré
Mgr Michel Santier s’adresse aux catholiques du diocèse de Créteil
Ne nous laissons pas troubler!
S’adressant aux catholiques de son diocèse et aux habitants du Val de Marne, Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, a dit comprendre «l’émotion et le trouble de beaucoup d’entre vous, et de ceux que vous côtoyez chaque jour, suite à la décision du pape Benoît XVI». Le trouble est accentué par la simultanéité de l’annonce, dans les médias, de la décision du pape et des déclarations négationnistes de Mgr Richard Williamson. Mgr Santier souligne avec force que les propos de Mgr Williamson sont «inacceptables et inadmissibles, un déni de la vérité historique, et nous ne pouvons admettre sur ce point aucune concession».
Et d’assurer «nos frères juifs, habitant dans Val de Marne», de son engagement et de celui de l’Eglise diocésaine, «à combattre toute forme d’antisémitisme, comme toute forme d’exclusion vis à vis d’autres communautés croyantes, ou toute forme de racisme, et je partage leur émotion».
Il relève ensuite que la décision du pape Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre évêques, ordonnés par Mgr Lefebvre, est d’un autre ordre. «Cette décision est loin de conclure le dossier. Il est hors de question, dans notre diocèse, de remettre en cause l’enseignement du Concile Vatican II: l’émergence du visage de l’Eglise comme communion et complémentarité des vocations au service du Peuple de Dieu, l’engagement de l’Eglise dans la société, notamment auprès des plus pauvres, la liberté de conscience, le dialogue oecuménique, qui a un fondement évangélique, et les relations avec les autre religions».
Mgr Santier dit pouvoir entrer dans la compréhension de l’intention du pape: «Il a essayé jusqu’au dernier moment d’empêcher Mgr Lefebvre de commettre l’irréparable qui brisait la communion. Il a partagé la souffrance de Jean Paul II: la rupture de communion dans l’Eglise. Il ne veut pas que cette fracture demeure durant des siècles. En donnant la possibilité de célébrer la messe dans le rite précédant le Concile, et en levant l’excommunication, il veut ouvrir le chemin du dialogue en vérité et de la réconciliation».
Mais ce dialogue demandera encore du temps pour cheminer vers la pleine communion, souligne-t-il. Le décret souligne bien que l’acceptation de l’enseignement du Magistère du pape comprend l’acceptation entière du Concile Vatican II. «En accueillant ce désir légitime du Saint Père, notre Eglise diocésaine ne change pas de cap: elle demeure une Eglise à l’écoute de la Parole de Dieu et à l’écoute des hommes et des femmes de ce temps, engagée dans l’histoire. Elle est faite pour le monde, pour annoncer l’Evangile à toutes les générations, soutenir l’espérance des hommes en ce temps de crise économique et sociale. Ne nous laissons pas troubler. Que l’espérance habite nos coeurs!» (apic/cx/com/be)
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