La révolution passe désormais par les urnes

Amérique latine: Les destins communs du Venezuela, de l’Equateur et la Bolivie

Pierre Rottet, Apic

Caracas, 18 février 2009 (Apic) Les présidents de Bolivie, de l’Equateur et du Venezuela voient désormais leurs horizons politiques s’éclaircirent. Les trois chefs d’Etat ont en effet la voie libre, pour demeurer à leur poste, grâce aux votes exprimés dans chacun de ces pays. Historique, disent les observateurs, puisqu’ils ont réussi à faire par les urnes ce que seules les dictatures et donc les forces armées avaient pu imposer jusqu’au siècle dernier en Amérique latine.

Le dernier à avoir réussi son pari, après un échec en 2007, le seul en une dizaine d’années de pouvoir, est le Vénézuelien Chavez. Il pourra donc se présenter aux élections de 2012. Et aussi à celles qui suivront, grâce à un article constitutionnel approuvé dimanche avec près de 55% des suffrages exprimés par le peuple. Paradoxalement, la Constitution, alors en vigueur, est celle dite «Bolivarienne», qui limitait à deux mandats l’exercice de la présidence. Un texte pourtant voulu en 1999 par le même Chavez, après son arrivée au pouvoir en 1998.

Avant lui, deux autres présidents de la région andine, idéologiquement proches de Chavez, les présidents équatorien Rafael Correa et bolivien Evo Morales, ont couronné avec succès des processus constitutionnels afin d’impulser à leur pays une refonte sociale du système. Point commun entre les trois leaders: leur idéologie plus proche de Cuba que de la Colombie, des scrutins démocratiques; des adversaires politiques qui vont des gros propriétaires, aux oligarchies locales, en passant, dans les trois cas, par une vive opposition des hiérarchies catholiques de ces pays.

Tyrannies?

Les nouvelles Constitutions de l’Equateur et de la Bolivie, massivement approuvées en septembre 2008 et en janvier 2009, respectivement, contiennent elles aussi des articles qui devraient permettre tant à Correa que Morales, de rester au pouvoir, si les citoyens placent en eux leur confiance, mais pas de manière illimitée, comme c’est le cas au Venezuela. Morales a d’ores et déjà déclaré qu’il sera candidat à sa réélection le 6 décembre 2009, Correa s’étant inscrit pour les élections générales du 26 avril prochain. Les deux jouissent pour l’heure d’une large marge favorable de l’opinion publique.

En Equateur, la nouvelle Constitution a été appuyée par près de 64% des citoyens, contre 61% en Bolivie.

Autre point commun: dans les trois pays andins, les oppositions brandissent les mêmes arguments. Elles dénoncent que ces processus cachent des intentions de perpétuer le pouvoir et d’installer des «tyrannies». Des voix que l’on entendait pas aux pires moments des dictatures, des vraies tyrannies en Bolivie, au Brésil, en Argentine, ou encore au Paraguay et en Uruguay, au Chili… rétorque-t-on dans une Amérique latine rose-rouge.

«La révolution en Amérique latine, qui, dans le passé, a été le fruit de rebellions armées contre des dictatures d’extrême droite, donne aujourd’hui une forme constitutionnelle à un processus démocratique, dans lequel influe le travail d’une équipe de juristes de formation européenne», analyse «The Washington Post», cité par «El Pais». (apic/pr)

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