Israël: Pressions religieuses contre des concessions diplomatiques au Saint-Siège
Tel Aviv, 2 avril 2009 (Apic) A six semaines de la visite du pape Benoît XVI en Terre Sainte, des religieux juifs fondamentalistes font pression afin que le gouvernement israélien ne fasse aucune concession diplomatique au Saint-Siège sur la question des impôts sur les biens de l’Eglise. Des rabbins attaquent le Vatican, l’accusant d’être l’héritier de l’empire romain qui a conquis Jérusalem et exilé les juifs de la ville sainte.
Il doit être rappelé, écrivent les rabbins fondamentalistes du «Sanhédrin moderne» (cf. www.thesanhedrin.org), «que le Vatican, en tant que la plus importante Eglise chrétienne, est responsable de l’héritage de Rome – qui a conquis Jérusalem, exilé ses juifs et détruit leur pays».
Cette cour rabbinique autoproclamée, composée de 71 rabbins, affirme dans sa lettre ouverte adressée au président de l’Etat d’Israël, au nouveau Premier ministre Benyamin Netanyahu, au Premier ministre sortant Ehud Olmert et aux ministres et membres de la Knesset, que «toutes les Eglises qui existent aujourd’hui dans le pays d’Israël sont le résultat de la destruction des juifs il y a 1’900 ans, de l’élimination des juifs de leur pays et de l’exil que le christianisme souhaite qu’il soit éternel». Signée notamment par le rabbin Yoel Schwartz, chef du Sanhédrin, la lettre met en garde le gouvernement israélien contre toute tentative de signer un accord avec le Saint-Siège.
L’Esplanade des Mosquées dans le collimateur
Les rabbins signataires affirment dans leur brûlot que l’Etat d’Israël garantit la liberté de culte à toute religion à l’exception des juifs sur leur site le plus sacré, le Mont du Temple, c’est-à-dire l’Esplanade des Mosquées, sur laquelle sont bâties les Mosquées El-Aqsa et Dôme du Rocher. Le «Sanhédrin» déplore que là, les juifs n’ont pas droit à une liberté religieuse minimale. «L’Etat d’Israël contredit ainsi le but pour lequel il fut établi et cela mine ses propres fondations».
Les rabbins affirment qu’au contraire l’Etat d’Israël fait des «efforts spéciaux» pour transférer ses biens nationaux, religieux et spirituels «aux fils d’étrangers». Ils déplorent les tentatives d’empêcher la «souveraineté juive exclusive» sur le «Mont du Temple» (où se trouve le troisième lieu saint de l’islam après La Mecque et Médine) et les «demandes infondées des nations étrangères de prendre possession du pays d’Israël».
Ils dénoncent dans la même lettre les tentatives de signer des accords avec l’Eglise catholique sur ses propriétés sur le Mont Sion, la vieille ville de Jérusalem, le Lac de Tibériade, et d’autres lieux saints. Ils y voient une volonté d’empêcher «la souveraineté juive exclusive» notamment sur le Mont du Temple et la vieille ville de Jérusalem, qui appartiennent au peuple juif selon la Bible. Ils rappellent au gouvernement de l’Etat d’Israël qu’il doit absolument «actualiser la souveraineté juive à Jérusalem, la cité de Dieu, la ville royale, la capitale d’Israël, le coeur du monde».
Le pape pas le bienvenu, aux yeux de ces rabbins
Le Sanhédrin salue le fait que Shmuel Rabinovitz, le rabbin du Kotel (Mur des lamentations), a fait preuve d’un comporterment admirable en refusant d’interrompre la prière juive au Mur occidental durant la prochaine visite à Jérusalem du pape Benoît XVI.
«La réconciliation rapide avec le pape après une série de déclarations malheureuses qu’il a faites contre nous ne fait pas honneur au peuple d’Israël. Toutes les autorités politiques et les autorités de la Torah doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la signature ou le maintien de tout accord qui s’écarterait de l’esprit de ce document et doivent exprimer leur désapprobation des tendances catholiques ’restaurationistes’ qui visent à annuler l’autorité souveraine de l’Etat d’Israël et le statut du peuple juif, du peuple d’Israël, sur la terre d’Israël, sa Terre sainte».
Pour le «Sanhédrin», les représentants de l’Etat d’Israël peuvent représenter le peuple juif aussi longtemps qu’ils agissent en accord avec ses traditions et ses lois. «Dans la mesure où ce n’est pas le cas, leur représentation n’est pas légitime». Chacun qui négocie et signe des accords pour changer le statut de l’Etat d’Israël sur ses lieux saints à Jérusalem et sur la terre d’Israël «lève la main contre la Torah, sa propre foi et son peuple».
Pour les rabbins signataires de la lettre ouverte, le gouvernement israélien n’est pas autorisé à transférer à des «agents et pouvoirs politiques et religieux étrangers» des terrains et des édifices en Israël. Raison pour laquelle, poursuivent-ils, tous les documents qui ont été signés par des autorités israéliennes avec le Vatican sont nuls et non avenus «et le Vatican ne devrait pas croire qu’il les conservera». «Continuer de chercher des faveurs aux yeux de l’Eglise en signant des accords illégaux pourrait finir (…) dans des guerres religieuses dévastatrices tout autour du monde», concluent les rabbins. JB
Encadré
Suites pratiques de l’Accord fondamental: Israël traîne les pieds depuis quinze ans
Cela fait déjà plus de 15 ans que le Vatican et Israël négocient sur les problèmes fiscaux qui auraient dû être résolus dans le sillage de l’Accord fondamental (»Fundamental Agreement»), signé le 30 décembre 1993, qui a permis l’établissement de relations diplomatiques entre les deux entités.
Depuis cette date, les négociateurs cherchent à parvenir à un accord sur toutes les questions en suspens relatives aux propriétés et aux impôts, afin que l’Eglise bénéficie d’une sécurité juridique et fiscale qui lui permette de mener à bien sa mission.
Lorsque le Saint-Siège a établi des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël en 1993, Jean Paul II avait opté, comme geste de bonne volonté, pour la proposition d’un «Accord fondamental» suivi de négociations plus détaillées sur ces questions. L’objet de ces âpres négociations porte sur la sécurité des propriétés religieuses de l’Eglise catholique en Israël et la re-confirmation des exonérations fiscales historiques dont l’Eglise jouissait au moment de la naissance de l’Etat d’Israël.
Après la reconnaissance d’Israël par le Saint-Siège le 30 décembre 1993, et la convention diplomatique du 15 juin 1994, un accord juridique et financier était censé compléter ce dispositif. A l’étude depuis une bonne douzaine d’années, il n’a pas encore été finalisé, ce qui laisse pour le moins sceptiques les responsables du Vatican. Concernant la question des taxes et impôts, ce sont jusqu’à présent les Accords de Mytilène (1901), passés à l’époque avec l’Empire ottoman, qui protégent les institutions chrétiennes. Israël ne veut pas les endosser, car ces Accords exemptent de tout impôt et de toutes taxes l’Eglise en Terre Sainte.
Depuis l’occupation des territoires palestiniens en 1967, les institutions chrétiennes reçoivent d’Israël des factures, car le gouvernement israélien veut faire payer des impôts aux institutions catholiques. D’entente avec le Saint-Siège, ces institutions sursoient pour le moment au paiement, en attendant que l’affaire soit réglée. Si ces quelques taxes des communautés chrétiennes ne sont pas nécessaires pour l’Etat d’Israël, elles sont par contre vitales pour la survie des institutions chrétiennes en Terre Sainte! (apic/be)
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