Confusions entre questions religieuses et politiques?

Madagascar : Un responsable d’Eglise appelle les soldats chrétiens à ne pas tuer

Nairobi, le 17 mars 2009 (Apic) Le chef de la plus grande Eglise protestante de Madagascar a lancé un appel radio exhortant les militaires chrétiens à ne pas commettre de violences ni tuer, alors que le président Marc Ravalomanana a démissionné, suite à une campagne de l’opposition soutenue par l’armée pour l’évincer du pouvoir.

«J’ai demandé aux chrétiens dans l’armée de se souvenir qu’ils sont baptisés et qu’ils ne sont pas censés tuer ni accepter les ordres de tuer de la part de supérieurs», a déclaré le 17 mars le pasteur Lala Rasendrahasina, président de l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar (FJKM), selon un communiqué de l’Alliance réformée mondiale (ARM).

Les médias ont indiqué le 17 mars que le président Ravalomanana avait démissionné et confié ses pouvoirs à un directoire militaire, après que les militaires eurent pris le contrôle du centre de la capitale, Antananarivo.

Le pasteur Rasendrahasina a affirmé que la situation était très tendue pour les membres de l’Eglise. A deux reprises déjà, on aurait menacé de brûler sa maison. Lui et d’autres pasteurs ont engagé des gardes du corps. Selon certains médias, les magasins et les écoles fonctionnent, mais les craintes d’une généralisation de la violence demeurent.

Ce pays insulaire de l’océan Indien est en proie à une violente crise politique ayant causé la mort d’au moins 135 personnes, depuis qu’un conflit s’est déclaré fin janvier au sujet d’une réforme.

Le leader de l’opposition Andry Rajoelina cherche à évincer le président Ravalomanana, qui est arrivé au pouvoir en 2002 à l’issue d’une élection contestée. Andry Rajoelina accuse Marc Ravalomanana d’être un tyran corrompu.

Selon l’ARM, les tensions se sont exacerbées par le fait que le président Ravalomanana occupe une position importante au sein de la FJKM, en tant que vice-président laïc de l’Eglise, qui compte 3,5 millions de membres parmi les 20 millions d’habitants de l’île.

A Nairobi, une responsable de la Conférence des Eglises de toute l’Afrique (CETA) a exhorté toutes les parties à trouver une issue pacifique au conflit.

«Les menaces et les ultimatums ne résoudront pas le problème», a déclaré Mbari Kioni, directrice du Département plaidoyer, recherche et communication de la CETA, au correspondant d’ENI. «Nous appelons les deux parties à respecter l’Etat de droit. Si le gouvernement est légitimement élu, pourquoi dit-on aujourd’hui qu’il ne doit pas gouverner ?»

La CETA a reporté le voyage d’une délégation de personnalités chrétiennes qui était prévu pour témoigner de la solidarité envers l’Eglise et le peuple de Madagascar.

Les violences ont éclaté le 29 janvier lorsque Andry Rajoelina, ancien maire d’Antananarivo, a appelé à manifester contre la fermeture, par le gouvernement, d’une station de radio privée qui avait fait campagne en faveur d’une réforme démocratique.

Selon la BBC, en 2007 déjà, Marc Ravalomanana était accusé de promouvoir son Eglise protestante au détriment de la population catholique – bien plus importante – et de la petite communauté musulmane.

Le christianisme a été apporté à Madagascar au début du XIXe siècle par une société missionnaire protestante, la London Missionary Society. L’arrivée, par la suite de missionnaires catholiques, amorça la transformation de Madagascar en colonie francaise en 1895, statut que l’île conservera jusqu’à son indépendance, en 1960.

Début mars, le pasteur Christian Bonnet, secrétaire général de l’organisation missionnaire protestante française DEFAP, avait mis en garde contre la proximité de la FJKM avec le pouvoir politique et l’utilisation, par le président Ravalomanana, de l’Eglise protestante pour assurer sa position.

Cette proximité «est dangereuse pour le peuple malgache dans la mesure où l’opposant principal ne cache pas son appartenance à l’Eglise catholique : quel sera le sort des malgaches animistes ou musulmans si le débat politique se radicalise ainsi autour des questions religieuses ?», a écrit le pasteur Bonnet sur le site web de l’Eglise réformée de France. (apic/eni/js)

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