«Mise en danger des politiques de santé publique»
Paris/Londres/Berlin, 18 mars 2009 (Apic) Les réactions sont vives et tous azimuts après les propos du pape sur le préservatif. A bord de l’avion qui le menait au Cameroun, Benoît XVI a déclaré qu’on ne pouvait pas dépasser le problème du sida «avec la distribution de préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème!» Ces déclarations ont provoqué de fortes réactions de divers côtés. A Paris, le ministère français des Affaires étrangères a exprimé sa «très vive inquiétude». Il a estimé qu’elles mettent en danger «les impératifs de protection de la vie humaine» face au sida.
«La France exprime sa très vive inquiétude devant les conséquences de ces propos de Benoît XVI», a déclaré à la presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Eric Chevallier. «S’il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la doctrine de l’Eglise, nous estimons que de tels propos mettent en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine», a-t-il insisté.
Des femmes politiques allemandes sont également intervenues pour critiquer les déclarations du pape sur le préservatif. Ulla Schmidt, ministre fédérale de la santé et de la sécurité sociale, et Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre fédérale de la coopération économique et du développement, ont contredit les propos du pape sans le nommer expressément.
«Les condoms jouent un rôle décisif dans la lutte contre le sida»
«Une coopération au développement moderne doit donner aux plus pauvres d’entre les pauvres l’accès aux moyens de planification familiale, et dans ce contexte, il y a en particulier l’utilisation des préservatifs. Toute autre chose serait irresponsable», ont déclaré mercredi 18 mars à Berlin les ministres du développement et de la santé Wieczorek-Zeul et Schmidt. «Les préservatifs – en Europe comme sur d’autres continents – sauvent des vies», ont-elles insisté. Les deux ministres allemandes ont souligné que les condoms jouaient un rôle décisif dans la lutte contre le syndrome d’immunodéficience acquise (sida). Rien qu’en Afrique subsaharienne, 22 millions de personnes sont infectées par le VIH.
D’autres responsables politiques de gauche comme le chef de file du rassemblement Europe-Ecologie aux élections européennes, Daniel Cohn-Bendit, mais aussi de droite, comme l’ancien Premier ministre français Alain Juppé (UMP), ont déploré la position du pape. Juppé a ainsi lancé sur les ondes de France Culture que «ce pape commence à poser un vrai problème» étant donné qu’il vit «dans une situation d’autisme total».
Divers responsables politiques ont relevé que ces propos controversés s’ajoutent à d’autres faits comme la levée de l’excommunication de l’évêque intégriste et négationniste Williamson, ou les excommunications frappant la mère ayant fait avorter sa fillette violée au Brésil et les médecins qui ont pratiqué l’opération. Au Vatican, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques, avait justifié cette mesure. «car il faut toujours protéger la vie». L’excommunication n’avait pas été étendue au beau-père de l’enfant, qui l’avait abusée, car «le viol est moins grave que l’avortement», estimait le cardinal.
L’oeuvre d’entraide chrétienne Christian Aid: «un message de confusion en Afrique»
L’Etat camerounais devrait réagir face aux propos du pape sur le préservatif en relançant après son départ des messages sur la prévention et l’usage correct du préservatif, a ainsi déclaré mercredi à l’Agence France Presse Alain Fogué Foguito, président du Mouvement camerounais pour le plaidoyer et l’accès aux traitements (Mocpat). «Le VIH est un facteur de sous-développement pour nous, il ne faut pas l’oublier», a-t-il insisté, en se disant «consterné» par ces déclarations. Il a été rejoint par l’oeuvre d’entraide chrétienne «Christian Aid», une émanation d’une quarantaine d’Eglise d’Angleterre, du Pays de Galles, d’Ecosse et d’Irlande (cf.www.christianaid.org.uk). Judith Melby, spécialiste de l’Afrique cette ONG chrétienne britannique, a estimé que les propos du pape «ne sont pas vraiment bienvenus, ils envoient un message de confusion en Afrique, dans les pays où l’Eglise catholique est très importante».
«Christian Aid» considère certes que l’abstinence sexuelle est une part importante de l’ensemble des mesures, «mais l’abstinence n’est pas la seule chose qui va empêcher la transmission du virus HIV».
Et de relever que partout dans le monde, on rencontre de nombreux couples infectés. Il peut y avoir dans les couples une personne qui est positive et l’autre négative. «Evidemment, il faut qu’ils utilisent des préservatifs», déclare Judith Melby. (apic/kna/com/be)
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