Brésil: Le pays «abasourdi» après une excommunication

Vif émoi dans l’opinion

Recife, 11 mars 2009 (Apic) L’excommunication d’une femme qui a autorisé l’avortement de sa fille de 9 ans, violée par son beau-père, ainsi que des médecins qui ont procédé à l’IVG, fait scandale au Brésil. L’émoi est vif dans ce pays où les sectes gagnent chaque jour du terrain.

Le quotidien fribourgeois « La Liberté » revient sur cette nouvelle, largement commentée en Amérique latine, qui laisse perplexe commentateurs et public. Dans son édition de mercredi, le quotidien accorde un reportage écrit au Brésil, en marge de cette affaire.

« Le ’doutor’ Rivaldo Mendes de Albuquerque ne parvient pas à cacher sa tristesse. Ce fervent catholique, qui a coutume d’aller à la messe tous les dimanches, est l’un des médecins qui ont été excommuniés jeudi dernier par l’archevêque de Recife (Etat de Pernambouc, dans le nord-est du Brésil), Mgr José Cardoso Sobrinho, pour avoir fait avorter une fillette de 9 ans violée par son beau-père ». Une affaire qui révolte et abasourdit les Brésiliens, écrit. Chantal Rayes, à Sao Paulo, auteure de l’article.

« J’ai pitié de notre archevêque parce qu’il n’a pas réussi à avoir de la miséricorde face à la souffrance de cette enfant », déclare le médecin. Frêle – 1,33 mètre pour 36 kilos -, mal nourrie et anémique, la victime, dont l’identité n’a pas été révélée, portait des jumeaux. L’équipe médicale qui a procédé à l’IVG a expliqué que celle-ci était d’autant plus inévitable que la fillette risquait de surcroît de succomber à la grossesse, entrée dans sa quinzième semaine. En voyant son ventre protubérant, sa mère, qui ignorait tout du comportement de son époux, a d’abord cru à un abcès vermineux…

Milieu pauvre

Selon l’auteur du reportage, mère et fille ont quitté leur ville d’Alagoinhas, dans l’arrière-pays de Recife, et vivent maintenant dans un lieu maintenu secret. Le beau-père, un ouvrier agricole de 23 ans, est lui sous les verrous après avoir avoué qu’il abusait de l’enfant depuis qu’elle a 6 ans, ainsi que de sa soeur aînée de 14 ans, de surcroît handicapée. La famille est issue d’un milieu pauvre où l’avortement est particulièrement mal vu.

Aidée par des activistes, sa mère a fait face aux pressions de son entourage et notamment du père biologique de la gamine, un évangélique, qui ne voulait pas entendre parler d’IVG. Pour avoir autorisé la démarche, elle a également été excommuniée. L’IVG est toujours interdite au Brésil, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. L’avortement était donc parfaitement légal.

« La loi de Dieu est au-dessus de celle des hommes et la fin ne justifie pas les moyens: deux innocents sont morts », a martelé Mgr Sobrinho, évêque qui passe pour être un ultraconservateur, et qui avait tenté, l’an dernier, voulu faire interdire la distribution, par le gouvernement, de la pilule du lendemain dans le Pernambouc.

Interrogé afin de savoir pourquoi il n’avait pas puni le beau-père, il a rétorqué: « Le viol, a-t-il déclaré, est un péché moins grave que l’avortement ».

Comme Lula, de nombreux catholiques brésiliens dénoncent l’ »obscurantisme » et la « cruauté » de l’Eglise, écrit l’auteure de l’article, qui fait part de l’étonnement de l’opinion des Brésiliens, divisés sur la question de l’avortement dans le pays, du soutien du cardinal Giovanni Battista Re, président de la commission pontificale pour l’Amérique latine, qui a défendu cette excommunication collective au nom du « droit à la vie ». Un cas triste, a-t-il dit, « mais le vrai problème, c’est que les jumeaux conçus […] ne pouvaient être éliminés », devait en effet préciser le cardinal au quotidien italien «La Stampa».

« A partir d’aujourd’hui, je cesse d’être catholique! » écrit une lectrice de la « Folha de São Paulo », qui se dit « écoeurée et indignée ». Une autre se demande pourquoi les prêtres pédophiles, eux, n’ont pas été excommuniés… (apic/l/chr/lib/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/bresil-le-pays-abasourdi-apres-une-excommunication/