Rencontre avec Mgr Erwin Kräutler, évêque de Xingu, en Amazonie brésilienne

Apic Interview

Le président Lula n’écoute pas les communautés indigènes

Jacques Berset, agence Apic

Berne, 23 février 2009 (Apic) Mgr Erwin Kräutler, évêque de la prélature territoriale de Xingu, en Amazonie brésilienne, parcourt ces jours-ci la Suisse comme invité de la campagne oecuménique de carême 2009. Il se sent ici en sécurité, ce qui n’est pas le cas dans son immense diocèse, grand comme près de neuf fois la Suisse, où il bénéficie à tout instant de la protection de la police militaire, suite à de très concrètes menaces de mort. L’Apic l’a rencontré ce lundi à Berne lors du lancement de la campagne de carême intitulée «Un climat sain pour assurer le pain quotidien».

Mgr Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire (Cimi), vit en effet depuis plusieurs années sous constante protection policière. Il a confié à l’agence Apic que ces menaces n’allaient pas le détourner de sa lutte contre l’injustice en Amazonie et de l’amour qu’il portait aux personnes marginalisées vivant sur les rives du Rio Xingu.

Le Para, sa région, où la religieuse américaine Dorothy Mae Stang a été assassinée en 2005, est l’Etat du Brésil où l’on enregistre le plus grand nombre de menaces. Des «listes noires» circulent dans ce véritable «Far West». Dom Erwin Kräutler, qui réside à Altamira, mais qui voyage beaucoup sur les fleuves pour aller visiter ses fidèles, y figure en bonne place. Il a notamment été menacé pour son engagement contre le gigantesque projet de barrage «Hidroelectrica de Belo Monte» sur le Rio Xingu, qui devrait entrer en fonction d’ici 2014.

Ce projet devrait inonder de nombreuses zones de forêt vierge amazonienne. Le projet, qui comprend cinq grands barrages, prévoit de recouvrir plus 40’000 hectares de forêt tropicale et de faire disparaître totalement le territoire des indiens Juruna. En cas de réalisation, ce projet toucherait sévèrement le territoire de 9 communautés indigènes.

Apic: A l’époque, l’élection du militant syndical Luiz Inácio Lula da Silva à la présidence en 2002 avait suscité beaucoup d’espoir du côté des plus pauvres au Brésil…

Mgr Kraütler: Bien que Lula ait été réélu avec plus de 60% des suffrages en 2006, nous avons de quoi être déçus: la réforme agraire n’a pas progressé et malheureusement, le président a très peu d’expérience et de contact avec les populations indigènes. C’est la raison pour laquelle il met une confiance sans limite dans les «mégaprojets». Il a présenté au début de son mandat le PAC (plan d’accélération de la croissance) qui porte aussi en lui les germes de la dévastation de l’Amazonie, avec l’asphaltage de la route transamazonienne et la construction de gigantesques centrales électriques.

Les secteurs qui, depuis, monopolisent les investissements sont l’énergie, la logistique ainsi que l’action sociale et le développement urbain. Le développement du projet de Belo Monte va toucher la ville d’Altamira, qui compte 90’000 habitants. Un tiers de la ville, dans les zones basses, va être définitivement inondé, et les gens vont devoir partir. Ces zones sont parfois touchées lors de la saison des pluies, en cas de hautes eaux du fleuve Xingu. On évacue les gens pendant un moment, puis ils reviennent. Dans le cas du barrage, ce sera définitif, et l’on touche là à des terres indigènes qui sont légalement démarquées.

Apic: Ces terres démarquées sont protégées par la Constitution…

Mgr Kraütler: Oui, et les Indios vont les perdre définitivement! On laisse entendre de façon brutale que l’on ne va pas abandonner un tel «mégaprojet» pour quelques Indiens… C’est de cette façon qu’on foule aux pieds des droits inscrits dans la Constitution. Mais on ne peut pas traiter ainsi les gens! De toute façon on peut faire autrement, d’autant plus que le fleuve Xingu n’est pas fait pour ce type de projet. Durant la période sèche, il n’a pas assez d’eau pour faire tourner toutes les turbines prévues. Même du simple point de vue financier, comment peut-on accepter que durant quatre mois, une partie des turbines ne va pas pouvoir fonctionner…

Mais on a déjà cette arrière pensée: on va construire un deuxième, un troisième, un quatrième et un cinquième barrage, et après, tout le fleuve sera dévasté. L’on ne veut évidemment pas penser aux habitants qui vivent au bord du fleuve, qui sont passés par pertes et profits. Le président, face aux générations futures, ne peut pas agir ainsi.

Apic: Le président Lula semble prisonnier des grandes entreprises qui veulent à tout prix ce barrage.

Mgr Kraütler: Ces places de travail sont importantes pour lui. Il est prisonnier de ce système néo-libéral qui n’est basé que sur la production. La terre est importante pour le système, qui la considère comme une marchandise que l’on peut acheter et vendre. On ne l’utilise que pour y produire, alors que la relation des Indigènes avec la terre est totalement différente. Pour eux, la terre permet la vie, et ils ont un rapport avec elle comme celui d’un enfant avec sa mère. C’est la différence avec la société néo-libérale, qui considère la terre uniquement comme un instrument de production inséré dans le marché mondial.

Sur ces terres, on ne produit, dans cette logique, que ce que veut le marché, comme les agrocarburants à base de canne à sucre, l’éthanol, faussement baptisé «biocarburant».

Cette culture intensive inflige un coup de poignard à l’Amazonie et particulièrement à son système adjacent, le Cerrado. Les plantations font un usage intensif de pesticides et d’engrais, et il faut près de 4’000 litres d’eau pour nettoyer une tonne de canne à sucre. La distillation d’un litre d’éthanol génère 12 litres de résidus, déversés sans épuration sur les champs ou dans les rivières proches. On ne se rend pas compte que la forêt vierge a beaucoup plus de valeur quand elle reste en l’état que quand on la détruit. Après il ne reste que le chaos, le désert, car l’humus est tellement mince qu’il est très vite détruit par l’érosion. On abandonne alors ces zones pour faire la même chose un peu plus loin!

Apic: On ne voit donc pas les conséquences de ces ravages ?

Mgr Kraütler: Les gens qui vivent sur place s’en rendent bien compte, mais les entrepreneurs et les commerçants s’en fichent, ils veulent de l’argent tout de suite. Ils ne pensent pas au développement durable et au sort des 25 millions de personnes qui vivent en Amazonie. Nous devons trouver un modèle de développement durable, qui persuade les gens qu’une forêt debout a plus de valeur qu’une forêt coupée ou brûlée. Je ne veux pas parler, à propos de l’Amazonie, du «poumon de la terre». Des gens utilisent cette expression, moi pas.

Par contre, le fait que la région amazonienne a une influence sur le climat de la planète est prouvé par les scientifiques. S’il n’y avait plus de forêt tropicale humide, les conséquences se feraient vite sentir. Le réchauffement climatique est déjà une réalité.

Dans notre prélature, l’Eglise, qui compte quelque de 800 communautés de base sur 13 immenses paroisses avec 26 prêtres, s’engage, car il s’agit ici du sort du peuple de Dieu. Des gens avec qui je travaillais sont morts pour cette cause, comme Soeur Dorothy Mae Stang. J’ai de l’espoir, je suis confiant parce que de nombreux mouvements de la société civile se mobilisent aussi. Ce n’était pas le cas il y a vingt ans! JB

Encadré

Mgr Erwin Kräutler vit depuis 44 ans au Brésil, où il est connu pour son engagement en faveur des plus démunis, des petits paysans, des Afrobrésiliens et des Indiens. Titulaire de nombreux prix, dont celui de docteur honoris causa de la Faculté de théologie de Lucerne, ce prélat de 69 ans, originaire de Koblach, dans le Vorarlberg autrichien, a été fréquemment menacé de mort. Suite à plusieurs tentatives d’assassinat, dont un attentat déguisé en accident de la route, Mgr Kräutler vit sous constante protection policière. Hôte d’honneur de la campagne de Carême de cette année, cet évêque militant est depuis 1981 à la tête de la prélature territoriale de Xingu. Des photos de Mgr Kräutler peuvent être commandées à Georges Scherrer, kipa, tél. 044 204 17 84 courriel kipa@kipa-apic.ch

Afrique du Sud: Des responsables d’Eglise arrivent à la tête du parti du Congrès du peuple

Un pasteur de l’Eglise méthodiste candidat

Johannesburg, 23 février 2009 (Apic) L’ancien secrétaire général de la Conférence des Eglises de toute l’Afrique (CETA), le pasteur Mvume Dandala, a été désigné comme candidat d’une faction dissidente du parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), à l’élection présidentielle qui aura lieu le 22 avril.

Le professeur Russel Botman, théologien, recteur de l’Université de Stellenbosch et ancien président du Conseil des Eglises d’Afrique du Sud, sera pour sa part le candidat du Congrès du peuple (COPE) au poste de Premier ministre de la province du Cap-Occidental, que l’ANC pourrait perdre lors de l’élection d’avril.

Le parti COPE a été fondé en décembre, après que Thabo Mbeki eut été poussé à démissionner de sa position de président de l’Afrique du Sud en septembre 2008. Botman a coiffé au poteau le pasteur Allan Boesak, ancien président de l’Alliance réformée mondiale.

Le pasteur Dandala, qui est également un ancien dirigeant de l’Eglise méthodiste d’Afrique australe, est considéré comme un candidat de compromis entre les fondateurs du COPE, l’ancien ministre de la défense Mosiua Lekota et l’ancien dirigeant de la province de Gauteng, Mbhazima Shilowa. Mvume Dandala est par ailleurs considéré comme un atout, alors que le COPE fait du battage autour de la lutte contre la corruption dans le sillage d’un scandale d’escroquerie impliquant un ancien porte-parole de l’ANC, Carl Niehaus, qui affirme être un pasteur ordonné.

Quasiment inconnu de la scène politique sud-africaine, le pasteur Dandala est rentré en Afrique du Sud il y a deux mois à peine, après avoir travaillé cinq ans à Nairobi à la tête de la CETA. Il s’est fait connaître pour la première fois en tant qu’artisan de la paix pendant les guerres des townships, dans les années 1990, qui opposaient des migrants nationalistes zoulous et des militants de l’ANC dans la zone d’exploitation de mines d’or d’East Rand, près de Johannesburg.

En tant qu’évêque président de l’Eglise méthodiste, il a également encouragé l’usage des coutumes africaines, notamment le culte des ancêtres et les nouvelles liturgies, au sein de l’Eglise méthodiste d’Afrique australe.

La secrétaire générale du COPE, Charlotte Lobe, a déclaré le 19 février: «Le COPE défend une gouvernance propre, qui sert efficacement le peuple.» Elle a affirmé que le pasteur Dandala représente l’honnêteté, le travail et les valeurs familiales.

En février 2008, il avait été suggéré dans certains médias que le pasteur Dandala était pressenti comme possible successeur au pasteur Samuel Kobia, un méthodiste du Kenya, au poste de secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises, à Genève. Le successeur du pasteur Kobia doit être désigné fin août.

Le pasteur Dandala est né en 1951 et il est titulaire d’un master en théologie de l’Université de Cambridge. (apic/eni/pr)

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