Tout faire pour éviter qu’elle ne devienne une fracture
Fribourg, 10 mars 2009 (Apic) Mgr Bernard Genoud a reconnu mardi sur les ondes de la radio romande qu’il y avait une certaine «prise de distance» entre les fidèles et le pape, qu’il fallait retenir avant qu’elle ne devienne une fracture. L’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) était l’invité le 10 mars du Journal du matin de la Radio Suisse Romande (RSR).
A cette occasion, il a aussi évoqué avec émotion le drame de la jeune Fribourgeoise Lucie Trezzini, assassinée par un délinquant sexuel à Rieden près de Baden. Il avait baptisé cette fille de 16 ans et marié ses parents. Il présidera ses obsèques, a annoncé la RSR.
Mgr Bernard Genoud, interrogé sur la crise financière qui secoue actuellement le monde, souligne d’emblée qu’il n’est pas un spécialiste de l’économie. «Mais j’ai l’impression comme tout le monde que l’on essaie de nous rassurer un petit peu, c’est gentil, mais il ne faudrait quand même pas nous prendre pour des benêts», affirme-t-il, en relevant que le situation ne pourra pas se régler dans les cent jours comme certains spécialistes le prétendent. «Ce qu’il nous faut maintenant, c’est un avenir», alors que le présent est complètement chaotique.
«Il y a aussi simplement l’humanité!»
Et l’évêque de LGF de se demander: «l’argent… à quoi sert-il d’être le plus riche du cimetière ? Moi, cela m’impressionne que quelqu’un cherche à avoir cinquante milliards, il est fou, il n’a même pas le temps de les dépenser…» Il faut retrouver le sens de la vie, à travers Dieu, et il y a aussi des gens qui sont non croyants et qui ont une éthique magnifique, relève-t-il, en rappelant qu’il n’y a pas que la foi et les systèmes religieux, qui sont par ailleurs multiples. «Il y a aussi simplement l’humanité!».
«Vatican II n’est pas monnayable»
Abordant la question de la manifestation des catholiques critiques, dimanche dernier à Lucerne, suscitée notamment par la levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes disciples de Mgr Lefebvre, Mgr Genoud a dit que l’on pouvait en discuter la légitimité, notamment de celle de Mgr Williamson, un évêque qui s’est fait remarquer par ses propos négationnistes. «J’ai l’impression que cette levée d’excommunication a clairement délimité le terrain. A peine était-elle proclamée qu’on entendait déjà des représentants d’Ecône et des lefebvristes dire: nous ne bougerons pas d’un iota! Il faut arrêter…»
Mgr Genoud regrette qu’il y ait une désinformation continuelle à ce propos, affirmant qu’il s’agissait d’une réintégration des intégristes au sein de l’Eglise catholique, d’une réhabilitation d’Ecône: «Il n’en est pas question, Vatican II n’est pas monnayable comme disaient les manifestants et il y a certaines valeurs comme l’oecuménisme, la liberté religieuse, le droit à l’autodétermination de sa foi qui ne sont pas monnayables».
«A nous de garder Vatican II vivace»
L’esprit du Concile Vatican II serait-il en train de s’effriter, comme le proclamaient les manifestants de dimanche dernier à Lucerne ? A la question, Mgr Genoud répond: «C’est à nous de le garder vivace». Pour l’évêque de LGF, Vatican II a de loin pas encore été appliqué dans toutes ses dimensions, «car Vatican II est un Concile qui rappelle que l’Eglise, qui n’est pas du monde, est dans le monde et il s’agit de se mettre au service de ce monde». Mgr Genoud estime intolérable que 5% de la population de la terre possède toutes les richesses du monde et que d’autres doivent mourir de faim.
«C’est inadmissible qu’il y ait chaque jour des millions d’enfants qui meurent quand la planète a de quoi nourrir ses enfants!»
Questionné sur le fait que de plus en plus de catholiques mécontents se détournent de l’Eglise, Mgr Genoud déclare: «Il faut être vrai, il faut être une religion vivante, une religion proche des hommes et de leurs préoccupations, une foi qui soit lumineuse et attirante». Concernant la fracture qui existerait toujours plus entre les fidèles et le Vatican, voire le pape, l’évêque de LGF refuse le terme de fracture, pour parler de «prise de distance qu’il faut absolument retenir avant qu’elle ne devienne une fracture». Mgr Genoud dit qu’il a bien aimé le slogan des catholiques qui ont protesté dimanche, à savoir réagir, se manifester plutôt que de quitter l’Eglise.
L’Eglise pourrait un jour ordonner des hommes mariés
Sur le célibat sacerdotal des hommes, Mgr Genoud a déclaré que ce statut était né au cours de l’histoire et qu’il n’a pas toujours existé. Il a admis que l’Eglise pourrait un jour ordonner prêtres des hommes mariés, mais pas question d’admettre le mariage des prêtres. «Là, il y a une constante dans l’Eglise depuis toujours, lorsqu’on entrait dans le sacerdoce, on y restait dans l’état dans lequel on était entré. Si j’étais célibataire quand je suis ordonné, je reste célibataire, si j’étais marié quand je suis ordonné, je reste marié». L’évêque de LGF se dit par conséquent persuadé que l’Eglise ne va pas changer sa position sur le mariage des prêtres. JB
Encadré
Mgr Genoud avait baptisé Lucie
Mgr Genoud connaît bien la famille de la jeune fille au pair assassinée en Argovie. Il a eu lundi un entretien téléphonique avec les parents. «C’est moi qui ai baptisé cette petite, quand j’étais résident à Lessoc, j’ai marié ses parents, j’ai eu sa mère comme élève en classe de philosophie au gymnase du Sud, nous avons vécu ensemble dans le petit village de Lessoc où il n’était pas difficile d’avoir de belles relations avec tout le monde», a-t-il déclaré à la RSR.
L’évêque de LGF était au téléphone avec les deux parents de Lucie lundi soir. «Je leur ai dit que comme eux je ne comprenais pas, c’est une absurdité énorme». «C’est la dernière réponse de la raison, de la philosophie, c’est de dire, c’est le mal, la seule chose que tu peux faire, c’est de ne pas en rajouter; la théologie vient dire: je te promets, je remettrai les pendules à l’heure, Dieu ne peut pas laisser de tels coups de mine dans son oeuvre…» (apic/be)
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