Les «biocarburants» n’ont de bio que le nom
Berne/Lausanne, 10 février 2009 (Apic) Les agrocarburants ont été présentés au public comme la solution miracle pour lutter contre le réchauffement climatique et la pénurie de pétrole. Pour la Fondation suisse pour la coopération au développement Swissaid, il s’agit là d’une «voie sans issue, aussi bien d’un point de vue de politique de développement que sur le plan de l’écologie». En lançant sa campagne annuelle mardi 10 février à Berne, Swissaid a insisté: les «biocarburants» n’ont de bio que le nom!
Selon la Banque mondiale, le boom des agrocarburants est responsable à 75 % de l’augmentation du prix des denrées alimentaires. Tandis que de nombreuses communautés paysannes ont perdu leur bien le plus précieux: leurs terres. «En Colombie, les paysans sont chassés de leurs terres pour céder la place à des plantations industrielles de palmiers à huile», a ainsi expliqué la directrice de Swissaid Caroline Morel lors du lancement de la campagne annuelle de Swissaid. Elle dénonce les conséquences désastreuses pour les pays du Sud des cultures industrielles destinées à la fabrication d’agrocarburants. C’est pourquoi Swissaid soutient le moratoire lancé par le conseiller national socialiste Rudolf Rechsteiner sur l’importation des agrocarburants en Suisse.
«Pour remplir un réservoir de voiture avec 95 litres d’éthanol, 200 kilos de maïs sont nécessaires. Une quantité suffisante pour nourrir une personne durant une année». C’est par cette comparaison que la directrice de Swissaid a expliqué à Berne la résistance aux agrocarburants. Il est en effet inacceptable que les terres agricoles dans les pays du Sud – où des centaines de millions de personnes souffrent de la faim – soient gaspillées pour produire du carburant destinés aux voitures utilisées dans les pays du Nord. Le boom des agrocarburants fabriqués à partir de maïs, huile de palme, soja ou canne à sucre exacerbe les conflits pour l’accaparement des terres et de l’eau, en Colombie comme en Tanzanie. CE sont là des pays où Swissaid appuie depuis plusieurs années des communautés de petits paysans pour leur permettre de vivre du produit de leur terre, a relevé Caroline Morel.
Sous l’angle de la politique de l’énergie et du climat, «une absurdité»
«Sous l’angle de la politique de l’énergie et du climat, les agrocarburants sont également une absurdité», renchérit le président de Swissaid Rudolf Rechsteiner. La plupart des plantes énergétiques ne sont pas plus favorables à l’environnement que l’énergie fossile. Elles sont toutefois encouragées par l’exigence de taux d’incorporation aux Etats-Unis comme dans l’Union européenne et en Suisse par des exonérations fiscales.
Une voie erronée pour le conseiller national Rechsteiner, qui a lancé en octobre dernier une initiative parlementaire pour un moratoire de cinq ans sur l’importation d’agrocarburants en Suisse.
«Nous devons investir dans les énergies renouvelables, les agrocarburants ne font que créer de nouveaux problèmes», estime Rudolf Rechsteiner. Le mieux serait d’ailleurs, selon lui, d’y renoncer.
En Inde, une surface trois fois plus grande que la Suisse sacrifiée
L’agronome indien Devinder Sharma a expliqué comment, dans son pays, onze millions d’hectares de terres vont être consacrés à la culture de noix de jatropha destinées à la production d’agrodiesel – une surface qui représente trois fois celle de la Suisse. «Et cela dans un pays où, en dépit d’une spectaculaire croissance économique, la faim n’est de loin pas éradiquée».
Les conflits pour l’accès aux terres cultivables et aux pâturages vont encore se durcir, redoute Devinder Sharma, et des millions de personnes vont être contraintes d’émigrer vers les villes. Les conséquences du boom des agrocarburants en Inde vont se révéler à terme «catastrophiques».
Davantage de dons malgré la crise financière
Malgré la crise financière, Swissaid, la Fondation suisse pour la coopération au développement active dans neuf pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, a vu ses dons augmenter de 38% par rapport à l’année précédente pour atteindre plus de 13 millions de francs. Cela concerne aussi bien les dons de donateurs et de donatrices privés que ceux effectués par des fondations. «En temps de crise, la solidarité avec les plus défavorisés a tendance à croître, a expliqué la directrice de Swissaid Caroline Morel. Ce qui nous rend optimistes, car les besoins sont immenses». (apic/com/be)
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