Matran : Session «pour une catéchèse vivante et dynamique»

Relire la Bible à différents degrés

Jacques Schouwey, Apic

Matran, 22 février 2009 (Apic) Une quarantaine de catéchistes et d’agents pastoraux se sont rencontrés les 20 et 21 février à Matran pour un séminaire sur l’animation d’une équipe en catéchèse. Claude Lagarde a fait part de ses expériences de lecteur assidu de la Bible.

Organisé par le Centre oecuménique de pastorale spécialisée (COEPS) du canton de Fribourg, le séminaire a réuni des personnes engagées dans la catéchèse des gens avec handicap ainsi que des agents pastoraux du Grand Fribourg. Soeur Anne-Roger, de la Congrégation des Soeurs de la Sainte-Croix d’Ingenbohl, coordinatrice du COEPS, a voulu que cette rencontre soit une formation continue offerte aux agents et équipes pastoraux du canton.

Pour elle, qui partage son temps entre le COEPS et la catéchèse auprès d’adultes, la présence de Claude Lagarde comme animateur est essentielle, puisque quelques catéchistes ont effectué leur formation à Paris auprès du Centre de catéchèse symbolique, dont il est le fondateur. Soeur Anne-Roger aime donner l’image d’une «pastorale d’humble présence», convaincue «qu’on reçoit beaucoup plus des personnes avec un handicap qu’on ne peut leur donner».

Raconter la Bible

Claude Lagarde, animateur passionné de catéchèse, a mis l’accent, au cours de ces deux journées de réflexion, sur le rôle essentiel de la Bible comme Parole portant un message toujours actuel et qui peut être entendue à différents degrés. Pour lui, faire de la catéchèse signifie aller au texte même et accepter d’écouter le discours des enfants, leurs questions et remarques pour mieux faire voir les degrés de lecture possibles du texte biblique. Il insiste sur le rôle des images et suggère de raconter la Bible aux enfants avec des images, avant de leur en montrer les autres degrés de signification. Les paraboles chrétiennes sont, selon lui, un outil catéchétique de premier ordre. Elles sont en quelque sorte des «mini-credo» en images.

Dans son enseignement, Claude Lagarde met l’accent sur trois apprentissages essentiels pour les enfants: celui de la mémoire biblique, celui de la parole – oser exprimer la Parole de foi – et celui de la prière. Mais il dit aussi que l’on ne peut pas faire de la catéchèse sans tenir compte des familles. La «méthode Lagarde» est fondée sur un constat: à l’écoute des enfants, on s’aperçoit qu’on ne peut entrer dans la foi que par étapes. C’est de là qu’est venue l’idée de commenter la Bible par degrés, en fonction de l’âge des personnes et des questions qu’elles se posent. Mais à chaque fois, il y a retour au texte. Les significations dégagées des textes ne sont valables que si elles se réfèrent au texte littéral et à ses images.

La Bible est un langage qui bouge

Pour Lagarde, la Bible est un langage qui bouge. C’est un langage concret, qu’il faut raconter. Mais pas de la même manière à des enfants ou à des adultes. On entre dans la foi biblique et sacramentelle par étapes. La première étape, le premier degré est celui sur lequel on revient constamment – le sens littéral du texte- parce qu’on en reçoit chaque fois quelque chose de nouveau. Il y a ensuite l’intelligence qui «se développe des correspondances tous azimuts, sans mettre une idéologie ou une leçon à la clé du texte biblique». Ce dernier n’est pas une fable de La Fontaine! L’essentiel, selon le catéchète, c’est qu’il y ait apprentissage de l’intelligence, des correspondances. Et le rôle de l’éducateur est de préciser le pourquoi de ces correspondances. Il s’agit de peu à peu ouvrir un univers d’images, qui est l’univers biblique, dont le Christ est le centre. Ce Dieu biblique n’est pas, pour le «conteur» qu’est Claude Lagarde, le Dieu de Voltaire, ni le premier moteur d’Aristote, ni le Dieu vengeur. Ce n’est pas, dit-il, un «Dieu muet». «C’est un Dieu qui parle à l’homme, parce que l’homme parle». «Il faut donc appendre à parler et à parler à Dieu». L’étonnement, l’émerveillement permettent de pénétrer le texte biblique, qui est ouverture à l’intelligence de la vie. Pour Claude Lagarde, faire de la catéchèse consiste à accompagner niveau de parole après niveau de parole les catéchumènes jusqu’à «pouvoir entrer dans le mystère de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, vivant et parlant.»

Encadré

Un militaire devenu catéchète

Claude Lagarde, militaire de formation, a fait l’école de Saint-Cyr juste avant la guerre d’Algérie. Il a passé 5 ans à l’armée en Algérie, où il a appris l’arabe, langue de sa division. Il déclare y avoir aussi appris «une culture, ce que sont les guerres, la misère et la violence». Rentré en France, il a oeuvré au sein des scouts. Il dit avoir à ce moment-là appris «une autre façon de voir la foi de l’Eglise».

En 1966, il quitte l’armée. «Ma vocation, dit-il, c’est de faire de la catéchèse, c’est-à-dire une pédagogie catéchétique à partir de ce que j’avais découvert dans le scoutisme entre autre, depuis le Concile, de la Parole de Dieu, des choses qui m’avaient bouleversé et qui répondaient bien à toutes les questions existentielles que j’avais vécues.» Grâce à un ami franciscain, il a pu faire des études de théologie et passer un doctorat. Durant quinze ans, il s’est perfectionné en hébreu, araméen, syriaque et en patristique, car, comme il le dit «Je me suis aperçu que les textes bibliques étaient mal traduits en grec et en hébreu, qu’ils étaient rabotés, idéologisés. J’ai alors préféré lire les textes dans le texte. Ce qui me permet de réécrire les choses et de mieux comprendre ce qu’ont dit les Pères de l’Eglise.»

Marié à Jacqueline, journaliste, il a travaillé pour les Frères du Sacré Coeur en banlieue parisienne. Sur mandat de Mgr Delarue, il a animé une école catholique ouverte à l’immigration, une école d’évangélisation, dont les piliers étaient la Bible qu’il fallait «raconter tous azimuts» et la prière. Cela a donné naissance à une «catéchèse d’évangélisation narrative». Une communauté est née de ce travail, constituée au début de 15 femmes anciennes «dames caté», puis de 85 à 90 personnes engagées dans l’évangélisation, où la «lectio divina» jouait un rôle central.

Note: Des photos de Claude Lagarde peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch.

Prix: 80 frs la première, 60 frs les suivantes

(apic/js/bb)

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