Mgr Maurice Piat réaffirme l’opposition de l’Eglise catholique

Ile Maurice: Le débat sur la légalisation de l’avortement est relancé

Port-Louis, 19 avril 2009 (Apic) Mgr Maurice Piat, archevêque de Port-Louis, a lancé un vibrant appel à la «solidarité avec les femmes en détresse» qui, confrontées à une grossesse non désirée vécue comme un drame personnel, se retrouvent «bien souvent seules et vulnérables devant des décisions difficiles à prendre».

L’archevêque a publié, le 15 avril dernier, une lettre pastorale dans la laquelle il réaffirme la position de l’Eglise catholique contre la légalisation de l’avortement, suite à une campagne menée dans la presse pour le droit des femmes à interrompre volontairement leur grossesse.

Cette campagne est consécutive au décès d’une photographe de presse, suite à des complications liées à un avortement. Elle suscite depuis quelques jours sur Île Maurice une vive émotion dans la population. Une vague de compassion qui a permis de relancer le débat sur la légalisation de l’avortement.

Dans sa lettre pastorale publiée sur le site internet du diocèse de Port-Louis, www.diocèseportlouis.org, Mgr Piat a clairement pris position contre l’avortement «pour une raison simple, liée au respect du droit humain». En revanche, il a proposé de simplifier les procédures d’adoption d’enfants et de permettre ainsi aux crèches qui existent de réaliser un vrai travail d’accueil et de placement de ces enfants.

«L’Eglise catholique, a-t-il dit, est particulièrement attentive à la détresse de ces femmes» pour lesquelles l’avortement est l’unique solution. Toutefois, «légaliser l’avortement équivaudrait à désespérer de la capacité d’une société d’accueillir les femmes en détresse et de vivre avec elles une vraie solidarité», a-t-il souligné. Pour l’archevêque de la capitale mauricienne, du point de vue humain, au lieu de promouvoir une solution aussi négative que la légalisation de l’avortement comme «solution d’avenir, nous pourrions tous participer à la promotion d’une culture respectueuse de la vie et de la dignité humaine». A ce sujet, a-t-il rappelé, des institutions caritatives de l’Eglise catholique mauricienne accueillent certaines d’entre elles ou hébergent les enfants qu’elles ont choisi de garder, mais ne peuvent élever.

Selon Mgr Piat, 5,3% des femmes qui se font avorter sont des cas de détresse (abus, viol, inceste, etc.). «Souvent, l’entourage ne propose que l’avortement comme solution à ces femmes. Ayant déjà vécu un premier traumatisme, celles-ci n’ont pas toujours le temps d’exprimer elles-mêmes ce qu’elles souhaitent vraiment. Elles vivent dans la peur d’être rejetées, de gâcher à jamais leur vie et succombent, malgré elles, à la pression de leur entourage, sans pouvoir prendre elles-mêmes une décision libre, a-t-il affirmé.

Ces «femmes en détresse méritent tout notre soutien et notre accompagnement dans le long terme», a poursuivi le prélat. «Notre expérience sur le terrain montre qu’il s’agit en effet de rester proche de la femme violée ou abusée durant toute une première phase de révolte, tout à fait compréhensible d’ailleurs», a-t-il souligné. «Mais, a-t-il fait observer, au fur et à mesure, grâce à la compréhension qu’elle reçoit, elle peut dépasser ce premier stade perturbé et connaître peu à peu un réel apaisement. Elle commence à assumer sa grossesse et, grâce à la sympathie et au soutien de sa famille ou d’un organisme, elle retrouve la sécurité affective dont elle a besoin pour mener à terme sa grossesse dans la sérénité».

Dans le même ordre d’idées, Mgr Maurice Piat s’est ému de la recrudescence des grossesses juvéniles dans le pays, faisant observer que de nombreux enseignants de collèges sur l’île, témoignent de cette réalité et de la difficulté qu’ils ont, d’accompagner des jeunes écolières enceintes qui subissent bien souvent une forte pression de leurs familles ou de leur petit copain pour avorter. «Elles sont même menacées d’être mises à la porte si elles n’acceptent pas de prendre le comprimé voulu ou d’aller voir la dame ou le médecin qui pourra faire ce travail» d’avortement, a-t-il dit. A son avis, ces situations de grossesses précoces sont «le symptôme d’une société permissive qui entraîne la tolérance de conduites sexuelles à risque». «On ne peut en effet à la fois fermer les yeux sur la permissivité dans laquelle les jeunes évoluent et s’offusquer ensuite des détresses causées par ce laisser-aller. Il faut savoir ce que l’on veut», a-t-il fustigé, tout en insistant sur l’importance d’une éducation sexuelle digne de ce nom, qui fait encore «gravement défaut dans notre société».

Rappelant la doctrine de l’Eglise catholique, l’archevêque a déclaré: «la vie humaine commence dès le moment de la conception. Ce petit être humain a droit à la vie. Ce droit nous avons le devoir de le respecter et de le défendre. Si quelqu’un, au nom de sa liberté de conscience, veut se faire avorter et revendique le droit d’avoir accès à un avortement médicalisé, l’Etat a le devoir d’intervenir pour protéger le droit à la vie de l’enfant sans défense qui vit déjà dans le sein de sa mère». «Il (l’Etat) doit empêcher que cet enfant soit torturé et éliminé. Tout comme l’Etat doit intervenir pour empêcher qu’un petit enfant soit abusé sexuellement, séquestré, drogué ou tout simplement brutalisé», a conclu Mgr Maurice Piat. (apic/ibc/js)

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