Le pape se justifie et déplore l’hostilité de catholiques à son égard

Evêques lefebvristes: Publication de la lettre de Benoît XVI aux évêques

Rome, 12 mars 2009 (Apic) Dans une lettre adressée aux évêques du monde entier, rendue publique le 12 mars au Vatican, Benoît XVI répond au «flot de protestations» et au «grand tapage» qui ont suivi son choix de lever l’excommunication, 50 jours plus tôt, des 4 évêques intégristes de la Fraternité Saint-Pie X.

Dans cette longue lettre amère et au ton très personnel, le pape regrette l’»hostilité» de certains catholiques à son égard tout en reconnaissant certaines erreurs dans la gestion de cette affaire au Vatican. En outre, le pape rappelle que des questions d’ordre doctrinal demeurent avec les intégristes et annonce que la Commission Ecclesia Dei, en charge du dossier, sera prochainement rattachée à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Pour ramener «la paix dans l’Eglise», Benoît XVI a ainsi décidé d’écrire aux évêques du monde entier, reconnaissant qu’ils avaient été «nombreux» à être «perplexes» devant son choix de lever l’excommunication des 4 évêques ordonnés sans mandat pontifical par Mgr Marcel Lefebvre en juin 1988: le Suisse Bernard Fellay, le Français Bernard Tissier de Mallerais, l’Anglais Richard Williamson et l’Espagnol Alfonso de Galarreta.

Au fil de sa longue lettre, le pape déplore le «flot de protestations» et le «grand tapage» qui ont suivi son geste. Sa décision, regrette-t-il aussi, «a suscité, pour de multiples raisons, au sein et en dehors de l’Eglise catholique, une discussion d’une véhémence telle qu’on n’en avait plus connue depuis très longtemps». Benoît XVI note ainsi que «certains groupes accusaient ouvertement le pape de vouloir revenir en arrière, au temps d’avant le Concile». «J’ai été peiné du fait que même des catholiques, confie-t-il aussi, (…) aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester».

C’est pourquoi le pape a choisi de fournir «quelques éclaircissements» aux évêques catholiques, dont certains n’avaient pas hésité à critiquer la démarche du pape.

L’affaire Williamson

Dans un premier temps, Benoît XVI confie que «le fait que le cas Williamson se soit superposé à la levée de l’excommunication a été pour (lui) un incident fâcheux imprévisible». Sans revenir sur les propos négationnistes de l’évêque britannique, le pape regrette que son «geste discret de miséricorde envers quatre évêques» soit «apparu tout à coup comme totalement différent». Ainsi, beaucoup y ont vu, note le pape, «le démenti de la réconciliation entre chrétiens et juifs». Il déplore alors «profondément» que «cette superposition de deux processus opposés soit advenue et qu’elle ait troublé un moment la paix entre chrétiens et juifs ainsi que la paix à l’intérieur de l’Eglise». Pour autant, s’il regrette l’»hostilité» de certains catholiques, Benoît XVI «remercie d’autant plus les amis juifs qui ont aidé à dissiper rapidement le malentendu».

«Il m’a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par Internet aurait permis d’avoir rapidement connaissance du problème», confie ensuite le pape en référence au passé sulfureux de Mgr Williamson. «J’en tire la leçon, poursuit-il, qu’à l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d’informations».

La gestion du dossier

Comme un aveu de la mauvaise gestion du dossier au Vatican, Benoît XVI déplore «une autre erreur» qui l’»attriste sincèrement». Il regrette ainsi «que la portée et les limites de la mesure du 21 janvier 2009» n’aient pas été «commentées de façon suffisamment claire au moment de sa publication». Il précise alors que la levée de l’excommunication visait à «inviter encore une fois les quatre évêques au retour». S’il reconnaît les «réserves» des 4 prélats «en matière d’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile», le pape explique qu’il avait souhaité que ces personnes soient «libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave».

Les questions de doctrine

Benoît XVI invite alors à «distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal». «Tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Eglise, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Eglise», précise le pape.

«A la lumière de cette situation, explique alors le pape, j’ai l’intention de rattacher à l’avenir la Commission pontificale Ecclesia Dei (…) à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi». Impliquant ainsi les diverses congrégations romaines et les représentants de l’épiscopat mondial, Benoît XVI souhaite ainsi que soient traités les problèmes doctrinaux, et «surtout l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des papes».

Alors que «l’affaire Williamson» a fait grand bruit à travers le monde, la communauté catholique s’est avérée plus inquiète sur l’apparent «retour en arrière» du pape face aux acquis du Concile Vatican II. Dans sa lettre, Benoît XVI précise alors, à l’intention des intégristes, qu’»on ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Eglise à l’année 1962″, année d’ouverture de l’assemblée conciliaire. A l’inverse, il précise aux «grands défenseurs du Concile» que celui-ci «renferme l’entière histoire doctrinale de l’Eglise». «Celui qui veut obéir au Concile, écrit alors le pape, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit».

Un ton personnel

Tout au long de la lettre il transparaît qu Benoît XVI semble avoir été blessé par les réactions à l’extérieur comme à l’intérieur même de l’Eglise. En outre, il dénonce à la fois la «suffisance» ou la «présomption» de certains intégristes comme la tentation de certains catholiques de «mordre et dévorer», en reprenant les mots de l’apôtre Paul. Il refuse aussi la «haine» de certains catholiques à l’égard du «groupe marginal» qu’est la Fraternité Saint-Pie X. Il note aussi que la «discorde» et l’»opposition interne» des croyants «met en doute la crédibilité de ce qu’ils disent de Dieu».

Pour autant, le pape explique qu’il ne pouvait laisser «aller à la dérive loin de l’Eglise» le mouvement intégriste. En ce sens, demande Benoît XVI, «une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 soeurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents?»

Enfin, face à ceux qui se demandaient si le dossier intégriste était prioritaire, Benoît XVI justifie son geste dans une «humanité» en «manque d’orientation». «A notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, écrit-il, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu». (apic/imedia/ami/pr)

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