Un professeur de l’Uni du Latran appelle à une prise de conscience

Rome: Réflexion sur de la gravité de l’excommunication.

Rome, 16 mars 2009 (Apic) Un professeur de l’Université du Latran appelle à une prise de conscience de la gravité de l’excommunication, après les affaires successives de la levée des excommunications contre les quatre évêques intégristes, mais aussi de la décision d’un évêque brésilien d’excommunier la mère d’une fillette de 9 ans et les médecins ayant procéder à l’avortement de la gamine.

«Fondamentalement, une excommunication est faite pour être levée», explique le père Denis Biju-Duval, professeur de théologie à l’Université pontificale du Latran, à Rome. Dans une interview à paraître dans l’hebdomadaire catholique français Famille Chrétienne daté du 21 mars, le prêtre français revient sur l’excommunication de la mère d’une fillette de 9 ans ayant avorté de jumeaux après avoir été violée, au Brésil. Il explique le sens d’une excommunication et rappelle la position de l’Eglise en matière d’avortement. Il regrette cependant le manque de «compassion» à l’égard de la fillette.

Père Denis Biju-Duval: Beaucoup ne savent pas vraiment ce qu’est une excommunication, et du coup ils réagissent d’une manière qui n’est pas ajustée. Il ne s’agit pas d’exclure quelqu’un de l’Eglise, encore moins de le vouer à l’enfer. Toutes les peines prévues par l’Eglise ont un sens «médicinal». Fondamentalement, une excommunication est faite pour être levée. On dit à une personne : «Vu les actes que vous avez posés, vous ne pouvez pas, pour l’instant, participer de manière visible à la vie de l’Eglise», mais le but est d’amener la personne à un parcours pénitentiel spécifique, à un mouvement de retour vers la pleine communion. L’excommunication a aussi un but pédagogique. L’Eglise ne la lie pas toujours aux actes objectivement les plus graves, mais parfois aussi à ceux qui, dans l’ambiance d’une époque, sont sources de grande confusion des mentalités. Par exemple, le meurtre d’un adulte est tout aussi grave qu’un avortement. Il ne fait pourtant pas encourir de peine d’excommunication latae sententiae. Mais il y a une telle ambiance de confusion autour de l’avortement que, par la peine d’excommunication, l’Eglise veut éduquer les chrétiens, les aider à prendre conscience de sa gravité.

Q.: Fallait-il se prononcer publiquement sur un cas aussi extrême, alors qu’il existe beaucoup d’autres cas d’avortements ?

Père Denis Biju-Duval: Il y a, en ce moment, au Brésil, une très forte pression pour dépénaliser l’avortement, comme en France dans les années 70-80. Cela conduit dans les media à beaucoup de confusion et de désinformation. Sans doute, dans le cadre d’une affaire qui se médiatisait, l’évêque du lieu a-t-il voulu en quelque sorte enfoncer le clou. Je ne suis pas sûr que, du point de vue pastoral et prudentiel, il ait été très inspiré. Certes, ce qu’il dit est techniquement vrai. Malheureusement, on ne perçoit aucune des paroles de compassion dues à la petite victime, aucune indignation face au crime qu’elle a subi, et aucune pédagogie pastorale. Est-ce un défaut grave de l’intervention épiscopale elle-même ou de la manière dont elle a été transmise ? En tout cas, face à un tel drame, et dans le contexte brésilien actuel, le scandale médiatique était prévisible, et il profite essentiellement aux partisans de l’avortement. Dans certaines situations dramatiques et piégées dès le départ par toutes sortes de mauvaises intentions, peut-être vaut-il mieux faire comme Jésus face à la femme adultère : compatir en silence et dessiner sur le sol, en attendant que la parole de vérité devienne recevable (…). Quand on est face à de tels drames humains, il faut rappeler que l’Eglise fait tout ce qu’elle peut pour rejoindre les plus pauvres, que des chrétiens et des pasteurs y risquent même leur peau. Il faut aussi rester conscient que dans des cas aussi terribles, l’avortement ne fait qu’ajouter au drame, tant pour les deux petits innocents qui sont éliminés, que pour la maman elle-même que cet acte blesse encore davantage.

Q.: Pourquoi l’Eglise ne permet-elle pas de recourir à l’avortement pour sauver la jeune mère ?

Père Denis Biju-Duval: Tuer un innocent pour en sauver un autre n’est jamais la bonne solution aux yeux de Dieu : chaque innocent est en lui-même un absolu. C’est pourquoi la logique chrétienne nous enseigne que la fin ne justifie pas les moyens. Sans pratiquer un avortement, qui est et demeure le meurtre d’un innocent (ici de deux), il faut intervenir pour sauver le plus de vies possible (…)».

«Avec l’avortement, nous sommes dans une logique qui réduit l’homme à un objet. On sélectionne qui doit vivre et qui doit être éliminé : cette logique atteint le sens de la dignité de la personne humaine. Il faut au contraire chercher à mettre en oeuvre les solutions qui vont dans le sens de la vie, et du respect de chacun sans exception. A la lumière de la foi et de la simple humanité, ce qui compte, ce n’est pas seulement le résultat extérieur, mais la manière dont on a engagé son coeur et ses gestes pour l’obtenir. (propos recueillis par Sophie Le Pivain, pour Famille Chrétienne/apic/imedia/lb/pr)

Fribourg: Pour une spiritualité de la pastorale et de la catéchèse

Leçon inaugurale du professeur François-Xavier Amherdt

Fribourg, 16 mars 2009 (Apic) Ancien directeur de l’Institut de formation aux ministères à Fribourg (IFM), arbitre de football assidu et fondateur de l’Octuor vocal de Sion, l’abbé François-Xavier Amherdt a donné sa leçon inaugurale à l’Université de Fribourg, comme professeur de théologie pastorale, de pédagogie religieuse et homilétique, le 16 mars 2009.

Il serait fastidieux de décrire l’ensemble du parcours du nouveau professeur, tant son dynamisme et ses talents sont multiples. De curé de paroisse, il devient vicaire épiscopal de Sion, puis directeur de l’Institut de formation aux ministères, avant de poursuivre son chemin à l’Université. Passionné de football, il a été arbitre; fou de musique, il a fondé l’Octuor vocal de Sion. Et tout cela dans une harmonie déconcertante.

Une leçon fondée sur la transmission de l’Evangile

Sa leçon, axée sur sept points, vise à montrer l’importance de la défense d’une spiritualité de la pastorale et de la catéchèse aujourd’hui. Dans un premier temps, le professeur montre qu’il s’agit d’aller au coeur de la foi et pour cela, il faut «s’enraciner profondément dans une relation individuelle et communautaire avec Jésus-Christ». Il propose pour cela que les homélies «sonnent juste».

Dans un deuxième chapitre, il met l’accent sur les «réformes pastorales et les surprises de l’Esprit». Le professeur trouve opportun de placer le sens avant les structures dans le processus d’évangélisation. Caractérisant une certaine volonté contemporaine d’évangélisation accusée d’être une «UBS spirituelle», il préfère, en utilisant les mêmes sigles, «Union des Baptisés Spirituels». Et de conclure cette partie de son exposé par: «Il s’agit de remettre la tâche de l’évangélisation dans les mains du Seigneur.»

La troisième partie de la leçon porte sur une «pédagogie de la sainteté pour tous». Elle met l’accent sur l’accès à la vie spirituelle. Des écoles de prière, par exemple, ne sont pas réservées à une élite, mais il faut former des agents pastoraux, laïcs et prêtres, aptes à être des «accompagnateurs spirituels».

Dans les mesures préconisées, F-X Amherdt propose également des écoles d’oraison et de prière dans les Unités pastorales (UP) , des groupes de cheminement spirituel, ainsi que la proposition de l’adoration du Saint Sacrement. Il affirme aussi que la «lectio divina», individuelle et communautaire, permettra au plus grand nombre de «goûter» la Parole de Dieu. Pour lui, dès lors, «vie intérieure et témoignage missionnaire s’articulent».

La quatrième partie de cet enseignement insiste sur la nécessité des (re)commencements et de l’impact du catéchuménat, ainsi que sur la provocation que constituent les questions existentielles des jeunes.

Le professeur met l’accent sur la nécessité de nouveaux ministères laïcs et celle de proposer l’espérance et l’amour dans ce monde chahuté. Il demande aussi que les aumôneries soient des «espaces d’encadrement». Pour lui, une spiritualité personnalisée est devenue indispensable.

Comme maître de pastorale, l’abbé Amherdt met l’accent, dans la 5ème partie de sa leçon, sur «une spiritualité du cheminement initiatique et mystagogique». Il trouve essentiel que le chemin de catéchuménat s’étende à l’ensemble de la pastorale, car il apprend à grandir. Il s’agit, pour lui, de «devenir disciples» et non de considérer le fait comme acquis une fois pour toutes. «Apprendre à être», «baliser», «ajuster», «associer», «nourrir une foi adulte», «se laisser soi-même ré-initier», «aimer», telles sont les principales balises de cet itinéraire de foi. Il propose à ce sujet des «parcours pour recommençants et éloignés», des «réinitiations aux parcours sacramentels» et des articulations multiples du dispositif de pastorale.

Dans un sixième point, le professeur insiste sur la nécessité de la vie ecclésiale comme milieu nourricier de l’initiation, et il suggère des réseaux de solidarité favorisant des «cellules d’évangélisation». A cet égard, il considère comme urgente la mise en place d’une pastorale des funérailles, avec la création d’équipes d’accompagnement.

En conclusion, François-Xavier Amherdt rappelle l’importance de la spiritualité pascale, relevant la nécessité d’une spiritualité de l’exil ou de «pasteurs de passeurs», affirmant que les chrétiens doivent «unifier toute leur existence autour du passage du Christ de la mort à la vie.» (apic/js)

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