Dialoguer sans condition préalable

Genève: Le fondateur d’un monastère syrien dans la ville de Calvin

Genève, le 3 mars (APIC) De passage à Genève, le père Paolo Dall’Oglio, un jésuite italien qui a fondé le monastère de Deir Mar Moussa, en Syrie, a délivré un vigoureux message en faveur du dialogue et de la non-violence.

Au départ, il y avait les ruines d’un couvent sur des hauteurs désertiques, à environ 80 km de Damas. En 1982, alors jeune jésuite, Paulo Dall’Oglio a engagé des travaux de restauration. Et depuis 1992 l’endroit abrite une communauté monastique oecuménique et mixte, vouée à la prière, au travail manuel, à l’accueil et au dialogue interreligieux. De nombreux et fort divers visiteurs se rendent à Deir Mar Moussa : musulmans ou chrétiens, Syriens ou étrangers, jusqu’à des Chinois et des Japonais. Et des Genevois, anciens pèlerins dans cette région, qui composaient lundi soir une bonne partie de l’auditoire du père Paulo.

Grâce, notamment, au concile Vatican II, les chrétiens ont renoncé à l’idée de la suprématie de notre civilisation et se sont mis à considérer les autres religions avec respect. On admet désormais que des non-chrétiens puissent être sauvés non pas malgré leur religion, mais en pratiquant celle-ci. Le père Dall’Oglio conteste l’idée que l’appartenance religieuse ne soit qu’un élément, parmi d’autres, constitutif d’une identité. « Pour de nombreux êtres humains, cette appartenance se situe au centre de leur conscience identitaire. Le manque d’accueil de cette réalité est un début de violence ».

Trop souvent, on pose des conditions préalables au dialogue. Par exemple, la reconnaissance de l’universalité des droits de l’homme. Ou la condamnation du terrorisme. « C’est mal commencer. Pour faire la paix, il ne faut pas excommunier l’autre ». Ainsi, certains pays veulent empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique. Or ces mêmes pays la possèdent. Si elle est dangereuse, que tous s’en passent ! Si elle est nécessaire, pourquoi d’aucuns en seraient-ils privés ?

Pratiquer l’espérance avec acharnement

Le père Dall’Oglio explique le déchaînement de la violence des Israéliens à Gaza par leur angoisse d’être niés. « Une angoisse qui entraîne à son tour une négation de l’autre ». De même, une majorité des musulmans se sentent niés, sur le plan religieux, par une majorité de chrétiens et de juifs. Les aspirations à la démocratie et à la liberté de bien des peuples arabes sont niées par des dynasties tribales. « Des régimes dits modérés pratiquent la corruption sans modération et exploitent leur peuple d’une manière féodale ».

Face à cela, un fragile monastère dans le désert. Mais qui a une portée symbolique. C’est le témoignage d’une dimension spirituelle, d’un temps qui vient après le temps présent. Le père Dall’Oglio plaide pour une non-violence, un amour qui inclue les violents. « Si l’on risque nos âmes par amour, on ne les perdra pas ! ». Il s’agit de risquer la rencontre, le pluralisme, la reconnaissance de l’autre. « Je veux pratiquer l’espérance de façon acharnée », conclut le jésuite. (apic/mba)

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