Le Parti évangélique suisse opposé à l’initiative contre les minarets

Suisse: L’interdiction des minarets n’empêche pas l’émergence de sociétés parallèles

Berne, 4 mars 2009 (Apic) L’interdiction des minarets n’empêche pas l’émergence de sociétés parallèles, estime le Parti évangélique suisse (PEV), dans un communiqué publié mercredi alors que le Conseil national débattait sur une initiative issue des partis UDC (Union démocratique du centre) et UDF (Union démocratique fédérale). Le débat passionné qui a débuté en fin de matinée dans la Chambre du peuple devait attirer plus de 40 orateurs.

Le PEV Suisse, dont le comité national avait déjà refusé à l’unanimité l’initiative UDC/UDF, affirme défendre la liberté de religion et s’interdire une mentalité de croisés modernes. Il veut mettre l’accent «sur la transmission des valeurs suisses fondamentales à la population musulmane afin de l’aider à mieux s’intégrer dans notre société».

Les conseillers nationaux du PEV rejettent l’initiative antiminarets

Dans un communiqué publié mercredi 4 mars, le PEV affirme que cette initiative n’est pas le bon moyen, ni pour inciter la population musulmane à s’identifier à nos valeurs de base, ni pour empêcher l’existence d’une société parallèle. En lieu et place de cette interdiction, le conseiller national du PEV Walter Donzé revendique un article religieux qui privilégie la tradition et l’imprégnation chrétienne occidentale de la Suisse.

Certes, le PEV se dit inquiet de voir qu’il existe en Suisse «non pas seulement des musulmans désireux de s’intégrer, mais également des islamistes qui s’opposent à notre ordre sociétal et cherchent à étendre leur sphère d’influence».

Pour un nouvel article constitutionnel relatif à la religion

«Il demeure néanmoins que l’initiative anti-minaret n’est pas le bon moyen pour parer au danger d’une société parallèle musulmane», a déclaré mercredi le conseiller national du PEV Walter Donzé (BE) à la tribune du Parlement. Il propose ainsi à la place un nouvel article constitutionnel relatif à la religion: «Il pourrait assurer à chacun de pouvoir exercer sa religion ; il devrait cependant également mentionner que notre pays connaît une tradition et une culture chrétienne qui se doivent d’être respectées».

La Suisse est parvenue, après des siècles de tensions entre religions, à assurer la paix des religions, en ce qu’elle a offert à chacun la liberté religieuse, affirme le Parti évangélique. «Le PEV n’est pas prêt à revenir en arrière sur cet acquis. Il y a également d’autres raisons pour lesquelles les conseillers nationaux du PEV ne vont pas accepter cette initiative. Ainsi, note-t-il, les règles de construction n’ont pas leur place dans la Constitution, car ce sont les autorités communales qui en sont responsables. «L’initiative joue avec le feu», estime le PEV. «La provocation ne peut pas conduire à une cohabitation sereine. Ceux qui sont exclus se radicalisent plus facilement… L’exclusion conduit à la création d’une société parallèle. C’est exactement cela qui doit être évité. Bien au contraire, les immigrés doivent être intégrés aux valeurs de base de notre société».

Le PEV demande tout simplement que l’ordre juridique suisse soit appliqué: «les appels à la violence, les mariages forcés, l’excision, l’oppression des femmes ou même l’application de la charia ne sont pas tolérés». Les valeurs de base de la société suisse doivent être maintenues: «Les musulmans de Suisse et leurs organisations doivent se déclarer en faveur de la liberté de religion et reconnaître que celle-ci vaut également pour les musulmans et musulmanes qui veulent se convertir à une autre religion».

Le PEV souligne que des objectifs d’intégration doivent être fixés et une prédisposition à l’intégration doit exister. «Appartiennent à un contrat d’intégration des cours de langue obligatoires, lors desquels les valeurs éthiques, les droits et les devoirs en vigueur en Suisse sont aussi abordés». Il relève que les écoles sont soutenues. Ainsi les soirées et les entretiens avec les parents, les cours de natation et les camps scolaires sont obligatoires pour tous. Il s’agit également de «garder un oeil sur les dirigeants spirituels musulmans»: ils doivent maîtriser une langue nationale et les rites de toutes les organisations religieuses doivent se faire en une ou deux langues nationales. Il s’agit également pour le Parti évangélique de défendre «notre foi et notre culture chrétienne occidentale» afin qu’elles se maintiennent vivantes.

Selon Donzé, un non à l’initiative antiminarets ne donne en aucun cas le droit de construire des minarets n’importe où. «Nous nous attendons à ce que la majorité des musulmans immigrés se déclarent prêts à se conformer à nos habitudes démocratiques de manière pacifique et discrète. Nous nous attendons à ce qu’ils se déclarent clairement contre la violence des groupes islamistes».

Il apparaît aux yeux du PEV que le contenu de ce qui est communiqué dans les mosquées et les centres culturels est beaucoup plus important que les minarets eux-mêmes. «Il s’agit donc pour nous d’être particulièrement vigilants par rapport à cette thématique», comme le mentionnait le professeur Bassam Tibi lors de la conférence dédiée aux défis de l’Islam que le PEV a organisée le 24 janvier dernier à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. «Si l’Etat ne définit par des conditions cadres et ne les garde pas sous la loupe, il aura perdu d’avance». (apic/com/be)

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