Eglise catholique chrétienne, 2e partie

Apic dossier

Après l’interview de l’évêque Fritz-René Müller, retraité depuis le 1er mars, (service Apic du 24 février), l’Apic a donné la parole au théologien Urs von Arx, ancien professeur de Nouveau Testament, d’homilétique et d’histoire du vieux-catholicisme à l’université de Berne.

Berne: L’Eglise catholique chrétienne de Suisse s’apprête à vivre son 141e synode

Le prochain évêque sera-il une femme?

Andrea Krogmann, Apic / Traduction: Bernard Bovigny

Berne, 4 mars 2009 (Apic) Les 12 et 13 juin à Olten, les délégués de l’Eglise catholique chrétienne de Suisse éliront le successeur de l’évêque Fritz-René Müller. Se pourrait-il que ce soit une femme? Le théologien catholique chrétien Urs von Arx répond spontanément «non» à cette question.

Agé de 67 ans, retraité depuis six mois, le professeur émérite s’occupe actuellement à Berne du Département de théologie catholique chrétienne à titre provisoire. Avec quatre chaires, ce département a été longtemps le lieu de formation le plus important de l’Eglise vieille catholique, et même le seul dans lequel il était possible d’accomplir un doctorat.

Ce n’est pas que l’élection d’une femme évêque soit impensable. Fondamentalement, l’Eglise catholique chrétienne prévoit cette possibilité. Mais en dehors du fait qu’aucune candidate ne se profile, le professeur von Arx se montre sceptique en raison des conséquences d’une telle l’élection: «Si nous élisons maintenant une évêque, il est probable que les personnes ordonnées par elle ne soient pas vraiment reconnues comme telles, autant de la part de l’Eglise catholique romaine que des orthodoxes. Est-ce vraiment ça que nous voulons?»

De cette façon, selon von Arx, avec ses ministères, l’Eglise catholique chrétienne se trouve face à l’Eglise catholique romaine dans une situation similaire à celle des anglicans, et l’on devrait tout à coup aborder des sujets qui ne sont jamais apparus jusqu’à maintenant. «On pourrait affirmer ensuite que rien n’a changé chez nous. Et je l’affirmerais aussi, mais ce n’est qu’une face de la médaille». Dans le domaine de l’oecuménisme, on est maintenant dépendant du jugement des autres.

«Nous sommes si petits»

Concernant le dialogue oecuménique, le professeur von Arx distingue clairement entre ce qui se passe en Suisse et le dialogue au niveau international. L’oecuménisme en Suisse concerne en premier lieu les catholiques romains et les évangéliques réformés. Il est vrai que l’Eglise catholique chrétienne fait partie des Eglises reconnues au niveau national et appartient à la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse. «Mais nous n’émergeons pratiquement pas car nous sommes si petits».

Cela est différent au niveau international. Depuis 1931 déjà, l’Eglise vieille catholique est en pleine union avec la «Communion anglicane». Ainsi qu’avec l’Eglise philippine indépendante, du fait que celle-ci est unie avec les anglicans. Et pour cette même raison, le dialogue s’est récemment intensifié avec l’Eglise de Suède.

Le dialogue le plus intense et le plus important, selon le professeur von Arx, a concerné l’Eglise orthodoxe. 26 conventions ont ponctué le plus récent processus de dialogue officiel, qui a duré de 1973 à 1987. Ils ont touché des questions remontant aux débuts de l’Eglise catholique chrétienne.

Urs von Arx met en évidence le caractère unique de cette union entre une Eglise occidentale et des Eglises orientales sur pratiquement tout le domaine théologique. Pourquoi ne s’est-il alors rien passé au niveau des communautés? C’est à cause de l’ouverture des catholiques chrétiens à l’ordination des femmes, mais aussi de l’union avec les anglicans.

Un réseau oecuménique complexe

La question des différences entre les communautés complique souvent le dialogue dans plusieurs domaines. Et mène parfois à des situations paradoxales, comme par exemple lors d’ordinations d’évêques anglicans, auxquelles les évêques luthériens participent aussi depuis le milieu des années 1990. Ils étendent leurs mains lors de l’ordination, tout comme les évêques catholiques chrétiens, bien qu’ils ne soient pas en union avec eux du point de vue ecclésial. Ce qui constitue en soi une contradiction, estime Urs von Arx. «Mais tant que le dialogue avance et que la direction est bonne, de telles zones grises peuvent se justifier».

Une pleine communion ecclésiale avec les Eglises réformées de la Concorde de Leuenberg, comme les catholiques chrétiens l’ont avec les anglicans, n’est presque pas possible pour le professeur émérite de l’Université de Berne. «Sur ce point nous avons une position plus stable, mais aussi plus immuable». Le point de référence pour son Eglise n’est pas un livre, pas la Bible, mais l’orientation en direction des sept conciles oecuméniques, de l’Eglise ancienne et de ses ministères. En bref: la forme sociale de l’Eglise durant plusieurs siècles.

Vision d’avenir?

Je me représente bien l’Eglise catholique chrétienne en Suisse dans dix ans, affirme Urs von Arx. Mais dans 50 ans, qui sait si une forme de croissance avec d’autres Eglises se mettra en place, sans que nous puissions le prévoir maintenant? Alors pourquoi pas avec les anglicans, avec lesquels son Eglise se trouve depuis longtemps en pleine communion? Ce n’est pas la vision du professeur von Arx: «Cela signifierait que nous deviendrions anglicans. Une autre perspective n’est absolument pas envisageable en raison des forces en présence».

Pour le moment, il s’agit pour les catholiques chrétiens de rebâtir leur confiance en leur propre Eglise. C’est une tâche que le prochain synode ne pourra pas accomplir seul. Selon Urs von Arx l’Eglise catholique chrétienne a connu ces dernières années un certain vide au niveau de sa direction, du fait que «le conseil synodal et l’évêque n’ont pas su se comprendre». Cette collaboration entre évêque et conseil synodal, lequel regroupe des prêtres et des laïcs, doit être remise d’aplomb. «C’est important en raison de notre organisation. Si cela ne fonctionne pas à ce niveau, nous devons envisager un autre concept pour toute l’Eglise.» Un immense défi pour le nouvel évêque!

Encadré

«Voulons-nous vraiment une communion ecclésiale avec la Rome actuelle?»

En plus des anglicans et des orthodoxes, l’Eglise catholique romaine est un important partenaire de dialogue pour les catholiques chrétiens. Mais d’une autre façon, estime le Urs von Arx, du fait que la séparation entre catholiques romains et vieux catholiques est un problème interne, qui n’a rien à voir avec la séparation des réformés ou la séparation entre Eglises orientale et occidentale. Actuellement, selon le professeur émérite, une telle séparation ne se serait probablement pas passée.

La question de la place du pape n’est pas la seule qui se pose, mais elle reste importante au niveau du dialogue «interne catholique». Et avec elle apparaît celle de la vision de l’Eglise. Ces deux points doivent traités ensemble, afin de dégager des chemins de communion possibles.

Pour cette année, un document commun entre l’Eglise vieille catholique et le Conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens est prévu, en vue d’aboutir à une poursuite du dialogue.

L’approbation du document est prévue pour le mois de mai, de même qu’une conférence théologique internationale de l’Eglise vieille catholique sur ce thème. Au vu des événements actuels qui traversent l’Eglise catholique romaine – notamment la levée d’excommunication de quatre évêques lefebvristes – le professeur von Arx craint que ce texte commun n’arrive au mauvais moment: «Nous avons à nouveau vu ce que Rome veut. Et nous, voulons-nous vraiment être en communion avec cette Rome là?» C’est ainsi, ou pratiquement ainsi, que la réaction des catholiques chrétiens de base pourrait s’exprimer, craint le théologien. Pour lui, il est clair qu’une possible communion entre les deux Eglises doit découler de la volonté des fidèles. Des deux côtés.

Encadré

«Le système synodal a toujours bien fonctionné»

L’évêque émérite Hans Gerny explique dans le «Kirchenblatt» no 3 de février les avantages du système synodal de son Eglise, en vue du synode de juin:

«Chaque décision ecclésiale doit être adoptée au terme d’un processus de consensus. Ou, autrement dit: On argumente, on discute ensemble, jusqu’à ce qu’on aboutisse à une décision, à laquelle tous – évêque, prêtres et croyants – peuvent adhérer. C’est une très belle conception de l’idéal. Mais toutes celles et tous ceux qui ont déjà participé à des processus de décision dans l’Eglise connaissent les difficultés à appliquer une telle conception dans la réalité de tous les jours. La Constitution de notre Eglise a prévu une tentative de solution à ce problème …

Ce judicieux système qui comprend l’évêque, le synode et le conseil synodal doit empêcher qu’une instance domine les autres. Afin que ça fonctionne, cela nécessite beaucoup de franchise mutuelle et de bonnes dispositions au dialogue. Et cela a toujours fonctionné depuis 1876, à très peu d’exceptions près. Malgré tout, notre système reste une exception dans toutes les Eglises catholiques».

Note aux rédactions: Des photos du Professeur von Arx peuvent être commandées à kipa@kipa-apic.ch. Prix: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/ak/bb)

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