Canada: Lettre ouverte à la population canadienne sur la situation économique mondiale
Toronto, 26 février 2009 (Apic) «Nous ne pouvons pas acheter la prospérité», affirme le modérateur de l’Eglise Unie du Canada, dans une lettre ouverte sur la situation économique mondiale. S’adressant à la population canadienne, le pasteur David Giuliano, qui est à la tête de la plus grande église protestante au pays (*) – elle compte plus de 3 millions de membres dans 3’820 paroisses disséminées sur tout le territoire canadien – en appelle à la solidarité de ses concitoyens.
«Les temps de crise peuvent faire ressortir ce qu’il y a de plus noble dans la nature humaine. En temps de guerre et pendant la Grande Dépression, nous aïeux ont acheté des obligations, se sont rationné, ont enroulé des bandages et empaqueté des vêtements, ont aidé leurs voisins et ont appris à faire la distinction entre le nécessaire et le superflu. Ils ont fait front commun comme nation. Pour trouver des solutions à la présente crise économique, nous allons devoir y mettre le paquet», écrit-il.
Cette crise, David Giuliano en fait l’expérience immédiate puisqu’il vient d’apprendre, comme les citoyens de la petite ville où il habite dans le nord de l’Ontario, que le moulin à bois qui s’y trouve va fermer prochainement. «Tout le monde ici – des entrepreneurs aux boulangers, des enseignants aux pasteurs – travaille de près ou de loin pour cette usine ou encore pour les mines avoisinantes qui ont déjà commencé à fermer. L’appréhension et l’anxiété commencent à s’installer dans notre communauté. C’est comme si nous vivions en microcosme ce qui arrive à l’économie à travers le pays et dans le monde entier», écrit David Giuliano.
La solidarité plus nécessaire que jamais
La lettre du modérateur met la population du pays au défi de faire face à cette période économique troublée en s’appuyant sur les leçons du passé: «Les familles canadiennes vivent dans un état d’incertitude, d’anxiété et de stress grave qui affecte leurs relations interpersonnelles, qui les atteint dans leur santé physique et psychologique, et qui intensifie les problèmes sociaux. Les dettes augmentent. Les fonds d’épargne diminuent. Et les files d’attente s’allongent devant les refuges et les banques alimentaires».
La lettre du pasteur Giuliano pose également les questions suivantes: «La souffrance entraînée par la crise nous incitera-t-elle à remettre en cause les valeurs qui fondent notre système économique ? Remettrons-nous en question une culture qui a permis à la recherche du profit de prendre le dessus sur les besoins fondamentaux de tant de citoyens et citoyennes, comme si l’économie n’avait d’autre but que la hausse de la valeur des actions ?» Et d’affirmer clairement que les besoins des enfants affamés, des familles sans-abri, et des travailleurs pauvres doivent remplacer les exigences du libre marché. A ses yeux, le «résultat financier» doit refléter des valeurs comme l’amour, la bonté, la justice et le respect de la création. David Giuliano croit en outre que la population canadienne en est arrivée à reconnaître que la protection de l’environnement n’est pas un obstacle, mais la voie vers le rétablissement économique.
«En fait, c’est notre entêtement à refuser de reconnaître l’accélération de la destruction de la planète qui nous a laissé ce triste héritage économique. Davantage d’automobiles, des maisons plus grandes, et une consommation effrénée sont la cause de nos problèmes économiques, pas une solution pour nous en sortir. Nous ne pouvons pas acheter la prospérité. La planète ne le permet tout simplement pas. Ce système est un plan pyramidal voué à l’effondrement, car il récompense ceux qui se trouvent au sommet et dévore tout être et toute chose qui se trouvent à la base».
Dans une lettre pastorale adressée aux paroisses de l’Eglise unie, le modérateur invite à répondre avec créativité et compassion à leurs concitoyens qui souffrent à cause de la crise économique. «Le défi économique auquel nous sommes confrontés nous appelle à être l’Eglise en prenant plus de risques que jamais. Je vous encourage à faire confiance à votre foi et à prendre ces risques», écrit-il.
Le modérateur David Giuliano souligne que le pays vit une période propice à un leadership prophétique et créatif. «Je prie donc pour que nous réagissions de manière radicale: avec créativité, accueil, chaleur et générosité». JB/Com
(*) La naissance de l’Eglise Unie du Canada remonte à 1925. Cette année-là, trois Eglises protestantes présentes au Canada, l’Eglise méthodiste, l’Eglise congrégationaliste et l’Eglise presbytérienne au Canada ont fusionné pour fonder l’Eglise Unie du Canada. L’accord survenu entre ces trois traditions se trouve dans les Principes d’union, et la devise «Que tous soient un» figurent sur l’emblème de l’Eglise Unie. (apic/com/be)
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