Les indigènes gagnent une longue bataille

Brésil: Les grands cultivateurs de riz déboutés

Brasilia, 20 mars 2009 (Apic) Tous les grands cultivateurs de riz et près de 50 familles d’agriculteurs qui occupent illégalement depuis trois ans la terre indigène Raposa-Serra do Sol, dans l’État amazonien septentrional de Roraima, doivent quitter «immédiatement» le territoire, a décidé le Tribunal fédéral suprême.

Une sentence vouée à faire jurisprudence pour de nombreuses terres indigènes ancestrales qui n’ont jamais été délimitées.

C’est par 10 voix sur 11 que les juges de la cour ont voté définitivement en faveur de la démarcation en une zone ininterrompue de Raposa – 1,7 million d’hectares peuplés par 17’000 indigènes issus des communautés Macuxi, Wapixana, Ingarikó, Patamona et Taurepang -, jusqu’alors entravée par les intérêts des grands fermiers, des cultivateurs, des compagnies minières et des entreprises de bois, protégés par les autorités locales. La date butoir du retrait des non indigènes doit encore être fixée en accord avec le ministre de la Justice, Tarso Genro.

«Nous espérons que tout se déroulera dans la paix, sans que l’usage de la force soit requis», a observé le juge Carlos Ayres Britto. En réponse, le chef des cultivateurs de riz, Paulo Cesar Quartiero – protagoniste l’an dernier d’actes de résistance et de violences à l’encontre des communautés natives -, a protesté contre le verdict en laissant entendre que des désordres surviendraient.

Le tribunal suprême a également établi 19 conditions pour Raposa-Serra do Sol, qui devront être observées dans le cadre de futures délimitations de terres indigènes et dont beaucoup sont controversées: l’usufruit par les indigènes des ressources naturelles, des cours d’eau et des lacs reste «relatif», soit subordonné à «l’importance de l’intérêt public de l’Union», et ne comprend pas l’exploitation des potentielles ressources énergétiques ni les explorations minières qui dépendront de l’autorisation du parlement.

Les juges ont par ailleurs confirmé la présence de bases militaires à l’intérieur de la réserve, située à la frontière du Venezuela et du Guyana ainsi que les patrouilles de soldats et policiers «indépendamment de la consultation des communautés indigènes».

Au terme de 26 ans de batailles judiciaires, les indigènes de Raposa-Serra do Sol avaient obtenu du président Luiz Ignacio Lula da Silva la signature en 2005 de la démarcation de leur terre: les autorités de Roraima, favorables aux activités des cultivateurs, avaient réagi en faisant recours au tribunal. (apic/minsa/pr)

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