Londres: Le Synode général de l’Eglise d’Angleterre débat de ses objectifs de conversion
Londres, 11 février 2009 (Apic) L’Eglise (anglicane) d’Angleterre, réunie en Synode Général à Londres depuis le lundi 9 février, poursuit son chemin vers l’ordination des femmes à l’épiscopat. Les délégués ont voté par 281 contre 114 et 13 abstentions une motion allant dans ce sens. Il ne s’agit pas d’un vote final. Celui-ci, après divers amendements, devra encore passer dans les années qui viennent, lors d’un prochain Synode Général, à une majorité des deux tiers dans les trois chambres du Synode, à savoir les laïcs, les évêques et le clergé.
L’adoption finale sera cependant difficile à obtenir, étant donné les fortes divisions que provoque l’accès des femmes à l’ordination épiscopale au sein de la Communion anglicane, déjà fortement secouée par l’admission au sein de l’Eglise d’un clergé homosexuel.
L’Eglise d’Angleterre prévoit un certain nombre de mécanismes pour permettre aux tendances conservatrices de rester en son sein en leur permettant de ne pas être sous l’autorité d’une femme évêque. Ce genre de structures parallèles fait grincer des dents non seulement les tendances évangélique et anglocatholique de l’Eglise, mais également certains représentants des milieux libéraux.
Les opposants à cette solution de compromis craignent que le mécanisme compliqué des «évêques volants» pour les fidèles conservateurs ne soit pas réalisable dans la pratique. L’évêque de Norwich, Graham James, a mis en garde contre le risque d’une telle législation, qui risque de diviser tellement l’épiscopat qu’il ne mériterait plus de porter ce nom.
Devoir de l’Eglise de proposer le christianisme
Le Synode Général a également planché sur une motion appelant à reconnaître explicitement ses buts de convertir les gens au christianisme. Des critiques se sont élevées pour dire que soulever cette question allait porter atteinte aux relations de l’Eglise anglicane avec les autres religions, notamment avec les musulmans. Mais cette motion, proposée par Paul Eddy, un membre traditionaliste du Synode, a reçu un fort soutien. Il demande aux évêques d’organiser une formation spécifique pour le clergé et de l’encourager à évangéliser les non chrétiens.
Paul Eddy ne vise pas seulement de potentiels convertis parmi les musulmans, les hindous ou des membres d’autres communautés religieuses, note la BBC. «Sa motion va droit au coeur de la division centrale entre anglicans libéraux et traditionalistes». Dans le passé, ces tensions se concentraient sur ce qu’enseigne la Bible au sujet de l’homosexualité, mais les buts de la motion de Paul Eddy visent plus large. Il entend s’opposer à ce qu’il considère comme une «dérive libérale» de l’Eglise en demandant au Synode de confirmer «un devoir traditionnel, même s’il est parfois inconfortable».
Le Synode interdit aux membres du clergé d’adhérer au parti d’extrême droite BNP
Dans un vote à 322 voix contre 13 et 20 abstentions, le Synode a interdit aux membres du clergé anglican d’adhérer au parti d’extrême droite British National Party (BNP). La proposition est venue de Vasantha Gnanadoss, une membre laïque du Synode qui travaille au sein de la police métropolitaine. Pour elle, une interdiction d’appartenance au BNP envoie au sein du public un message clair contre les préjugés raciaux. Ce type de préjugés est véhiculé par ce parti d’extrême-droite. La motion a notamment reçu l’appui de l’archevêque de York, John Sentamu, et de l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams.
L’évêque Sentamu, d’origine ougandaise, a déclaré au Synode qu’il était membre de la tribu Baganda, avant d’ajouter que comme chrétien, «j’ai rejoint un autre tribu, c’est la tribu de Jésus Christ, et dans cette tribu, tous sont les bienvenus!»
Cette interdiction faite au clergé, aux séminaristes et à tous les responsables qui parlent au nom de l’Eglise d’Angleterre, prend exemple sur une politique adoptée par l’Association des Officiers de Police. Lors des dernières élections, l’Eglise d’Angleterre avait explicitement appelé les électeurs à ne pas voter pour le BNP.
Notons que lors de l’ouverture du Synode Général, le cardinal Cormac Murphy-O’Connor, archevêque catholique de Westminster, a évoqué les relations entre anglicans et catholiques et a regretté les divisions au sein de l’Eglise d’Angleterre. Il a relevé qu’il y avait un besoin d’unité pour les deux Eglises, qui toutes deux doivent faire face au défi du sécularisme.
L’»oecuménisme spirituel», entendu comme «dialogue de vie» qui «enrichit mutuellement en ce qu’il aide à connaître et apprécier les trésors d’autrui», s’est retrouvé au coeur de l’intervention du cardinal Murphy-O’Connor, chef de l’Eglise catholique en Angleterre.
Le cardinal s’est indirectement référé aux tensions qui affectent le Synode, dont les membres s’apprêtaient à approuver un document de compromis permettant l’ordination des femmes au rang d’évêque tout en évitant que les parties opposées n’abandonnent l’Eglise anglicane. «Ce n’est que dans la pleine et profonde unité que se révèlent la vérité et les exigences de l’Evangile», a affirmé l’archevêque de Westminster. Le Synode se tient jusqu’à vendredi dans la Church House, quartier général des anglicans, situé tout près du parlement de Westminster. (apic/cofe/bbc/kna/be)
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