Quand les enfants cultivent le désir de vengeance

Gaza: La guerre n’est pas finie: le terrible témoignage du Père Musallam

Gaza, 19 février 2009 (Apic) «La guerre n’est pas finie, les bombardements quotidiens se poursuivent, avec les frontières qui restent fermées, avec les visages des enfants marqués par la violence, avec nos vies réglées par les décisions et les caprices israéliens». Témoignage de Gaza, un pays qui ne fait plus la «une», mais qui continue à mourir.

Contacté par Misna à Gaza, le père Manuel Musallam, seul prêtre catholique se trouvant à Gaza, curé de l’église de la Sainte Famille, intervient juste à un mois de la fin de l’opération militaire israélienne «Plomb durci» qui du 27 décembre au 17 janvier a causé la mort de plus de 1’300 personnes et blessé 5’400 autres, pour la plupart des civils, dont au moins un tiers de femmes et d’enfants.

«Gaza est un tapis de décombres et de tentes: les plus chanceux ont encore leur maison, les autres ont reçu un logement provisoire ou sont hébergés par des proches, les moins chanceux vivent dans des tentes, souvent à côté de ce qui reste de leur habitation», dit le père Musallam qui fut durant l’offensive un des témoins les plus clairs et précieux pour briser le silence autour du massacre en acte.

Mais ce sont les enfants qui préoccupent le plus le prêtre: «Les écoles ont certes rouvert mais quelque chose a changé; les violences que les enfants ont vu et subi auront des conséquences; plus qu’avant, je vois aujourd’hui des enfants qui jouent à se faire la guerre, j’assiste à des désirs de vengeance, je vois que la violence pourrait engendrer d’autres violences».

Sur la gravité de l’impact social du conflit, Samir Skaik, directeur du service des urgences de l’Hôpital Shifa, la structure sanitaire la plus importante de Gaza, rapporte qu’ «ici sont encore hospitalisées des personnes touchées par les bombardements de janvier même si la majorité des blessés graves se trouve dans des centres spécialisés à l’étranger ou dans d’autres structures de Gaza, mais c’est l’impact social de la guerre que nous touchons du doigt la gravité qui nous préoccupe», assure à Misna Samir Skaik qui, durant la guerre a travaillé avec ses collègues 24 heures sur 24, sans aucun moyen, pour faire face à l’urgence.

La détresse, partout

«Le seul hôpital de Shifa a traité des centaines de cas d’amputation et de double amputation (en particulier causées par l’utilisation d’armes non conventionnelles comme les bombes Dime, ndlr). Si nous ajoutons à ces personnes les blessés graves soignés par les autres structures, cela signifie que de nombreuses familles de Gaza, pour la plupart pauvres, ont dans leur foyer au moins une personne à prendre totalement en charge sans en avoir les moyens et cela signifie aussi parvenir à obtenir un nombre suffisant de prothèses.

A ses yeux, cela signifie des soins de rééducation et des prothèses de rechange car de nombreux enfants ont été amputés ; des enfants qui auraient besoin d’un soutien psychologique que personne ne pourra leur fournir mais aussi des infrastructures adéquates que personne ne pourra construire», ajoute le médecin. C’est un cadre plutôt sombre qui ressort du récit du docteur, soulignant que son hôpital fonctionnera de nouveau à plein régime seulement à partir de la semaine prochaine: «Par manque d’équipements et de fournitures, nous n’avons pas pu effectuer toutes les opérations mais, qui nous assurera qu’à partir de maintenant les choses iront mieux», se demande-t-il.

Le ministre de la Santé de Hamas, le mouvement gouvernant Gaza depuis juin 2007, après avoir remporté les élections législatives, devrait diffuser un appel à des donations de sang dans la bande de Gaza des groupes 0, A et B négatif. Quelques organisations internationales devraient également fournir de nouvelles estimations en ce qui concerne le nombre des évacués: au moins 100’000 personnes n’ont plus de logement, dont 56’000 mineurs. Certains sont hébergés par des proches tandis que d’autres vivent sous des tentes et souffrent à cause des températures rigides. (apic/misna/pr)

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